‹ Histoire de la législation italienneChapitre 116 sur 122 · CHAPITRE VII. — DROIT NATUREL ET POLITIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — DROIT NATUREL ET POLITIQUE

Rome n'offre pas un meilleur aspect à celte époque. L'entreprise de Colas de Rienzi ayant pour but d'en changer le gouvernement, n'eut d'autre mobile que la nécessité de mettre un frein à la licence et à la fureur des sicaires. La soif de la vengeance irritée, en voyant impuni l'assassin d'un frère, le poussa à s'emparer de la ville. Dans la première entrevue qu'il eut à Avignon avec le pape, Colas accusa les barons romains d'être les auteurs de tous les maux qui déchiraient la patrie. On ne songea pas à y apporter remède, et le tribun s'éleva pour se faire justice lui-même. Ses premiers soins tendirent à réformer l'administration de la justice, à abréger la durée des procès, à régler le maniement des deniers publics, à mettre les routes publiques à l'abri des attaques des brigands, à achever en un mot les actes d'un régime sage et prudent. La nature du remède révélait la nature du mal."

Nous n'irons pas plus loin dans la narration de faits particuliers; nous rappellerons cependant, comme preuve commune, les paroles d'une nouvelle de François Sacchetti *, qui nous dévoile en entier la triste disposition des esprits en Italie. « Messire Ridolfo » da Camerino demanda à son neveu qui avait étudié » le droit à Bologne pendant dix ans : Eh! qu'as-tu » fait à Bologne? — Celui-ci répondit : Mon oncle, j'ai » appris le droit. — Messire Ridolfo reprit: Tu y as perdu » ton temps. — Le jeune homme qui trouvait ces pa- » rôles étranges lui dit : Pourquoi cela. Monsieur? — Et » messire Ridolfo riposta : Parce que tu aurais dû y

* Nouvelle XL.

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» apprendre la force qui vaut le double. — Le jeune » homme sourit d'abord, mais en réfléchissant bien, » lui et ceux qui entendirent ce récit trouvèrent » que messire Ridolfo avait raison. Et moi écrivain » (ajoute Sacchetti) me trouvant avec certains étujdiants » qui suivaient les cours de messire Ange de Pérouse, j» je leur dis . qu'ils perdaient leur temps en étudiant » comme ils faisaient; pourquoi cela, répondirent-ils? » Qu'apprenez-vous, leur dis-je? Le droit. Eh! qu'en » ferez-vous si on ne le reconnaît pas. »

« En efiFet, la raison n'a pas cours et on a beau l'a- » voir pour soi , s'il y a un peu plus de force du côté » de la partie adverse, la raison n'a rien à y voir. C'est » pourquoi nous voyons qu'aujourd'hui s'il s'agit d'un » pauvre ou d'un faible, la condamnation corporelle et » pécuniaire ne se fait pas attendre, mais s'il s'agit » d'un riche ou d'un puissant, c'est autre chose, car 9 malheur à qui ne peut rien. »

Dans cette nouvelle se voit toute la douloureuse exposition des maux que nous avons indiqués. De ces maux date le pervertissement de la morale en Italie. Le peuple apprenait à mépriser les lois à l'exemple de ceux qui les administraient; dans son sein bouillonnaient des passions malignes, cruelles, et elles n'étaient pas réprimées. Bien plus, les partis intérieurs fournissaient un aliment continuel à ce feu qui, sous prétexte de réchauffer les cœurs, allait détruisant l'ordre moral et les convenances politiques. Ainsi s'affaiblit le véritable esprit public chez les ItaUens, ainsi furent ruinés les fondements de l'indépendance acquise. Tout souvenir des vertus austères, de la valeur indomptable, de la

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