CHAPITRE VII. — CONSTITUTIONS DES PRINCES
registre qui , plus d'un siècle après l'extinction de ces deux maisons, fut publié comme document historique plutôt que comme règlement de droit public ^ Il nous a paru cependant nécessaire de ne pas passer tout à fait sous silence des lois qui eurent pour auteurs des princes considérables par l'étendue de leurs domaines Sauf pour certains traits assez rares de ferveur dans l'administration de la justice, nous n'aurons guère l'occasion de louer les ducs de Milan. Ces princes, portés à satisfaire leurs propres et souvent vils intérêts, leurs folles et honteuses fantaisies , plutôt qu'à s'occuper de la prospérité de l'Etat , ne laissèrent aux peuples qu'ils gouvernèrent aucun souvenir d'institutions importantes, ou de bienfaits durables.
Parcourons donc les rubriques de leurs décrets et les pages de leur histoire, pour nous assurer qu'ils ont mérité le jugement sévère que nous venons de prononcer contre eux.
Les plus anciens de ces décrets ont pour auteur Luchino Yisconti et datent de iS^S. Luchino était sinon législateur prévoyant «du moins zélateur de la justice. Il ne voulut protéger aucune faction, mais il appliqua communément une même règle, une même loi à toutes les sectes. Pour délivrer les routes des voleurs qui les infestaient, il eut recours à un moyen qui répugne à la civilisation m.oderne, mais qui fut de quelque utilité à cette époque. Il prit à sa solde les malfaiteurs eux-
^ L'édition de cette compilation préparée par les sénateurs Eonetto et Brachieri fut imprimée par les soins de Pierre Paul Bcnetto, fils du sénateur de ce nom, sous le titre de Antiqua ducum Madiolani décréta, à Milan 1654.
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inèines, los (îlablit gaidiciis d(; la .sùr<Ué d«;s routes, et poui" rendre les communications plus faciles, il affranchit les voya^çeurs de toutes les sujétions auxquelles les soumettaient les vassaux *.
Le remède employé par Luchino Visconti sera mieux apprécié, si l'on considère comment, peu d'années après, Beruabo Visconti pour débarrasser les routes des malfaiteurs, promulgua un édit par lequel il défendait de voyager de nuit, sous peine d'avoir un pied coupé.
Les seigneurs de Milan ne se montrèrent jaloux de rien autant que de réprimer les attentats ourdis contre leur domination, et en cela ils furent guidés plutôt par l'instinct de la barbarie, que par les conseils de la prudence.
Par un décret du 2 janvier 1363,Galéas ordonna que pour le cas d'attentat contre le prince, on s'affranchît de toutes les règles, et qu'on procédât sommairement, sans solennité, et ce qu'il y avait de pire dans cette loi contraire à tout précepte de morale et de bon sens, c'est qu'elle devait s'appliquer rétroactivement.
Ces princes se montrèrent peu soucieux de se soumettre aux règles de la législation ordinaire, lorsque la faveur ou l'intérêt particulier les portait à s'en affranchir. Aussi Galéas II Visconti mérita-t-il d'être cité par le sagace chroniqueur Pierre Azario , pour avoir laissé son libre cours à l'application de la loi commune ^.
^ Verri, Histoire de Milan, tom. II, Mil. 1824.
^ Petitiones vel nunquam vel rarissime expediuntur, quuni domiims Galeazius sinat ut potestateset redores iuxia locorum statuta iudicent, et slatiitis deficientibus, iuxia i us commune, etc. Pelri Azarii chronicon, apud Muratori R. J. S., tom. xvi, p. 403.