CHAPITRE IV. — LES COMMUNES. i
ration, et la tentative que fit Colas de Rienzi, deux cents ans après, dévoilent combien le souvenir des temps passés était tenace et profond chez les Romains. Le foyer était à Rome, les étincelles s'étendaient dans les provinces environnantes, et la liberté romaine apparaissait comme le symbole de l'unité pour tous les habitants de la Péninsule. La philosophie d'Arnold dévenue la cause de changements politiques, nous révèle l'impulsion produite par les écoles et les études. D'à- , près le tableau qu'Olhon de Freisingen nous fait de la vie et des opinions d'Arnold *, nous voyons qu'il eut les apparences et le sort de tous les novateurs. Ses paroles recueillies avec enthousiasme, répétées avec audace, se réduisirent bientôtà un bruit vague. Mais l'idée qu'elles engendrèrent ne s'effaça pas dans la tradition d'hommes accoutumés à distinguer la puissance de l'opinion d'avec l'efficacité des faits.
Ginguené fait observer qu'Arnold fut brûlé vif, non pas comme séditieux, mais comme hérétique ^. Cette remarque est juste et doit être méditée. Qu'on lise, en effet, le récit que nous a laissé Othon du colloque en- • ire les députés de Rome et l'empereur Frédéric, avant l'entrée de ce dernier dans la capitale du monde, et Ton aura la preuve qu'après la mort d'Arnold, la confiance en leur ,propre indépendance ne s'était pas éteinte chez les Romains. Le courtisan de l'empereur raconte, comment Frédéric, surpris de la hauteur du discours des députés de Rome, interrompit brusque-
* De géstis Friderici /, lib. II, cap. xxi.
* Histoire liUéraire d'Italie, \^^ partie, chap. m.
ment les orateurs, lorsque, selon Vusage italien^ ceuxci commencèrent à parler tout au long des droits de la république et de Tempire. De ce fait, il résulte pour nous, que non-seulement les Italiens étaient plus éloquents et plus instruits que les Allemands, mais que le thème préféré de leur éloquence était de parler de leurs franchises, de leurs droits et des anciens souvenirs. Ces pensées communes à tout le peuple, engendraient des désirs communs, on s'efforçait de reprendre ce qu'on avait perdu et l'assurance de la victoire reposait dans ce consentement universel.
La ligue contre Frédéric comprenait d'abord les villes de Lombardie, les Marches et les Romagnes, mais les villes lombardes furent les seules qui soutinrent la lutte jusqu'à la 6n, et créèrent le grand système politique des communes italiennes.
Ce n'est pas ici la place-de rappeler la lutte longue et obstinée qui eut lieu entre le peuple et l'empereur, ni de faire remarquer les actions d'éclat des fondateurs de l'indépendance communale. Tous les historiens en parlent longuement, tous nos anciens statuts procèdent de là. Nous devons néanmoins remarquer les iormes observées dans les négociations qui précédèrent le traité.
Les pourparlers eurent lieu avec tant d'ordre et une telle réciprocité d'égards, qu'il était aisé de voir que l'importance des communes était réputée égale à celle de l'Empereur. Et on ne dira pas que la ligue invoquait un droit nouveau; au contraire, elle ne cessait de demander la continuation et la confirmation de ce qu'elle prétendait lui appartenir depuis un temps im-