‹ Histoire de la législation italienneChapitre 114 sur 122 · CHAPITRE Vil, — DROIT NATUREL ET POLITIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil, — DROIT NATUREL ET POLITIQUE

samment tenu compte des droits privés des citoyens, et de l'irréparable défaut d'une bonne administration de la justice.

Dans le tumulte continuel des agitations politiques qui bouleversaient les républiques italiennes, l'esprit de parti faisait disparaitre^toute idée de règle et de devoir. Le mot de patrie était dans la bouche de tous, mais au fond, tout se faisait par esprit de secte et de faction. Le peuple se croyait libre parce qu'il déchargeait sa colère contre les puissants, ou qu'il défaisait par caprice ce que le bon sens de quelques-uns avait prudemment établi. L'individu n'était jamais à l'abri de l'arbitraire, et les magistrats ne portaient aucun respect à cette loi primordiale de toute société civile, la défense et la sûreté de l'individu; on n'observait pas les lois et l'on méprisait ceux qui étaient chargés de les appliquer.

Pour peu que nous lisions l'histoire intérieure des peuples italiens, aux temps dont nous . parlons, nous serons convaincus de la vérité que nous avançons, et nous verrons les conséquences pernicieuses qui découlèrent d'une telle erreur. Nous alléguerons quelques faits plus concluants que les autres et qui démontreront à l'évidence ce que nous avons dit.

En 4290, les négociants et les artisans de Florence voulant porter remède aux injures et aux dommages que les grands faisaient au peuple, Giano de la Bella, secondé par quelques sages et riches citoyens du peuple, promulgua certains statuts énergiques et sévères, contre tout puissant seigneur qui se porterait à des actes de force ou de violence contre les gens du

peuple, redoublant la peiîie ordinaire à leur égard et 7*endant les membres de la même famille Pun responsable pour l'autre *, ce qui était accumuler injustice sur injustice, et loin de préparer la paix, on rendait injure pour injure.

Aussi, au milieu des' dissensions civiles si fréquentes au sein de cette république, le cri de guerre était presque toujours : Vive le petit peuple, mort aux richesy à bas les gabelles! Et les campagnes, même en temps de paix, étaient divisées d'esprit et de pensées.

Nos auteurs de nouvelles, qui sont aussi les peintres les plus véridiques des mœurs et des idées de leurs contemporains, nous fournissent mille particularités curieuses sur le mépris qu'on témoignait pour les actes de la justice et pour les juges.

Et il ne paraît pas, à vrai dire, que ces derniers s'mquiétassent beaucoup de se concilier l'estime du peuple, étant pour la plupart des hommes de nulle valeur, se conduisant comme des serviteurs du podestat, qui parfois ne se distinguait pas beaucoup des juges et des notaires qu'il traînait à sa suite *. Mais ce qu'il y avait de plus singulier, c'était de voir que les citoyens les plus importants, ceux qui devaient, avant tout, avoir à cœur la conservation des droits individuels, au lieu de

* Histoire de Florence par Jean Villani, liv. VIII, chap. l.

' • Gomme vous avez pu l'entendre dire vous tous, il arrive dans » notre ville des recteurs venant des Marches, qui généralement sont m des hommes pauvres de cœur et si misérables que toutes leurs acj» tions sont une véritable pouillerie, et en raison de leur misère » innée et de leur avarice traînent après eux des juges et des no- » taires qui semblent des hommes tirés de la charrue ou pris dans N une échoppe de savetier, plutôt que sortis des écoles de droit. »

Décaméron, 8me journée, nouv. 5.

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