A L'AUTEUR
Monsieur le comte,
Avant de vous demander la permission de traduire en français votre Histoire de la Législation italienne, je savais que des personnes qui s'occupent d'études sérieuses, regrettaient que ce travail ne fût pas déjà fait. Son Excellence M. Troplong, président du Sénat, dans une lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire à ce sujet, s'exprimait ainsi : « Tous les esprits sérieux » vous sauront gré de les faire profiter d'un ouvrage > qui traite un sujet très-intéressant à étudier, et qui » a donné à.son auteur un rang distingué parmi les » publicistes de l'Europe. »
VI A l'auteur.
J*étais donc certain de Taccueil empressé qui serait fait en France à votre livre. Cependant, j'hésitais devant une entreprise dont je comprenais toute Timportance scientifique, mais dont je mesurais aussi la difficulté de Texécution.
Mais les événements politiques de ces derniers temps ont attiré tous les regards vers l'Italie, et chacun a dit son mot sur les destinées futures de la Péninsule. Dès lors, le moment était venu de faire paraître votre livre. Le meilleur moyen de savoir ce que veut et ce que peut un peuple qui prend les armes pour revendiquer son indépendance, c'est d'étudier ce que ce peuple a été jusqu'ici, et ce qu'il a toujours voulu.
Votre Histoire de la Législation italienne en exposant les vicissitudes du passé, apprend suffisamment les aspirations de l'avenir.
Votre Seigneurie a fait de nombreux changements et des additions considérables au texte italien; elle a fait, par conséquent, de la nouvelle édition française un livre presque nouveau et d'un grand intérêt, même pour les personnes qui ont lu l'ouvrage en italien.
Je dois exprimer ici le regret de n'avoir pu conserver dans la traduction française la division en trois volumes de l'original. Les matières qu'embrasse YHistoire de la Législation italienne comportent, en effet, cette division en trois parties. Les Origines d'abord , les Progrès ensuite; mais cette seconde partie se subdivise naturellement en deux époques. La première comprend les xni®, xiv^ et xv* siècles, ou l'époque de
A L'AUTEUa. Vïl
Tautonomie italienne, Tâge héroïque de la Péninsule. La seconde comprend les xvie, xvu© et xvme siècles, époque d'affaiblissement, suite de la conquête par l'étranger. Telle est la véritable vue intérieure de l'ouvrage. Mais le format généralement adopté en France pour ces sortes de publications, et quelques considérations fondées sur l'espoir que Votre Seigrieurie publiera bientôt l'histoire de VEtat actuel de la Législation italienne, ont fait penser au savant et habile éditeur M. Didier, qu'il valait mieux ne faire que deux volumes quant à présent.
J'ai cru faire plaisir aux lecteurs, en ajoutant aux appendices du 1er volume, un article que Votre Seigneurie a publié en 1857, dans la Revue historique du Droit français et étranger, intitulé : Les Lois lombardes.
Ce document si intéressant jette une vive lumière sur l'influence que la domination des Lombards exerça sur la législation italienne. Ce fut pendant cette domination, en effet, que l'Italie sembla, pour ainsi dire, se détacher complètement des idées romaines. L'espèce de supériorité que les Lombards affectaient sur le peuple conquis devait produire ces résultats, et Luitprand, évêque de Crémone, put dire à l'empereur Nicéphore Phocas, en 968 : « Nous, Lombards, nous • les (les Romains) méprisons tellement que, quand » nous voulons dire une grosse injure à nos ennemis, » nous les appelons Romains. »
Comment les Lombards et les Romains du x^ siècle
VIIÏ A L*AUTEtR.
sont-ils devenus des Italiens? c'est ce que le lecteur pourra voir dans YHistoire de la Législation italienne. Dans mon travail de traducteur, j^ai fait de mon mieux pour donner à la copie que je livre au public , quelque ressemblance avec Theureux modèle que j'avais sous les yeux. Mais comme dit le poète latin :
Lerita salix quantum pallenli cedit olivae Judicio nostro tanlum tihi cedit Amynthas. .
J*espère, cependant, que le lecteur me pardonnera les imperfections de mon travail, en faveur du désir que j'ai eu de donner à la littérature française, un livre que tout homme de loi peut étudier avec fruit, et que tout publiciste devrait lire avant de parler des choses de l'Italie.
Monsieur le Comte, je vous suis redevable déjà d'une grande condescendance, et je vous en remercie sincèrement. Mais combien vais -je vous paraître exigeant, en vous priant d'agréer mon modeste travail de traducteur, comme l'expression de mon profond respect et de ma gratitude la plus vive!
Doué, le i86i.
Le traducteur,
Charles SCLOPIS.