‹ Histoire de la législation italienneChapitre 109 sur 122 · CHAPITRE VII. ^— DROIT NATUREL ET POLITIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. ^— DROIT NATUREL ET POLITIQUE

lions, et donne à chacune d'elles sa solution; il dit que la monarchie est nécessaire au bien de rhumanité; que le peuple romain est investi du droit légitime de conférer la puissance impériale, et que cette autorité n*est soumise qu'à Dieu seul. Sans suivre Dante dans les divers raisonnements qu'il emploie pour prouver sa doctrine, nous ferons seulement ohserver qu'en homme sagace, il cherche surtout à expliquer comment les idées de justice, lesquelles sont toujours les plus chères aux hommes, s'accordaient avec TEmpire. Loin d'élever la puissance impériale au point de la rendre odieuse aux communes, il dit que la Monarchie qu'il appelle Poli^ lia recta, tend à la vraie liberté. La liberté consiste à régler l'existence civile des hommes conformément à leurs propres intérêts; c'est pourquoi, dit-il, les citoyens ne sont pas faits pour les consuls, ni le peuple pour ceux qui le gouvernent; ce sont au contraire les consuls qui sont faits pour les citoyens et le Recteur pour le peuple.

Pour démontrer que la souveraineté monarchique

lecteur ce passage traduit du livre de Dante qui me paraît d'une grande beauté : « Si la civilisation du genre humain a une fin utile, A cette fin deviendra le principe qui servira de démonstration à ce » qu'il nous reste à prouver. Il est absurde de croire que cette fin » puisse être particulière à chaque espèce de civilisation au lieu d'être » commune à toutes. Voyons maintenant quelle est la fin de toute » civilisation humaine. L'œuvre du genre humain prise collectivement, » consiste à mettre en mouvement toutes les forces dont l'intelli- » geiice humaine peut disposer, et à s'en servir d'abord pour connaî- » tre, ensuite pour agir. Le genre humain remplit complètement sa » tâche en atteignant ce but vers lequel toutes nos actions doivent » se diriger, et qui consiste dans la paix universelle. »

Ici le mot de pau équivaut à celui à'ordr^.

ne dépend d'aucune autre puissance terrestre, Alighieri se déchaîne contre ceux qui soutiennent la. suprématie politique attribuée au pape. 11 range ces défenseurs en trois classes : les zélés, ceux qui sont mus par leurs propres intérêts, et les décrétalistes , c'est-à-dire ceux qui s'appuyaient sur le droit canonique. En répondant aux objections qu'il prévoyait, Dante fait, jusqu'à un certain point, sa profession de foi, et il reconnaît avant tout l'autorité de l'Ecriture Sainte, celle des conciles et des docteurs de l'Eglise, et il vénère les traditions conservées au sein de l'Église ; en même temps, il exprime son respect profond pour le Saint-Siège apostolique. Il indique les maux produits par l'abus des richesses , et il met sa confiance dans les secours qui viendront du ciel, puisque, dit-il, il faut sub pio silentio salvatoris nostri expectore succursum *. Enfin il reconnaît que le prince doit se soumettre au pontife en ce qui concerne l'autorité spirituelle , et il fecommande à César de conserver à Pierre ce respect que le fils aîné doit avoir pour son père.

Voilà quelles étaient les opinions du gibelin le plus avancé qui ait jamais paru, voilà la déclaration des droits de l'empire. Dans ce traité Dante procède par des arguments logiques et dans un style tranquille et réglé. En l'écrivant, peut-être se repentait-il de la lettre qu'il avait adressée à Henri de Luxembourg. Alors l'esprit attristé, le cœur ulcéré , il demandait vengeance contre ses ennemis; maintenant il s'attache à les vaincre par la puissance de la raison. Toutes ses tentatives furent

^ De Monarchia, p. 57 éd. de Pasquali.

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