CHAPITRE IV. — LES COMMUNES
Mîjis quelle fut la position réciproque des deux parties qui formaient la législation générale de l'Italie, savoir du droit romain ou du droit municipal? Voici comment elle se présente à nos yeux. Le droit romain était la loi commune qui réglait tous les actes de la vie civile, et contenait tous les principes généraux de la justice , applicables aussi bien à l'intérêt public qu'à l'intérêt privé. Le droit municipal était la loi d'exception, celle qui se référait à la qualité particulière de chaque commune, qui contenait tous les égards dictés par les convenances politiques, intérieures et extérieures. Le droit romain ne s'expliquait que par autorité de la science , et l'empereur avait seul le droit d'ajouter une constitution au code; dans les statuts, au contraire, les magistrats municipaux faisaient telle modification qui leur convenait. Du droit romain découlaient les préceptes de la raison écrite : des règlements municipaux découlaient les règles établies par les circonstances locales. La législation des statuts se perfectionnait et s'expliquait à l'aide de l'histoire contemporaine de chaque commune; les progrès de l'étude du droit romain procédaient conformément à la marche des études philologiques et de la jurisprudence.
Quant au principe fondamental du droit public interne, le fait allait contre le droit ainsi que nous aurons occasion de le voir encore dans le cours de cette histoire. On ne refusait pas de reconnaître en principe la suzeraineté de l'Empire telle qu'elle était posée par les légistes; les Guelfes l'admettaient aul»nnt que les Gibelins *,
* Voy. l'article intitulé : Un brom d'istoria délia Repuhlica fiorcH'
sans que ni les uns ni les autres s'en trouvassent le moins du monde gênés dans les affaires de gouvernement et d'administration.
S'il est vrai, comme on l'a dit, que la monotonie de l'histoire d'un peuple, soit le signe de son heureuse condition, les Italiens doivent être sans doute considérés comme ayant, été très-malheureux pendant les siècles où leurs communes étaient le plus florissantes. On ne saurait trouver rien de plus varié que le mouvement incessant de passions et d'entreprises différentes qui les portait parfois à de hautes aspirations , souvent à des fins déplorables. Est-ce à dire que celle constitution civile et politique, qui les plaçait dans une telle agitation, ne contenait en elle-même aucun élément bon, glorieux et durable? C'est à l'influence de ces lois que l'Italie doit l'activité sans pareille que ses habitants déployèrent dans les arts, le commerce et l'industrie. C'est sous l'empire de ces institutions attentives au maintien de l'indépendance municipale, que les individus, souvent abandonnés à leurs propres forces et en lutte perpétuelle avec tout ce qui les environnait, surmontèrent les difficultés et les dangers qu'ils rencontrèrent, et conquirent une splendeur qui nous éblouit.
Le gouvernement républicain est sans doute celui qui permet le plus à l'individualité humaine de se développer; il n'y a pas là de forces perdues. Mais ce gouvernement, soumis à des agitations continuelles,
tina, 1351-58, par M. le marquis Gino Capponi, inséré dans VArchivio slorico itùliano, tom. VU, 2® livraison, 1858.