CHAPITRE II. — LOIS DES BARBARES
qu'ils ont produit et le triste souvenir qu'on en conserve *.
Grâce à ces institutions féodales, la propriété territoriale se concentra entre les mains d'un petit nombre de vassaux et de prélats enrichis des dons faits à l'Eglise, et le menu peiiple se trouva soumis à l'arbitraire et à la discrétion des seigneurs qui portaient les armes, jouissaient de tous les honneurs et de toutes les terres.
Plus les pauvres s'enfonçaient dans l'esclavage, plus les riches cherchaient à accaparer des béiéficesj afin de s'approcher de la condition des seigneurs, et pour y arriver, ils offraient leurs alleux à un grand vassal, qui les leur rendait revêtus du caractère féodal.
Pour les faibles il n'y avait pas d'autre moyen de se soustraire aux vexations et aux dangers qui les menaçaient, que de recourir à la protection des forts, et de se soumettre à une sujétion particulière, pour avoir droit à une assistance spéciale. On arrivait à ce but de différentes manières; l'une d'elles consistait à se recommander à un puissant seigneur ou à l'Eglise, avec promesse d'un travail ou d'une prestation afin d'être par là protégé ; selon la différence des œuvres ou des prestations convenues, les recommandés prenaient le nom de recommandés y (Tassurés^ de non taillables et d^exempts
^ Ceci doit être entendu du système en général, et en particulier de la sujétion personnelle. Car les tenures féodales par rapport aux biens n'ont disparu que dans ces dernières années de Tîle de Sardaigne, et dans la partie du territoire italien soumise à TAutriche, il s'en conserve encore. V. le livre de M. J.-B. Sartori, intitulé Storia, legislatione, et statuto atiuale dei feudi ; norme pel miglioramento, e per lo svincolo totale di essi. Venise, troisième édition, 1857, in-8<>.
de la dîme; parfois pour assurer son existence, on se donnait en servitude; ceux-ci s'appelaient oblats et ce furent eux qui accrurent le nombre des serfs des églises *.
Dans quelques cas rares, au lieu de se donner on se vendait entièrement, ou bien on accordait au seigneur de tels droits sur sa propre personne et ses propres biens que l'on entrait dans un état intermédiaire entre la liberté et la servitude. Ainsi on s'ôtait le droit de tester afin d'augmenter le droit de caducité en faveur du seigneur. Ceux qui se donnaient ainsi à autrui tombaient dans la classe des mainmortables *.
Les limites et la distinction entre tous les recommandés dépendaient du simple usage, mais tous ont été confondus dans le cours des temps, et ils furent réduits à la classe de serfs et de manants qui vers les xe et xie siècles composaient presque entièrement le petit peuple.
Tels étaient les fruits résultant de tant de misères ; tels étaient les chemins qui en Italie menaient à cet abîme dé barbarie, laquelle, pour nous servir des paroles de l'incomparable Muratori 3, rompit les digues, au x® siècle, et de ce moment fut assuré le triomphe des vices, des guerres, des abus de pouvoir des tyrans, des tyrannaux, et après cela le triomphe de la fureur des partis.
^ Histoire des abus féodaux, de David Winspeare, liv. I, chap. viii. — Cet acte s'appelait donatio de se ipso.
* Winspeare, 1. c.
' De la prospérité publique, chap. vu.