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CHAPITRE V. — LOIS COMMERCIALES. J

Vers Tan mil les Pisans et les Génois entrent dans la lice et commencent à trafiquer sur les côtes de Barbarie. Ancône les suit de près, et devient pendant quelque temps la rivale de Venise dans le commerce avec TEmpire grec.

Dans toutes les mers, en un mot, qui baignent les côtes de l'Italie, des navires sans nombre sortis des cinq ports principaux et des autres moins importants, donnaient au commerce un mouvement tel que jamais on n'avait vu, ni même imaginé quelque chose de semblable.

La cause d'une telle impulsion provenait de l'indépendance presque absolue dont jouissaient les habitants de ces villes maritimes. Enhardis par leurs franchises et leurs richesses, ils savaient protéger leurs expéditions commerciales avec des flottes armées; et des guerres soutenues avec éclat les faisaient respecter partout où il le fallait. Ainsi, dans les premières années du xi© siècle, les Génois et les Pisans attaquèrent la Sardaigue, et en mil soixante trois, les Pisans seuls saccagèrent les États du roi de Tunis.

Les grands passages en Terre Sainte favorisaient le commerce italien. Les Vénitiens, les Génois, les Pisans nolisaient leurs navires pour le transport des troupes dans ces contrées lointaines. Ces expéditions procuraient un double avantage aux Italiens, soit en raison du nolis des navires, soit à cause des privilèges que les princes chrétiens établis en Orient, accordaient sans difficulté aux entrepôts ou aux factoreries qu'ils y possédaient. Si l'on ouvre les annales de Venise dictées par Dandolo, celles de Gênes écrites par Gaffaro, si l'on

s'arrête à la trentième dissertation de Muratori sur les Antiquités du moyen âge, on verra bientôt combien était prospère etnonsidérabie en Orient la fortune de ces trois peuples navigateurs, tandis que les autres nations de l'Europe s'épuisaient en vains efforts pour conquérir un pays qu'elles ne devaient pas conserver.

Le commerce maritime fut la source la plus féconde de la richesse et de la puissance italiennes. Il convient donc avant tout que nous nous occupions des lois qui développèrent un tel commerce, pour considérer ensuite l'état de l'industrie et des échanges dans l'intérieur de la Péninsule.

A ce sujet , il est de notre devoir de reconnaître le service signalé qu'a rendu M. Pardessus * à Tétude de l'histoire de la législation générale et de la civilisation, en publiant la collection des lois maritimes antérieures au xviiio siècle. La critique judicieuse et la vaste érudition avec laquelle il a développé, dans toutes leurs parties, les documents mis au jour, donnent un tel prix à son ouvrage qu'on chercherait en vain une source plus abondante et plus sûre, pour exposer ces matières

* En parlant de tout ce que doivent à M. Pardessus les hommes qui se livrent à ce genre d'étude, personne ne croira, j'espère, que nous ayons oublié les grands travaux des célèbres Italiens qui ont illustré l'histoire de notre commerce, et parmi lesquels nous citerons Tanucci, Histoire des trois célèbres peuples maritimes de Vltalie; Filiasi, Essai sur Fancien commerce des Vem/ien^ ;Baldelli-Boni, Histoire des relations réciproques entre l Europe et l^Asie^ depuis la décadence de Romejusqu^à la destruction du califat. Ces écrits ont ouvert la voie aux nombreuses et très-curieuses investigations sur les textes des lois anciennes qu'on n'aurait pas pu facilement examiner, confronter, marquer dans leurs moindres détails, si l'on eût manqué des moyens très étendus que M. Pardessus a recueillis au profit commun de la science.

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