CHAPITRE III. — DROIT CANONIQUE
5) les plus grandes questions concernant les Etats et les » prélats étaient déférées à Rome. De là ce grand nomj) bre d'épîtres décrétâtes qu'il nous a laissées *, » et sur lesquelles, à partir de Grégoire IX, la cour de Rome prit tant de consistance. Innocent III étudia avec soin les lois romaines, notamment les Pandectes ; il fut réputé l'un des plus grands jurisconsultes de son siècle. Il devint un grand législateur de l'Eglise , en procurant des compilations authentiques des décrétales , qu'il adressa à l'université de Bologne, pour servir de texte à l'enseignement public, et celles-ci préparèrent les voies à la grande collection grégorienne 2.
Enfin, le troisième pontife, Simbalde Fieschi, nonseulement fit des lois comme prince, mais leur donna de l'éclat comme docteur. Au milieu des travaux et des inquiétudes qui remplirent son règne , pendant qu'il était à Lyon, il écrivit les Apparats sur les cinq livres des décrétales, sorte de commentaire auquel saint Antonin donnait plus d'autorité qu'aux livres de tous les autres docteurs. Il rédigea les constitutions publiées dans le concile de Lyon, dont une partie se voit dans le Sixième des décrétales. Il écrivit aussi un livre que le docteur d'Ostie, dans sa Somme, appelle Authentiques^ et un autre intitulé Apologétique , contre Pierre délie Vigne, chancelier de Frédéric II, sur la juridiction du
* Frédéric Hurler, panégyriste d'Innocent ÏII, porte à environ 6,000 le nombre des lettres de ce pape, Histoire du pape Innocent III et de ses contemporains. Traduction de MM. de S. Cheron et Haiber, tom. IIÏ, p. 438.
^ Voy. Auguslini Theineri Disquisitiones criticœ in prœcipuas canonum et decretalium collectiones . Commentatio de romanorurn pontifia cum epistolarum decretalium antiquis coîlectionibus, etc., cap. 11,
7() l)K LA LÉGISLATION ITALIENNE.
sacerdoci) et de l'empire. Les écoles, en souvenir des mérites littéraires de ce pontife, T-ippelérenl le Pèrn et le Monarque des luis humaines ' .
Ces trois papes furent flonc les trois colonnes sur les- (pielles s'éleva l'immense édifice du droit canonique. Dans la formation et le progrès de ce droit, il faudra remarquer deux éléments principaux ; savoir les canons ou décisions des conciles généraux, et la jurisprudence de la curie romaine. En parlant de ces deux éléments, nous ne devons pas cacher ce que nous avons d'ailleurs indiqué dans le premier volume de notre histoire, que le corps des lois ecclésiastiques est, pour la plus grande partie, composé de constitutions et de rescrits qui, nécessités par des causes spéciales et ne s'attachant à aucun grand événement historique, ne doivent pas être analysés en détail dans ce livre.
En parlant des canons des conciles généraux , nous nous bornerons à ceux qui furent tenus dans la période de temps qu'embrasse notre histoire. Tous ces conciles furent assemblés en Occident, et nous ne les envisagerons que dans ce qu'ils ont de relatif avec l'ordre public extérieur de la société civile.
Les croisades fournirent le principal sujet des conciles assemblés depuis la fin du xi^ siècle jusqu'au commencement du xiir. Mais ni la voix des papes Urbain II et Eugène III, ni l'épée deGodefroy de Bouillon, de l'empereur Conrad III, de Louis-le-Jeune, de Philippe-Auguste et de Richard-Cœur-de-Lion, ne purent consolider la domination chrétienne en Terre-Sainte.
' Tiraboschi, Histoire de la littérature italienne, liv. II, cliap. v.