CHAPITRE XVI. — ÉTUDES SUE LE DROIT PUBLIC
de sa manière d'apprécier les hommes et les choses.
A peine âgé de vingt-deux ans, Filangieri avait publié les Réflexions politiques dont nous avons parlé en passant, à l'occasion d'une loi publiée en 17M, pour contraindre les juges à expliquer les raisons ou les motifs des jugements. Filangieri essayait de faire comprendre aux juges l'opportunité de cette loi, que les aveugles seuls pouvaient méconnaître.
Bientôt après il se dévoua à l'œuvre très étendue de la Science de la législation qu'il ne put porter au-delà du huitième volume; la mort l'emporta à peine âgé de trente-six ans.
Filangieri, dans l'introduction, expose le plan de l'ouvrage ; il a voulu donner un système complet et raisonné de la législation, réduite en science (comme il dit lui-même) sûre et raisonnéc, en joignant les moyens aux règles, et la théorie à la pratique. Il ne dissimula pas qu'il devait beaucoup aux travaux de Montesquieu, bien qu'il déclare que, pendant que l'auteur français cherche dans le rapport des choses la raison de ce qui s'est fait, .lui, cherche à en déduire les règles de ce qui reste à faire.
Avec cette idée de supériorité que Filangieri affecte sur l'auteur de V Esprit des lois, supériorité que la postérité ne paraît pas avoir ratifiée, tout son travail se ressent de l'étude qu'il fit des philosophes français du xviiie siècle. Au fond , on désirerait trouver en lui la merveilleuse sagacité de Montesquieu, tandis qu'on n'y rencontre souvent que la chaleur de Diderot et l'emphase de Raynal.
Dans le Plan raisonné de l'ouvrage, Filangieri découvre
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les bases sur hîsqiielles il veut élever son édilice; conservation et traufiuiHitê, voilà, (Jit-il, voilà l'objet unique et universel de la science de la législation. Nous aurions bien désiré que notre publiciste eut ajouté dans la spécification de ses premières données, le développement progressif et régulier de la. société dans l'individu, et de l'individu dans la société, ce qui est aussi une loi de la civilisation. Mais, peut-être qu'au temps ou il écrivait, le public n'était pas encore préparé à reconnaître l'existence de cette loi, et l'auteur aurait été embarrassé d'en fixer le caractère.
L'auteur distribue ensuite toute la matière en sept livres; dans le premier il expose les règles générales de la science législative, et il commence par déduire des origines de la société civile, l'objet unique et universel de la législation.
Dans le second , il traite des lois politiques et économiques, auxquelles il assigne un double objet : la population et les richesses.
Le troisième est destiné aux matières criminelles pour lesquelles il tient un juste milieu entre l'ancienne exagération des peines et l'atténuation moderne. C'est en ces matières que , s'éloignant de tout ce que l'exemple des réformes récentes de Léopold ', aurait pu lui suggérer, il n'est pas éloigné de soutenir que : (( dans les délits de félonie véritable, et non pas dans ceux » auxquels le despotisme a donné ce nom, il convient » pour un moment, de mettre un voile sur la modéra-
^ Les deux volumes composant ce troisième livre furent publiés en