CHAPITRE III. — BBOIT CANONIQUE
Le mauvais résultat des premières croisades n'avait cependant pas encore éteint chez les pontifes et les monarques le désir d'achever cette vaste entreprise, et Innocent m voyant que les Latins s'étaient emparés de Gonstantinople, et que Baudouin, comte de Flandre, était monté sur le trône de l'empire d'Orient, ne voulut pas se montrer inférieur à ses prédécesseurs, et convoqua le quatrième concile général de Lalran , en novembre
Quoique l'idée du concile fut inspirée par l'idée du passage général en Orient, toutefois les Pères qui s'y réunirent ne manquèrent pas de pourvoir à certains cas très-importants du gouvernement ecclésiastique extérieur. Entre autres provisions, on défendit aux clercs toute espèce de commerce réservé aux laïques, et tout jeu de hasard. On défendit le cumul des bénéfices sur une seule tête, excepté si le Saint-Siège accordait une dispense en faveur des grands et des savants. On statua sur le mode de rendre les jugements, et surtout on reconnut qu'il n'était pas permis d'appeler, par lettres apostoliques, quelqu'un à ester en jugement, à une grande distance de son diocèse. On établit qu'on procéderait contre les délinquants par les trois moyens suivants : l'accusation, la dénonciation et l'inquisition. Avant la réunion de ce concile, la défense du mariage entre parents et alliés s'étendait jusqu'au septième degré (degré canonique); cette défense fut restreinte au quatrième degré incjusivement. On imposa aux seigneurs laïques, sous peine d'excommunication, l'obligation de s'engager par serment à exterminer les hérétiques existant sur leurs territoires, les menaçant, en
cas (Je nôj^lij^iiricc de h^iii* p.iil, de* délier ioiirs sujols du serment do lidélilé.
Les biens ecclésiastiques furent déclarés exempts de loute charge pul)lique, on décida que les dîmes de l'Eglise seraient payées avant tous autres tributs.
11 est bon de rappeler ici qu'il y avait une dîme pour les croisades, qu'on appelait dîme Salajine, à cause du célèbre sultan de ce nom, et qui était payée par le clergé et le peuple à la fois '.
Enfin , pour maintenir l'état ecclésiastique pur des pratiques sanglantes de l'époque, on interdit au clergé de rendre aucun jugement entraînant une exécution sanglante ; on prohiba d'une manière absolue l'usage du duel, et défense expresse fut faite à tous prêtres ou diacres de se servir de l'épreuve de l'eau bouillante ou froide, du fer rougi, comme de mêler aucun rite de bénédiction ou de consécration à ces actes.
Dans le premier concile de Lyon , assemblé par Innocent IV, on s'occupa de la sainte expédition d'Orient. L'empereur de Gonstantinople, Baudouin II, assis à la droite du pape, ajoutait par sa présence plus d'autorité aux délibérations de l'assemblée, mais le passage en Terre-Sainte ne fut pas heureux, on eut au contraire à déplorer la défaite et la captivité du valeureux et saint roi Louis IX.
On prit de nombreuses dispositions dans ce concile, et on peut en voir la teneur dans le Sixième des décrétâtes ; nous ne parlerons ici que de l'une d'elles , comme étant des plus sages et des plus opportunes; il
* Tliomassinus, Discipl. ecclés.^ tom. III, p. 311, 374.