CHAPITRE V. — LOIS COMMERCIALES. il
C'était le temps où l'utilité apparente de la perceplion immédiate d'un droit prévalait sur des intérêts plus considérables mais éloignés que produisent les échanges réciproques. Et, ne soyons pas étonnés que telles aient été les croyances de ces hommes non encore instruits sur les vrais principes de l'économie politique, alors qu'il est difficile même aujourd'hui de détruire des erreurs du genre de ces anciennes institutions *.
Deux découvertes, ou plutôt deux inventions dues aux Italiens, donnèrent le plus grand développement au commerce de toute nature; ce fut la lettre de change et l'assurance. On a beaucoup discuté sur l'origine de la lettre de change, que les uns font remonter au vue siècle et d'autres au x®. Nous dirons avec M. Blanqui * a que l'invention est due bien plutôt aux » marchands italiens qu'aux brocanteurs juifs de ce » temps, ceux-ci n'ayant pas eu occasion de se livrer è d'aussi bonne heure que les autres au commerce de » place en place qui a probablement suggéré cette idée.
exclusêticumy foraticumy gabella, géranium, mensuraticumy mediaticum nauiaticnm, passagiam, pedagium, plaieaticumy poli fictura, pondéragium, pontaticum, portaticum, portulalicum, pulveraticum, ripaticum, rotaiicum, teloneum, transiium, viaticum, et autres semblables. Nous avons cité ces mots parce qu'ils expliquent leur signification à peu près, et prouvent combien les communications étaient entravées par de pareils péages.
^ On peut lire de fort curieux détails sur la législation en matière de finances au moyen âge, particulièrement pour ce qui a rapport à ritalie, dans le livre de M. le chevalier Louis Cibrario : Délia economia politica del medio evo. Ce livre qui compte déjà plusieurs éditions, a aussi été traduit en français.
' Histoire de l'Economie politique, tom. I, p. 907.
480 DE LA LÉGISLÂTCON ITÂUENNE.
» Le nom même de la lettre de change qui était primîti- » vement italien, semble en indiquer les véritables au- » teurs, et la première ville où l'on en fit usage, Lyon, » alors l'entrepôt de l'Italie, est un indice de plus. »
On doit croire également que l'assurance, fondée sur le calcul. des probabilités, et couvrant toute espèce de propriété contre des dangers ou des risques imprévus, a dû être l'œuvre de la perspicacité italienne. Ce contrat très usité de nos jours, fut pratiqué en Italie dès le xiv® siècle. François Balducci Pegolotti *, qui écrivait vers cette époque, parle de contrats sur les risques de mer et des gens^ et le Brève du port de Cagliari dont nous avons parlé, prévoit les cas de naulegare et sigurare. En cela aucun autre peuple ne saurait disputer la priorité aux Italiens.
Le commerce de terre n'était pas moins florissant que celui de mer dans la Péninsule.
Les histoires les plus récentes et les ouvrages d'économie politique ^ ont tant vanté la prospérité de l'industrie et du commerce des républiques italiennes, que nous estimons inutile de nous attacher à autre chose qu'aux grands résultats qui sont indispensables pour éclaircir le sujet de nos investigations.
^ Dans ritinéraire imprimé dans la Décima de Pagnini, quelques écrivains observent qu'il est parlé d'assurance maritime dans les lois de Wisby, sur la date desquelles M. Pardessus a selon son habitude disserté amplement et avec le concours d'une grande érudition, dans le premier volume de sa collection.
^ Voy. la 30^ dissertation des Antiquité med, œvi de Muratori. Sismondi, Histoire des républiques italiennes. Pecchio, Histoire de r économie politique en Italie, Bianqui, Histoire de ^ économie politique. Gibrario, Economie politique au moyen âge^ etc.