‹ Histoire de la législation italienneChapitre 47 sur 122 · CHAPITRE m. — LES LOIS ECCLESIASTIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — LES LOIS ECCLESIASTIQUES

des arguments propres pour s'élever à la souveraineté temporelle.

Dans une bulle de 1058 *, le pape Etienne IX déclarait que, par autorité des canons sacrés et des lois d'Olhon et de ses successeurs dans l'Empire, les clercs ne devaient reconnaître aucun autre juge que leur évêque, et que les laïques n'avaient pas le droit de percevoir un tribut sur quiconque était investi des ordres sacrés.

Peu d'années après ceignait la tiare Grégoire VII, pontife d'une haute portée d'esprit et d'un courage inflexible. Voyant l'Eglise souillée par la dépravation des mœurs et par l'envahissement de la simonie, il entreprit de la purifier et réussit dans l'entreprise. Craignant que le pouvoir laïque n'usurpât le droit d'élire les évêques, il n'hésita pas à faire la guerre à l'empereur, et il sortit victorieux delà lutte. Il supporta ensuite courageusement les malheurs et put prononcer en toute vérité ces touchantes paroles à son dernier moment : Tai aimé la justice et j'ai haï V iniquité^ c^esi pourquoi je meurs dans l'exil.

Nous ne nous constituerons certainement pas le défenseur de cette souveraineté universelle à laquelle sembla aspirer Grégoire VII , et de laquelle s'éloignent tant la lettre et l'esprit de l'Evangile ; mais nous ne refuserons pas à ce Pontife la louange d'avoir empêché que l'arbitraire de la force ne l'emportât sur les droits de la morale.

C'est sous ce point de vue que doivent être aussi

^ Muralori, Aniiquit. med. œvi, dissert, 70,

considérées les actions de ce Pontife que plusieurs écrivains ont si indignement travesties. Mais à notre époque les jugements historiques sont débarrassés de ces préoccupations qui étaient de nature à les obscurcir, et ceux même qui sont peu partisans des doctrines émises par Grégoire VII, reconnaissent aujourd'hui en lui les qualités de Thomme illustre qui dépensa toute sa vie dans une magnanime entreprise *.

Nous avons déjà remarqué que les règlements canoniques avaient aidé au progrès de la civilisation, et nous en avons la preuve dans la persistance des conciles et des souverains pontifes à inculquer les principes éternels de la justice et de l'ordre moral, alors que les princes laïques les méprisaient avec la plus grande férocité.

L'autorité des canons introduisit des intervalles de paix, à des époques travaillées par une guerre continuelle et par des excursions désastreuses. Et la trêve de Dieu qu'on était tenu d'observer du mercredi soir au lundi matin de chaque semaine, depuis le premier dimanche de l'Avent jusqu'à l'octave après l'Epiphanie, et depuis le dimanche de la Septuagésime jusqu'à l'octave après Pâques ^, était le plus grand bienfait que l'humanité pût espérer à cette époque. Cette trêve cora-

^ Choisissons entre tous le témoignage de l'historien Grégoire, Essai historique sur les libertés de l'Eglise gallicane, pag. 9, Paris, 1818. Ce Pape (Grégoire Vil) eut de grandes qualités ; les historiens s'accordent à reconnaître l'élévation de son génie, à louer son zèle contre i la simonie, l'inconlinence des clercs, et pour le maintien de la discipline, etc V. en outre l'histoire du pape Grégoire VIÏ et de son

siècle, par J. Voigt , trad. de l'abbé Jager.

^ V. le titre de tragua el pace, dans les Décrétales de Grégoire IX.

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