CHAPITRE I. — LE DBOIT ROMAIN
Dans un manuscrit du Code, existant aux archives du chapitre de Vérone, on lit des notes écrites en grec, et l'on doit regretter qu'elles soient encore inédites. Pourquoi ne communiquerait-on pas à toute l'Italie cet éminent désir de découvrir des trésors littéraires, désir qui pousse tant d'Allemands à entreprendre des voyages et à ne pas épargner les fatigues, pour enrichir la science? Pourquoi, nous qui possédons le champ où est enfouie une si riche moisson, pourquoi laisserionsnous insouciamment aux autres la gloire de la récolter, tandis que nous pourrions plus facilement et aussi heureusement qu'eux en cueillir les fruits ?
Mais c'est plutôt à l'histoire de l'ancienne philologie légale qu'à l'histoire de la législation moderne, à s'occuper de ces manuscrits. Pour celle-ci, il lui suiBt.de remonter à Irnerius, vrai chef de l'école de la jurisprudence restaurée.
Dans le principe, les gloses étaient de simples notes interlinéaires ou marginales, tendant à expliquer le sens grammatical et spécifique d'un mot ou d'une phrase. Ensuite elles s'étendirent et allèrent jusqu'à indiquer le parallélisme des règles; et enfin elles furent destinées à expliquer le sens de la loi. Ces dernières se multiplièrent et on en fit un commentaire continu. Les docteurs traitèrent bientôt séparément les diverses matières du droit, sous la forme de consultations {consi- Aa). Enfin, parcourant un plus grand espace, ils compilèrent des traités, firent des commentaires, et don-
d s sources chez le glossaleur, qui par ce moyen s'élève parfois à une large synthèse. V. dans Tappendice de nouveaux détails en matière de gloses.
nérent des interprétations ingénieuses, quoique parfois négligées.
Chacun des plus anciens jurisconsultes glosait pour son propre usage, et les élèves retenaient les gloses des maîtres. Vers Tan 4230, Accorso (de Florence) réunit toutes les gloses qu'on avait faites depuis Imerius, et y ajouta les siennes.
Accorso, infatué de l'ancien droit romain, en vint au point d'affirmer que ce droit pouvait suppléer à la théologie S et il apporta un soin incroyable pour achever ce recueil qui fut appelé par Antonomase, la Glose. Parmi les glossateurs, dont l'époque s'étend depuis Irnerius jusqu'à Accorso, se distinguèrent beaucoup : Bulgare, Martin Gosia, Jacques et Hugues, appelés par excellence les quatre docteurs^ pour avoir assisté Frédéric !«"• dans la diète de Roncaglia dont nous avons parlé; Roger, Albéric, Guillaume de Cabriano, Placentino, qu'on dit avoir été le premier à introduire en France l'étude du droit romain; Jean Bassiano, Pillio, Cyprien, Galgosio, Othon, Lothaire, Bandino, Burgondio, Vacarioqui le premier introduisit l'étude du droit romain en Angleterre, Azon, réputé dans son temps comme un oracle de jurisprudence, Hugolin, Cacciavillano, Jacques d'Ardizonne, Jacques de Colomb, Jacques de Baudoin, Tancrède, Charles de Tocco, Rofredo d'Epiphano, et Pierre des Vignes, illustre et malheureux chancelier de Frédéric II.
^ Ridicula est Accursii gloriatio in glossr ad L. 10, § 2 de J. et /, nihil opus esse theologiœ studio ad cognoscenda divina, ut quœ ex legum romanerum libris affatim queat peti, Herman. Conrin^us, de Civili prudentia, cap m.