CHAPITRE I. — CONSIDÉRATIONS SUR L'ÉTAT DE l'ITALIE
avaient la haute main les Cavalcabo; Lodi et Crema étaient sous le pouvoir d'Antoine de Fizerago.
Ces exemples furent imités dans les Romagnes avec plus de facilité peut-être, grâce à l'appui que les papes et les empereurs espéraient en retirer. Ainsi Benoît Xll craignant que l'empereur Louis ne s'emparât de l'Italie, et pour en contrecarrer les vues, résolut de se lier avec tous ceux qui s'étaient emparés des provinces ordinairement soumises à l'empire, et déclara que tous les seigneurs qui venaient de s'emparer des diverses provinces delaLombardie, les possédaient à juste titre.
A la mort de Benoît XII, Clément VI fut élu pape, et l'empereur voulant à son tour se montrer libéral donna, par autorité impériale, l'investiture légitime à tous ceux qui s'étaient emparés du pouvoir dans les Etats de l'Eglise. Ainsi Galeotto Malatesta et ses frères devinrent seigneurs de Rimini, de Pesaro et de Fano. Antoine de Montfeltre fut reconnu dans la Marche etàUrbin; Gentile de Varano à Camerino ; Guy de Polenta à Ravenne ; Sinibalde Ordelaffî à Forli et à Céséna ; Jean Manfredi à Faenza; Louis Alidosi à Imola, et plusieurs autres dans des localités moins importantes.
Voilà comment les républiques engendrèrent de bonne heure les tyrans, et comment l'autorité mal affermie de l'empire, accrut les divisions de la Péninsule au lieu de les diminuer. Voilà comment s'évanouirent ces espérances de monarchie qui promettaient la paix à l'Italie. Dante avait donc raison quand il faisait entendre ce cri de douleur : « Racha ! Racha ^! que
* Bâcha, parole injurieuse chez les Juifs, réprouvée par l'Evangile. S. Mathieu, chap. v, vers. 22.
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» sonrifTil ;'i |)r(3soiiL le clairon de giicrrr: du flornior Fré- » (Iriic, la soniKM'ifî (\(t Cliai'los second, I(î.s Ironipflle.s )) de Jean cl d'Azz(jn niarcpiis pnissants'/el les ilùles des » an lies magnats? Si vous n'êtes pas des bourreaux, » vous èles des arlisans de perfnlie, vous êtes des sce- » lal(!nrs d'avarice. — Mais mieux vaut revenir à noire » sujet que de parler inutilement '. » Ces mots sont les funérailles du premier a^^c, de l'âge de lorce de la grandeur italienne.
Bologne, Modène et quelques autres petites villes jouirent quelque temps encore d'un gouvernement libre. Mais les plus grandes républiques, celles qui se gouvernèrent librement pendant j)lusieurs siècles et prirent une si grande part dans les affaires de l'Italie, furent Florence et Venise, auxquelles on pourrait ajouter Gênes. Si cette dernière n'atteignit pas la splendeur de Venise, elle eut au moins l'iionncur de finir plus dignement.
Mais avant d'entrer dans les détails de l'organisation et de l'état de ces républiques, arrêtons-nous à considérer l'instrument le plus énergique de la puissance bumaine, l'association. L'augmentation des forces bumaines par l'association des individus est une chose aussi connue que prodigieuse. La civilisation et le libre usage des facultés que la divine Providence a départies aux hommes, engendrent l'association; la barbarie et l'oppression injuste l'arrêtent.
La renaissance de la civilisation, l'organisation des gouvernements publics en Italie depuis le xi^ siècle,
* Do réloqnence vulgaire, chap, xn.