CHAPITRE m. — LES LOIS ECCLÉSI ASTIQUES
rappelant ce qui avait été fait en faveur de Charleinagne, voulait s'ingérer dans l'exercice de l'autorité pastorale et s'attribuer l'élection du Pontife.
La lutte sur les justes limites des deux puissances ne tarda pas à éclater. Il s'éleva une voix puissante pour soutenir l'indépendance du pontificat, et ce fut celle de Pierre Damien, homme saint, plein d'élévation d'esprit et très lettré, eu égard aux temps incultes où il vivait. Le livre qu'il publia à celte occasion renferme la somme des questions et des disputes qui avaient surgir Une pareille discussion de principes religieux et poli« tiques, vers le milieu du xi^ siècle, mérite d'être prise en grande considération. C'étaient les premiers essais de cet examen rationnel qui domine toutes les affaires du monde civilisé.
Les maux s'accrurent. Les rois d'Allemagne et de France faisaient publiquement trafic des dignités ecclé« siastiques. Le saint pape Grégoire VII employa tout son pouvoir pour déraciner cet abus. L'Empereur mettait à prix l'investiture des prélats, et ne permettait pas de prendre possession de leurs sièges, à ceux qui n'avaient pas reçu de lui l'anneau et la crosse pastorale. Saint Grégoire défendit formellement aux prélats de recevoir
^ L'opuscule de saint Pierre Damien est intitulée : Disceptatio syno» dalis de electione poniificis romani inter régis advocatum et romana Ecclesiœ defensorem missa ad synodum habitam super electione Ho-* norii Ilpapœ qui vulgo CadaloUs dicebatur. Nous citons Fédition publiée par Goldaste dans le deuxième volume du recueil Monarchiœ S, Romani imperii  la fin de Topuscule, Tavocat du roi s'avoua vaincu (p. 65, no 30 à 40), et après avoir résumé toutes les parties de la discussion , il conclut dans les termes suivants : Evidenti clarescat iudicio quia in eo quod sibi pontifieem populus romanus elegit maics^ tati regiœ potissimum minislravit.
l'investiture de la part d'un laïque. Par deux fois Henri fit semblant de céder, non pas par un retour sincère, mais pour gagner du temps, et aussitôt que l'occasion lui parut favorable, il attaqua le pontife, et la guerre s'en suivit longue et acharnée. Les grands vassaux de l'Empire se jetèrent dans la mêlée : les intérêts politiques et ceux de l'Église furent confondus dans la lutte ; les armes spirituelles et temporelles se choquèrent, et l'on remplit ainsi cet espace de temps connu sous le nom de Guerre des investitures.
Nous ne savons avec quelle précision on' a pu dire, qu'à l'occasion des investitures, on avait livré soixante-dixhuit batailles ^ ; mais il est certain que de grands maux troublèrent le cours de six pontificats, et cet état déplorable ne cessa qu'à la paix conclue à Worms entre Galixte II et Henri V, en H22. Le concile de La tran, assemblé l'année d'après, confirma solennellement la liberté des élections.
Déjà, vers la fin du siècle précédent, le pape Urbain II avait appelé sous les armes les princes et les peuples chrétiens, et les avait envoyés à la délivrance du saint sépulcre. A cette première entreprise de l'Occident contre l'Orient, en avaient succédé d'autres , et si Dieu ne permit pas qu'on obtînt la récompense qu'on s'était promise, il voulut cependant que ces expéditions oU' vrissent la voie à la civilisation européenne.
Sans toucher à la question des inconvénients ou des avantages qui résultèrent des croisades, sujet qui a été
^ Histoire du droit canonique et du gouvernement de r Eglise, par M*** (Brunet) avocat ou Parlement* Paris, 4720, i vol. in-8«.