CHAPITRE IV. — LES COMMUNES
lois. Ld peuple, qui, sans le consenleiuent d'auirui, el dans son propre intérêt, prépare et exécute des entreprises guerrières, promulgue des lois auxquelles il se soumet, possède le véritable caractère de la souveraineté. Peu importe alors qu'il rende un stérile hommage à une simple apparence de supériorité : du moment qu'il retient le pouvoir réel, effectif, il a le droit d'être compté parmi les peuples souverains.
Ainsi nous voyons qu'en 4002 et 1004, les Pisans firent la guerre aux Lucquois, et qu'en 1006,. s'étant unis aux Génois, ils attaquèrent la Sardaigne; nous apercevons, au milieu du même siècle, à Gènes et à Pise, par exemple, des lois émanées de la seule autorité communale * ; et au commencement du siècle suivant, les communes, entre autres celles de Milan et de Pavie, nous apparaissent comme des puissances indépendantes, concluant des traités publics, sans aucun recours au pape ni à l'empereur ^.
De tous ces faits, nous concluons que, dès cette époque, la vie politique s'était développée dans toutes ses parties au sein des communes italiennes. Cet ordre de choses s'étendit de plus en plus et s'affermit dans le cours du xiie siècle. Une faction hardie et entreprenante se forma à cette époque, et poursuivit vigoureusement l'entreprise d'une révolution complète. On l'appela la Mot ta 3.
^ V. la préface de Tancien statut de Gênes publiée par G. B. F. Raggio, dans le second volume des Monumenta historiœ patriœ publié à Turin par la R... société des études de Thistoire nationale. Y. aussi Valsechi, Epistola de veleribus Pisanœ civitatis constitutis.
^ En 1112, comme le raconte Landulphe de Saint-Paul, R. J. S., tom. V.
^ Voir sur Thistoire de la Motta Giulini, Mémoires de la cité et do
L'origine de ce nom est incertaine, mais les immenses conséquences qui en découlèrent sont incontestables.
La Motta prit naissance vers la moitié du xi® siècle, au temps d'Héribert, archevêque de Milan. Plusieurs hommes libres et puissants voulant se soustraire au joug intolérable que l'archevêque leur faisait subir, formèrent entre eux une conjuration afin de conserver leurs anciens privilèges. Peu à peu, plusieurs personnes du peuple, et particulièrement les commerçants et la jeunesse, se joignirent aux premiers conjurés. Le nombre des factieux et leurs forces s'étant accrus, on se mit à Tœuvre, et bientôt on vit les basses classes désireuses de nouveauté, se joindre avec empressement à cette faction. Pendant un siècle et demi, tantôt en secret, tantôt publiquement, la Motta préparait le grand événement de la paix de Constance. Ce n'est pas que les conjurés et leurs adhérents eussent imaginé cette réorganisation sociale, mais ils la préparèrent sans s'en apercevoir. On voulait remédier à des maux existants, on visait à un état politique indéfini encore, mais qui répondît à la nécessité des temps et des hommes. Une certaine force entreprenante entraînait le peuple à accomplir ce décret de la Providence qui devait réformer la société civile.
la banlieue de Milan au moyen âge ; Raumer, dans un essai sur la constitution des cités lombardes, inséré dans les Annales de Vienne. VIII ; les vicissitudes de la constitution des cités lombardes déjà citée. La Motta peut être assimilée dans ses principes aux Guildes, ou sociétés privées où Ton se garantissait mutuellement la personne et les biens, et dont parle avec détails Tingénieux professeur Mittermaier dans son exposition du droit privé de rÂllemagnc ( Deutschen privatrechts). Reyensburg, 1837, § 120, 134 et 502.