‹ Histoire de la législation italienneChapitre 111 sur 122 · CHAPITRE VU. — DROIT NATUREL ET POLITIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU. — DROIT NATUREL ET POLITIQUE

permet de faire, ou flatté peut-être par Vidée de se voir tenu pour arbitre dans les afiaires d'Etat, nous le voyons s'adresser sans relâche, tantôt à un prince, tantôt à l'autre, pour les pousser à porter remède aux maux qui affligeaient l'Italie.

Il se flattait de pouvoir, par ses conseils, donner une nouvelle vigueur à la politique chancelante de l'empereur Charles IV, et il lui rappelait l'exemple de son aïeul Henri VII *. Fatigué du spectacle des discordes intestines qu'ofi'raient les petites républiques, on espérait que l'intervention de l'empereur rafiermirait la félicité de l'Italie ; ainsi Pétrarque, comme les plus magnanimes Italiens, portait ses sympathies du côté des Gibelins. Une autre fois nous le voyons essayer d'inspirer des sentiments de conciliation et de paix à son ami André Dandolo, doge de Venise, afin de mettre un terme à là guerre que la Seigneurie vénitienne faisait à la république de Gênes *. Il cherche même à instruire François de Carrare seigneur, de Padoue, sur la manière de captiver les esprits de ses sujets, en leur procurant les bienfaits d'un gouvernement doux, éclairé et prudent ^. Mais rien n'alla plus au cœur et à l'esprit de Pétrarque que l'entreprise de Colas de Rienzi ; Fespoir de voir renaître la grandeur romaine, le mettait hors de lui ; il aurait tout sacrifié pour la réalisation

^ Epistola ad Garolum ÎV.

* Voy. la correspondance épistolaire entre Pétrarque et le doge, relative à ces négociations importantes, pag. 171 et 481 de l'édition des lettres, apud Petrum Roverianum, 1601.

^ Epistolar Lenil., lib. XIV, ep. 1.

de ce prodige. Une telle idée fit taire en lui jusqu'à la voix de l'amitié *.

L'illusion poétique de cette restauration le rendit ingrat envers ses propres bienfaiteurs. Mais à la chute de tout ce prestige, l'amour qu'il avait voué au tribun ne s'affaiblit pas, et dans la lettre adressée au peuple romain pour l'exhorter à soutenir ses droits en prenant la défense de Colas, on découvre toute l'élévation de son âme. La postérité jugera Pétrarque ; elle le plaindra sans le condamner, pour avoir eu confiance en une en- ' treprise, qui semblait aux hommes prévoyants et rompus aux afl"aires, comme dit Villani, une œuvre fantastique et de peu de durée ^.

Quoique les écrits et les opinions de Pétrarque ne s'unissent pas étroitement au sujet de nos études, nous avons dû en parler afin que l'on vît combien était grande à cette époque la divergence des opiifions et des projets politiques, divergence fatale qui laissa l'étranger libre d'accomplir ses desseins hostiles à la prospérité commune de la patrie; divergence qui divisa les forces nationales, rompit les liens anciens et prépara le pays aux changements funestes survenus au xvi^ siècle.

Après avoir indiqué ce que firent les écrivains italiens pour éclaircir les principes du droit naturel et du droit politique, dans les premiers temps qui suivirent la réorganisation de l'ordre pubUc, il nous reste à jeter un regard sur ce que firent leurs successeurs. Lorsque

* La ruine des Golonna, bienfaiteurs de Pétrarque. ' Histoire de Florence, iiv. XII, chap. Lxxxix.

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