CHAPITRE VI. — RESTES DE BARBARIE
pape. Cela n'empêchait cependant pas, que la suprême juridiction sur le fief, fût toujours exercée par le seigneur direct laïque.
La faculté d'acquérir et de conserver les fiefs n'était limitée dans le principe que par la capacité de remplir les devoirs féodaux. Mais bientôt on étendit le cercle des investitures, et ainsi l'on vit des fiefs passer entre les mains des ecclésiastiques qui par leur état étaient assurément loin de pouvoir fournir le service militaire, principale obligation des feudataires.
Le nombre et la qualité des droits utiles qu'on concédait au vassal, conjointement au fief, tout aussi bien que les obligations particulières imposées aux feudataires, étaient décrits dans l'investiture, ou établis d'après la coutume. L'obligation d'accompagner le seigneur en temps de guerre, se bornait à la défense du territoire. Mainfroi s'aperçut combien cette réserve était préjudiciable pour le prince, lorsque, attaqué par Urbain IV et le roi de France, il ne put faire franchir le Garigliano à ses gens, parce que ses vassaux, corrompus déjà par l'ennemi , observèrent que leurs obligations n'allaient que jusqu'à la défense du territoire *.
La plus grande prérogative féodale était de posséder la suprême autorité et la pleine juridiction, c'est-à-dire l'un des plus importants attributs de la souveraineté. Le nom de Imperium merum et mixtum fut tiré des lois de l'ancienne Rome, et cette puissance suprême du magistrat et du prince passa au moyen âge aux
' Mathieu Spinelli, Ephe mer ides NeapoUtanœ, ap. Muratori. R. J. S. tom. 7, p. MOI.
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barons, ou aux chers militaires, (jui s'en sorvaiont sans réserve et sans aucune appréciation d'une sévère juslice. Au moyen de Tautoiité suprême, le vassal connaissait des délits commis dans l'étendue des fiefs; prisons, tortures et gibets, voilà les instruments d'autorité que la confusion universelle mettait entre ses mains. Grands et terribles sont les exemples des jugements féodaux, jugements de sang plus souvent que de raison , et dictés par des intérêts privés plutôt que par la louable impulsion d'une juste cause publique. A Finstar des barons, dans leurs châteaux, on vit les citoyens des villes populeuses mépriser la sainteté des lois, au point de se constituer juges et bourreaux à leur tour. Ainsi Dino Gompagni * a écrit sur les Bostichi, famille puissante alors, que de son temps, ils arrêtaient les hommes^ les faisaient conduire chez eux, sur le marché neuf^ au milieu de la ville, et en plein jour les mettaient à la torture; et Von disait vulgairement dans le pays : Il y a plusieurs cours criminelles; et passant en revue les lieux oit Von infligeait la torture on ajoutait: a et chez les Bostichi au marché. »
Mais à l'égard des simples citoyens de telles rigueurs étaient considérées comme des abus énormes, tandis que pour les feudataires c'était une règle générale que la loi reconnaissait, et à la férocité de l'intention on joignait le scandale delà forme extérieure : comme signe d'honneur on faisait dresser le gibet sur le territoire des fiefs. A la hauteur et à la forme de ces gibets on distino'uait le désiré de diornité du feudataire. Il arriva
* Chronique, liv. XI.