‹ Histoire de la législation italienneChapitre 107 sur 122 · CHAPITRE Vil. — DROIT NATUREL ET POLITIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil. — DROIT NATUREL ET POLITIQUE

intelligences, telle chose soit connue par les uns, et reste inconnue aux autres.

La première idée qui se présente à la pensée est celle de Y Etre; la première idée qui fait agir la volonté est celle du Bien. Le principe fondamental de la raison pratique consiste dans l'idée du bien vers lequel tendent toutes les volontés. L'ordre des préceptes de la loi naturelle doit, par conséquent, suivre l'ordre des inclinations naturelles, lesquelles à leur tour doivent obéir à la raison. Mais la raison peut être considérée sous le double aspect de puissance spéculative, et de règle pratique. Gomme puissance spéculative elle s'exerce sur des principes nécessaires, sur des idées absolues, c'est-à-dire sur^ celles qui ne pourraient être autrement que ce qu'elles sont ; d'où dérive la notion complète de la vérité dans son principe comme dans ses conséquences.

En qualité de puissance pratique, bien que la vérité des principes communs soit évidente, la raison ne peut toutefois^ dans les divers cas d'application qui se présentent, éviter les défauts propres à la nature humaine.

Pour tempérer l'effet des mauvaises inclinations de l'homme, et pour le diriger dans ses habitudes sociales, survient la loi humaine, dérivée de celle de la nature. *

Saint Thomas assigne à la loi humaine dix caractères pour qu'elle réponde véritablemeni à son but; elle doit être juste, unie à la rehgion, possible à exécuter, adaptée à la différence des pays, des temps et des lieux, suffisante pour empêcher le mal et exciter au î. 15

ââ6 DE LA liGISLATlôN ITALIENNE.

bien, régulièrement connue, et expliquée dans les formes voulues.

Après avoir parcouru les diverses espèces de lois* humaines positives, notre docteur enseigne que le devoir d'obéir à la loi incombe à tous. Il examine ensuite quelles sont les exceptions que comporte cette règle générale, et il les trouve dans les circonstances où par des événements imprévus, 'il serait dangereux pour le bien public, d'observer la loi; alors, dit-il, il faut avant tout obéir à la nécessité. Il se montre ensuite pleinement convaincu de l'utilité du progrès , et en parlant des changements devenus nécessaires dans les lois humaines, il les approuve en disant que c'est le propre de la raison humaine de passer par degrés de l'imperfection à la perfection.

Enfin parlant du droit de déroger à la loi, il ne l'admet que dans le cas où l'exécution de la loi elle-même deviendrait un danger. Mais si ce motif n'existe pas, ajoute-t-il, si c'est volontairement que Ton déroge, celui qui permet de déroger contrevient au principe de la loi et ne satisfait pas à l'obligation assumée de la faire observer.

L'exposé rapide que nous venons de faire *, suffit pour convaincre que dans les ouvrages de ces grands hommes qui ont dirigé les commenceoients des études renouvelées, se trouve le germ.e, et souvent le développement d'un ordre d'idées, que plusieurs se plaisent à croire exclusivement propres à nos jours.

^ Toute cette exposition de doctrine se trouve dans la Prima secundœ Angelici doctoris sancti Thomœ Aquinatis quœst., 94, 95, 96,97.

Page 1