CHAPITRE V. — LÉGISLATION DES STATUTS
En ce qui concernait le droit criminel et l'application des peines, les statuts conservèrent de nombreuses traces de l'administration lombarde, en maintenant les amendes pour divers délits, et la graduation des peines afïlictives y était mauvaise, ainsi que nous l'avons indiqué dans le premier volume.
» avant les cognats et la nécessité de la dot ne fussent empruntés au » droit romain avant Justinien, droit d'après lequel avait été rédigée » au ix« siècle la lex romana, et que la supériorité prolongée des )> mâles ne provînt des coutumes germaniques, d'après lesquelles la « noblesse lombarde et franque, qui demeurait dans les villes, con- » tinuait à régler la transmission des biens. Les villes de l'Italie sep- « tentrionale et centrale adoptèrent cette législation mixte parce » qu'elles étaient composées à la fois d'anciens conquérants et d'an- » ciens vaincus. Elles se constituèrent même dans le principe aristo- » cratiquement. Les nobles lombards et francs y eurent d'abord la » prépondérance, et leur loi sous ce rapport, devint celle de la bour- » geoisie. »
Nous avons reproduit cette citation, autant pour faire connaître aux lecteurs italiens cette ingénieuse hypothèse du savant académicien français, que pour montrer plus amplement l'importance qu'on attribue aujourd'hui, même hors de l'Italie, à ces investigations sur les origines de la législation italienne. Du reste ceux qui ont lu le premier volume de cette histoire, s'apercevront facilement que nous ne pouvons pas accepter sans restrictions une telle hypothèse. Nous croyons que l'influence des nobles d'origine septentrionale dans l'intérieur des villes italiennes n'était pas telle, qu'elle ait pu laisser une empreinte durable dans le droit des statuts en matière de succession, et encore moins que le peuple se soit laissé aller à imiter les coutumes anciennes des nobles. Ce ne fut pas le peuple italien de ces temps qui imita la noblesse, mais ce fut la noblesse qui par la force des choses dut s'assimiler au peuple. Qu'on se rappelle les lois contre les magnats à Florence, qu'on remonte à l'immense influence de la Motta, qu'on considère ce que produisait le commerce dans les villes où il mettait le pouvoir de la commune, non pas aux mains de l'aristocratie de la naissance, mais de l'aristocratie de l'argent; et il résultera de tout cela que le peuple en Italie n'imitait pas aveuglement les nobles. Le principe politique de la commune fut démocratique, mais le principe civil de la famille fut la faveur des agnats.
JâO I)K LA LKGISLATION ITAIJK.NNE.
Enfin la [lartio économique, toute composée an gré de la condition de la commune, comprenait les règlements de commerce, le tarif des impôts et les bans de la police rurale. C'est la partie qui peut aider le plus aux études actuelles de l'économie politique et de la statistique, puisqu'il n'est pas rare qu'on puise dans l'expérience du passé, des applications utiles et les sources d'une richesse ancienne ne sont pas toujours desséchées. L'étude minutieuse, attentive et continue d'un territoire peu étendu, faite avec la sollicitude d'un père de famille, plutôt qu'avec la pénétration d'un homme d'état, mettait à découvert le moindre élément de profit utile. L'industrie de cette époque manquait des ressources qu'elle tire aujourd'hui des sciences physiques et mathématiques, mais une pratique éclairée contenait les germes de la science ^
Les anciens docteurs attachaient une grande importance à l'étude de l'interprétation des statuts. La raison naturelle et le droit commun étaient les deux principaux instruments de cette interprétation ; Barthole enseignait que les statuts recevaient une interprétation passive du droit romain, mais Balde ajoutait que l'opinion du maître n'était pas exempte d'erreur, et qu'il fallait dire : que le statut ne reçoit pas sa forme du
* « Dès le douzième siècle les Italiens s'occupèrent d'hydraulique » et ils en appliquèrent les principes à la construction des canaux, des » aqueducs et de diverses machines. Au commencement du treizième » siècle, on creusait pour la navigation intérieure de la Lombardie » des canaux qui avaient été précédés par des canaux d'irrigation, » Cependant, malgré tous ces travaux, ce n'est qu'au xv^ siècle qu'on » trouve la première indication des écluses. Une constante tradition, » qui a été adoptée par plusieurs auteurs modernes , pourrait faire