‹ Histoire de la législation italienneChapitre 16 sur 122 · CHAPITRE î. — LE DROIT ROMAIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE î. — LE DROIT ROMAIN

Puisque nous avons prononcé le nom de quelques interprètes du droit romain , il est désormais temps de parler de ces hommes qui passèrent toute leur vie à étudier et à enseigner au sein de la société moderne, les anciennes lois de Rome. Leur autorité fut immense et

leur vocation fut aussi noble que possible. Ils furent les premiers parmi les écrivains, parmi les maîtres et parmi les défenseurs de la civilisation moderne ; ils répandirent l'autorité de la véritable raison civile, et le germe de rérudition utile ^

On admire chez eux,répélerons-nousavecun illustre jurisconsulte allemand notre contemporain *, non-seu-

de lure beUi et pacis de Grotius, s'exprime ainsi à la page ^2i : Co^ varruviœet Vasquio inter recentiores jurisconsultas Grotius plurimum débet, ut fatetur^ neque parum Bodino et Hoiomanno ; sed in primis Alberico Gentili qui serio instiluit hanc viam collectis diligenler vcluti in communes locos, quanquam non adeo accurate digestisy hujus ar~ gumenti copiis.

^ M. E. Quinet dans son ouvrage sur les Révolutions d'Italie a vonlu démontrer comment a pén la conscience du droit. Sous cette rubrique faite exprès pour éveiller Tattention, l'auteur nous dit : « Que la i science des glossateurs ingénus du w^ et du xii^ siècle était une » intuition ; elle naissait de Tidée que TEmpire romain durerait toui jours, et qu'ils interprétaient la justice en son nom. Ce qui a été » pour les modernes le résultat d'un immense travail, était pour les » glossateurs italiens le fruit immédiat d'une inspiration naïve. » Je ne me chargerai point de justifier cette dernière assertion de M. Quinet, et moins encore les déclamations chaleureuses auxquelles il se livre en développant sa thèse. Je me bornerai à noter que la méthode des gloses interlinéaires et marginales, adoptée par les glossateurs dont parle M. Quinet, leur était venue des théologiens qui s'en servaient pour l'interprétation de la Bible. On peut citer la naïveté d'Irnerius et de quelques autres glossateurs qui lui succédèrent. Mais ce système premier ne tarda pas à être abandonné pour faire place aux commentaires lourds et prolixes.

' Gustave Haenel dans la préface du livre intitulé : Dissensiones

lement la pénétration de l'esprit, mais leur constance, alors que, dépourvus de presque tous les secours dont on dispose aujourd'hui, ils cherchaient dans des manuscrits volumineux et très-souvent incorrects, les membres épars de la science et les coordonnaient. Souvent ces parties semblaient contradictoires, mais ils les conciliaient avec tant de discernement que, même aujourd'hui, dans les controverses du droit et dans les débats du barreau, nous nous servons de leurs opinions sans en citer les auteurs. Ils étudiaient si bien les textes des lois anciennes qu'ils les retenaient par cœur, et les expliquaient avec tant de savoir et d'élégance que, de toutes les parties de l'Europe, accouraient, pour les entendre, les jeunes gens les plus distingués.

C'est dans les écoles des glossateurs que se trouve , pour ainsi dire, compris tout le premier âge de la législation moderne. La méthode de faire des gloses pour expliquer les textes, considérée comme le moyen le plus simple, est très-ancienne. On sait que, dès les temps les plus reculés, on avait l'habitude d'annoter les codes; les gloses de la bibliothèque de Turin et des archives capitulaires de Verceil, que nous donnons aux appendices, nous en fournissent un exemple ^

dominorum contrùversiœ velerum juris inttrprelum qui glossatores vocarUur, Leipsise 1384.

^ Un savant jurisconsulte piémontais auquel nous devons la traduction italienne de VHistoire du droit romain au moyen âge, de M. de Savigny, M. Emmanuel BoUati, bibliothécaire du conseil d*Elat à Turin, a publié une glose tirée d'un manuscrit de la bibliothèque de Tuniversité de Turin. — Cette glose pourrait bien être d*Irncrius ; elle appartient certainement, presque en entier, au fondateur de Técole de Bologne. Cette gÎ08e\ dit M. Bollati, révèle une profonde connaissance

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