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CHAPITRE II. — LOIS DES BARBARES

Plusieurs vérités spontanées, lucides et sublimes découlent, il est vrai, des inductions et des suppositions de la science nouvelle ; mais pour mieux apprécier ces doctrines, il est nécessaire que la critique fasse encore plusieurs expérimentations. Dans toutes les traditions primitives de la vie des peuples, on rencontre des symboles et des allégories, cependant il ne faut pas en conclure que Thistoire ancienne, alors qu'elle est écrite en termes précis, nets et raisonnables, doive toujours être considée comme allégorique,

Les inductions de Vico relativement aux principes politiques sur la nature des fiefs sont vraiment dignes d'une attention particulière. « Tous les jurisconsultes, » dit-il, qui ont écrit sur le droit public doivent recon- » naître cette vérité souveraine, éternelle, que la puis- » sance libre d'un Etat, paçce qu'elle est- libre, doit » produire son effet. Ainsi tout ce qui est ôté aux no- > blés profite aux peuples jusqu'à ce qu'ils deviennent j^ libres; et tout ce qui échappe à ceux-ci profite aux » rois jusqu'à ce qu'ils se rendent absolus.

j Si le droit féodal est issu des flammèches de l'in- » cendie du droit romain par les Barbares, le droit ro- » main, à son tour, est issu des flammèches des fiefs... » et l'on a vu que la nature étemelle des fiefs, ren- » fermait l'origine des nouveaux royaumes de l'Eu- » rope.

» Enfin les universités de l'Italie ouvrirent leur en- » seignement sur les lois romaines contenues dans les x> livres de Justinien, où elles sont basées sur le droit » des gens. Les intelligences se développèrent et se » donnèrent à l'étude de la jurisprudence de l'équité I. • 5

» naturelle, laquelle en matière de droits civils, place » sur la même ligne les nobles et les vilains, tels qu'ils 9 le sont d'après la nature. On arriva ensuite à la forme » des républiques libres et des monarchies parfaites. ]» On passe facilement de l'une à l'autre de ceâ formes ]> de gouvernement, mais dans un état de civilisation, jf il serait impossible de revenir sans troubles, de ceux- » ci au gouvernement aristocratique *. ï

On nous pardonnera d'avoir fait une aussi longue citation, mais elle nous a semblé si remplie d'autorité et de lumière historique, que nous aurions cru faire acte de témérité que d'exprimer par d'autres paroles une conception aussi admirable ^.

Certains écrivains de nos jours, calomniant la civilisation présente, ne tarissent pas leurs éloges sur les coutumes féodales, et voudraient en opposer les avantages aux bienfaits dont jouissent aujourd'hui les hommes. Ils élèvent jusqu'au ciel la valeur des barons, les habitudes de la famille renfermée dans les châteauxforts, la docilité des serviteurs encore soumis aux sujétions personnelles. Mais si l'on a recours à la saine autorité de l'histoire, celle-ci nous apprendra de combien de piisères la vie était alors accablée ; elle nous apprendra que la valeur était presque toujours ternie par une froide et inflexible cruauté ; que l'ignorance

^ Vico : Principes de la science nouvelle ; Milan, Silvestri, t. III , p. 136-37.

' En cherchant à diminuer la hardiesse de Texpression, Tidée aurait paru s'affaiblir. Il est permis du reste de beaucoup oser en traduisant celui (T qui avait oublié la langue du passé, et ne savait plus parler » que celle de Tavenir. » (Michelet, dans sa préface aux mémoires de Vico.)

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