CHAPITRE I. — CONSIDERATIONS SUR L'eTAT DE L'jTALTE
division dans les villes et les provinces, on prenait les noms de Guelfes et de Gibelins, comme étant plus communs et plus usités, et si l'ennemi s'était paré du titre de Guelfe, il fallait que l'autre devînt Gibelin.
De cette manière il arrivait que la même personne était guelfe dans un endroit, gibeline dans un autre, selon qu'elle s'attachait à l'un des partis dominants dans les divers lieux principaux. Là où les deux éléments de citoyens étaient divisés de manière à former deux gouvernements , on créait un nombre double d'officiers publics, de sorte que chaque parti avait les siens. Mais le plus souvent le parti le plus fort s'emparait du pouvoir, jusqu'à ce que l'autre eût secoué le joug et l'eût imposé à son adversaire . Dans certaines villes il y avait des registres publics, sur lesquels étaient inscrits les adhérents de chaque faction. Las enfants étaient le plus souvent présumés devoir suivre les opinions de leur père ; mais on croyait qu'un tel changeait de secte, s'il devenait l'ennemi de quelqu'un plus puissant que lui dans le parti, ou si, par suite d'un héritage échu, d'un motif quelconque de gain, ou d'une alliance conclue dans le parti opposé, on supposait qu'il avait des raisons pour s'éloigner du sien.
Il y avait des villes qui, par suite d'une vieille habitude, s'attachaient à un parti, ou plutôt au nom d'un
chancelier de Bologne, disait dans son beau poème moral, inlltulé : Traité de la Vertu :
(f Non s'altien fede ne a comun ne a parle,
n Che Guelfo e Ghibellino
» Veggio andar pellegrino
» E dal principe suo esser diserlo. «
1 ; hi; l,A LKOISLATION ITALIENNE.
paiii : ainsi l*is(^ ('lail ^ihclino, P(;rousc était guelffî. Fioreiice, après l'expulsion du duc d'Athènes, se donna des niaj^istrats (pii,s()ii.s le nom de Cfipitauies du parti Guelfe itUimWviiny leur autorité sur toutes les branches (|ui constituaient le ♦j'ouvernement de la répuhlifjue. La création de cette magistrature, (jui 11 1 couler à jileins bords la démocratie dans le gouvernement de Florence, mérite d'être remarquée. M. le professeur Bonaini nous a fait connaître dans son intégrité le texte du statut du parti guelfe '. L'illustre marquis Gino Capponi a exposé, dans des pages éloquentes, l'esprit et les eiïels de cette institution-. Le savant professeur Rosini fait observer avec raison au sujet de cette magistrature, (' que l'histoire moderne jusqu'à la fin du siècle dernier, » n'offre pas d'exemple d'une tyrannie exercée au sein » d'une ville libre, au nom des lois, pareille à celle d'une » magistrature qui, pendant un certain temps, fut maî- )) tresse de la liberté, de l'avoir et même de la vie des y citoyens de toutes les classes ^ »
Le résultat de semblables divisions considéré au point de vue politique, était que, dans chaque ville d'une certaine importance, il y avait, comme on dit de nos jours, une opposition qui observait les actes du gouvernement, et si l'occasion se présentait favorable elle renversait ceux qui étaient au pouvoir et les remplaçait. Mais une opposition, désordonnée et mue par
' Voy. Journal historique des archives toscanes, 1857, première livraison.
- Voy. Archives historiques d'Italie, 1858, deuxième livraison.
•^ Rosini, Ouvrages, tom.V. Pise 1835, p. 237. Nous aurons plus tard occasion d'expliquer les attributions de cette magistrature.