‹ Histoire de la législation italienneChapitre 68 sur 122 · CHAPITRE rv. — LES COMMUNES · texte numérisé non relu

CHAPITRE rv. — LES COMMUNES

divers pouvoirs dépendants de celle souveraineté, était souvent troublé et presque toujours gisait affaibli entre les mains de ses délégués. Réveillé en sursaut, le peuple passait de l'inertie à la violence, et tombant sur les flatteurs qui méditaient sa ruine, il ébranlait les fondements de sa constitution politique. Ouvrons l'histoire de Florence et nous y verrons l'exemple continuel d'une incroyable mobilité dans les formes du gouvernement public; l'histoire de Milan nous montrera combien était facile le passage d'une licence effrénée à une lâche soumission. D'autres l'ont déjà dit, et nous le répétons : c'était l'égalité et non la liberté qui faisait la base du gouvernement dans les républiques italiennes. Et ce n'est pas chose diflîcile à démontrer, que le peuple préfère toujours ce qui flatte ses désirs passagers et ses vanités sans nombre, à une distribution équitable et paisible des droits et des devoirs qui constituent la liberté vraie et durable. On ne doit même jamais espérer que le public comprenne à fond la corrélation des forces morales et rationnelles, qui satisfait aux justes besoins de tous, et fait le bien de la société en même temps que celui des individus.

c: Au premier coup d'œil, > disait avec grande raison M. Saint-Marc Girardin, « il n'y a rien de si fort et de » si puissant que tout le monde. Au fond il n'y a rien » de si faible. Cette masse ne sait ni penser ni agir. » Elle ne le peut que si un grand homme lui prête son j âme et son génie. »

L'opinion de Montesquieu * sur la confusion des

\ Espril des lois, liv. XI, cliap. vi.

pouvoirs au sein des républiques italiennes, se rapporte parliculièrement aux aristocraties de Venise et de Gênes qui existaient encore au temps où il écrivait, et ne saurait s'appliquer à toutes les formes des gouvernements populaires antérieurs.

Dans les communes constituées d'après rancien régime , on avait tenté d'arrêter les usurpations des hommes puissants en élisant le podestat et les juges parmi les étrangers ; mais comme le véritable édifice politique reposait sur le sable mouvant de la toutepuissance populaire, il ne pouvait faire autrement que de céder au choc incessant des factions contraires.

La cause de la ruine de ces républiques doit être attribuée, selon l'opinion d'un célèbre écrivain moderne, au défaut d'un pouvoir stable et protecteur qu'elles auraient dû se procurer par l'influence que donne la propriété territoriale, au lieu de se livrer entièrement, comme elles firent, au commerce et à l'industrie *. Nous sommes loin de nier que la propriété territoriale ne soit un puissant élément de stabilité politique, mais nous ne saurions nous dissimuler que les forces combinées de Tindustrie et du commerce, sont parvenues à fonder ailleurs des républiques puissantes et stables.

Les jalousies les plus acerbes, la division des forces publiques, le peu d'obéissance aux lois, l'opposition des intérêts politiques du Pape , de l'Empereur et de la France, au milieu desquels s'agitaient continuellement

* Romagnosi, DcW indole e dei fattori deïï incivilimente.

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