CHAPITRE II. — LOIS DES BARBARES
apparentes et absolues dans les statuts des communes concernant les successions, avec l'intention principale de Texclusion des femmes. Nulle part cependant, ces restes de l'ancienne conquête ne furent conservés plus soigneusement que dans le royaume de Naples : là, le droit lombard fut la loi commune jusqu'aux temps de la dynastie d'Aragon ; et si plus tard il parut aban« donné, ce ne fut que par des usages contraires, mais son abrogation expresse n'eut lieu que lors de l'in* troduction des lois françaises dans le royaume* A Naples, le droit lombard était plus répandu que dans aucune autre contrée de l'Italie; outre le texte des lois royales, on y conservait même les lois rendues par les princes de Bénévent et les comtes de Capoue *,
C'est un fait curieux que de voir la langue grecque destinée à répandre la connaissance des lois lombardes . Un jeune jurisconsulte qui ajoute un nouvel éclat à la renommée de son père, M. Edouard Zachariae, a publié, il n'y a pas longtemps, des fragments d'une traduction qu'il croit avoir été faite entre la fin du ix^ siècle et le commencement du x®, pour l'utilité des juges et des plaideurs accoutumés à parler le grec et obéissant au droit lombard *.
Plusieurs savants, tels que Hérold, Muratori et Canciani ont mis autant de soin que d'érudition à rechercher et à commenter les documents concernant la législation des Lombards. Mais le travail le plus complet sur
^ Giamone : Histoire civile du royaume de Naples, liv. V, chap. v. — Camille Pellegrino : Historia principum Langobardorum.
- Fragmenta versiouis graecse legum Ratharis Langobardorum régis primus edidit Garolus Ëduardus Zachariae. Heidelbergœ, 1835.
les lois des Lombards n'a paru qu'en 1855; une nouvelle édition de ces lois a été publiée à Turin dans le recueil du Comité royal d'histoire nationale K Cette édition est due à M. le comte Charles de Vesme. Tout ce que la critique la plus sévère peut exiger, tout ce que la diligence la plus éclairée peut fournir se trouve dans cette publication. Il n'est plus permis aujourd'hui, si on cherche la vérité, de recourir à d'autres textes de la loi des Lombards qu'à celui donné par M. de Vesme, enrichi d'une préface pleine d*érudition et de sagacité et de notes et de variantes qui offrent un intérêt tout particulier 2.
Vers le commencement du xii® siècle, les lois lombardes et quelques-unes émanées des dominateurs qui se sont succédé en Italie, furent réunies sous une nouvelle forme de compilation et par ordre de matières. On ignore quel en fut l'auteur; destinée d'abord à l'usage du barreau, elle fut bientôt reçue partout, et prit le nom de Lombarde.
Si l'on parvient à recueillir encore un grand nombre de documents ayant trait à ces temps obscurs, si l'on ne se lasse pas dans les recherches fastidieuses sur les lois et les usages des Barbares qui ont dominé en Ita-
' L*auteur de cette histoire a publié un article fort étendu concer* nant cette édition, dans la Revue historique de droit français et étranger^ 1837, première livraison.
' Le savant A. Amédée Peyron de Turin, et Filluslre Charles Troya de Naples , dont nous déplorons la perte récente, avaient déjà publié d*importants fragments inédits de ces lois, lorsque M. de Vesme commença ses recherches. On ne saurait oublier ici les travaux si intéressants de M. J. Merkel sur l'histoire et la littérature du droit des Lombards R. Deputatione sovra gli ètudi di sloria patria.