‹ Histoire de la législation italienneChapitre 62 sur 122 · CHAPITRE IV. — LES COMHDN&S · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — LES COMHDN&S

mémorial. Elle rappelait ce qui s'était fait aux temps d'Othon el de Henri, insistait pour jouir de la vieille liberté romaine, c'est-à-dire de celte vieille liberté civile, en vertu de laquelle chaque commune avait te droit de se gouverner à sa guise.

En même temps elle se déclarait prêle à accomplir envers l'Empire les anciens devoirs {veteres iustidas).

Romuald de Salerne, qui fut témoin de ces grands événements, entre autres circonstances particulières dont il parle, mentionne la déclaration solennelle rédigée dans le camp de la ligue et présentée au Pape dans l'église de Ferrare, en 1177. Ces hommes, dont la sagesse égalait la valeur, s'exprimaient ainsi ': < Nous I voulons qu'il soit porté à ia connaissance de Votre » Sainteté et à celle de l'Empereur, que ce sera avec

> gratitude que nous accepterons la paix avec l'Empe-

> reur (l'honneur de l'Italie étant sauf) et que nous dé- » sirons reconquérir ses bonnes grâces, afin qu'il nous I conserve intacte notre liberté. Nous entendons nous t soumettre à toutes les obligations que l'Italie lui doit, » selon l'ancienne coutume; nous ne lui refusons pas

> nos anciens devoirs. Mais jamais nous ne consentirons I h nous dépouiller de la liberté que nous avons ro- » çue en héritage de nos pères, de nos aïeux et de nos t ancêlres; nous ne la perdrons qu'avec la vie, parce I que nous aimons mieux mourir avec la liberté, i|iie

' Romualdi Salcrnilani, Chronicon. R. i. 5,, tom. VII : LoaiiiiinU in utraque mititia diliyenter imlritcli {saut enita t» bello »trenui i-i ad eoaeioniindum populo mirabililer erutlili] per sapienles luoi UiUlfintpondtrmi. 111., |i. 2^.

> de vivre en servitude *.» Voilà l'idée et Taspect moral de la résistance que les communes faisaient aux prétentions de l'Empire. Il s'écoula six années de trêve, après quoi fut conclue la paix de Constance^ signée le 24 juin 1183.

Les conditions de cette paix, communément appelée traité de Constance, méritent une étude spéciale et approfondie. Ce traité contient non-seulement l'un des monuments les plus importants du premier âge de noire histoire moderne, mais on y trouve le fonde-

ment le plus accrédité du véritable ordre social italien. Il faudrait un livre entier pour développer toutes les qualités de ce traité et les effets qui en dérivèrent, et déjà ce travail a été entrepris par deux savants italiens qui vécurent au dernier siècle. Dominique Carlini, dans son examen de cette paix *, et Jacques Durand dans un essai analogue, enrichi de plusieurs documents inédits ^, ont traité très au long cette matière. Nous

* Cette ferme volonté d'être libres en respectant les droits d'autrui, cette déclaration explicite de droits et de devoirs, nous rappellent ce qui se passa en Suisse plus d'un siècle après. Le 7 novembre 1307, trente-trois citoyens d'Uri, Schwytz et Unterwalden guidés par Furst, Stauffacher et Arnold de Melchthal se réunirent au milieu du silence de la nuit sur la prairie solitaire de Grutli pour aviser aux moyens de se soustraire à la tyrannie des baillis impériaux. Là ils firent le serment solennel de sauver sans violence ni injustice la patrie et la liberté.

Les Suisses peu nombreux, pauvres et vertueux, fondèrent leur liberté sur des bases solides et surent la garder. Les Italiens, comblés de tous les dons de la fortune, surent conquérir cette liberté , mais bientôt après ils se lassèrent de la défendre.

^ De pace Constantise àisquisitio, Veronae, 1763.

^ Essai sur la ligue lombarde et sur la paix de Constance, dans le 40116 vol. des Mémoires de TAcadémie Royale des Sciences de Turin.

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