CHAPITRE VII. — DROIT NATUREL ET POLITIQUE
les défendre, s'en faisaient souvent un jeu. Un exemple entre tous, ce fut Laurent-le-Magnifique, le chef le plus illustre et le plus méritant de la république Florentine; cependant on raconte de lui de tels abus des égards dus à la sûreté personnelle des citoyens, que tout le monde les considérerait aujourd'hui comme insupportables. Quand on lit le récit de ce qu'il se permettait pour venger des injures privées, et comment il se faisait un amusement de faire emprisonner des gens, sans aucune forme de procès *, il n'y a plus rien à envier à ces temps-là, puisque le peuple lui-même, loin de chercher à conserver les droits individuels, n'en faisait aucun cas et se joignait à ceux qui l'outrageaient.
La république de Pise retenait captif le dernier représentant du fameux comte Hugolin de laGherardesca. L'empereur Henri VII étant arrivé dans la ville, fit mettre en liberté le prisonnier, et demanda aux anciens et au conseil du peuple pisan, s'ils avaient quelque chose à objecter à cet acte, et ces magistrats ne surent répondre rien autre que, s'ils avaient fait jeter en prison le comte guelfe, ce n'avait pas été pour ses mauvaises actions, mais pour celles qu'avaient commises son père, son aïeul et son oncle *. Réponse vraiment digne de celui qui ne connaît aucune justice, et qui a
^ Voy. la nouvelle du menuisier Grasso, et le troisième (cena) souper de Lasca. On sait comment le prudent Burchiello parle dans cette dernière nouvelle à maître Manente et lui dit : Les princes sont princes et font de ces choses à nos pareils, quand nous voulons vivre avec eux à tu et à toi. Paroles étranges dan^ la bouche de républi-^ cains à Tégard du premier magistrat de la république.
' Doenniges, Acta Henrici Vil, p. 54.
peur; exemple qui n'a pas d'égal, si ce n'est dans les lois cruelles des suspects que la Révolution française compte en tête de celles qui ont signalé ses plus mauvais jours '.
En Lombardie les affaires n'allaient pas mieux qu'en Toscane, selon ce que raconte Galvano délia Fiamma, historien milanais qui vécut vers la première moitié du xive siècle; les Milanais ne ressentirent les bienfaits d'un gouvernement sage et juste qu'après l'avènement au pouvoir d'Azzon Visconti, qui commença la réforme des lois et corrigea les règlements anciens. Ses successeurs, Jean et Luchino Visconti, continuèrent l'entreprise commencée et firent en sorte que les citoyens jouirent du repos, que les coupables subirent le châtiment mérité *, et que l'administration publique fut délivrée des maux innombrables qui l'avaient envahie.
Mais cette prospérité ne fut pas de longue durée, le règne épouvantable de Barnabo gâta tout principe de bien posé par ses prédécesseurs. Il survint beaucoup de mal encore après lui, et pour peindre l'état déplorable dans lequel tombèrent les Lombards sous le gouvernement des Sforza, il suffit de rapporter les paroles énergiques de Bernardin Corio, que nul n^élait sûr en Lombardie s^il n^ était pauvre ^.
* Lois du 17 septembre 1793. Voy. Thiers, histoire de la Révolution française. Bruxelles 1832, t«)m. Ill, p. 189.
' Sexia mala consuetudo fuit quia homicidœ^fures, prœdones etrei mulli passim pretio aut prece condonabantur ei dimittebantur. Et ista mala consuetudo deleta est quia quicumque reus vix et fere impossibile est ut évadât nec propter pretium nec propter precem. Et ut cornmuniter dicitur in ista civitate (Mediolani) numquam fuit servata tanta iustitia sicut modo servatur. L. c, p. 104!2.
' Histoire de Milan.