CHAPITRE V. — LOIS COMMERCIALES
Les manufactures des produits indigènes et étrangers étaient très nombreuses. La circulatfen des capitaux était vaste et rapide, la richesse publique prit des proportions qui même aujourd'hui paraîtraient extraordinaires. Le soin des gouvernements se portait sur ces sources intarissables du bien-être général.
La statistique et le système financier étaient connus dans la pratique, ou pour parler plus exactement, étaient créés par les prévoyants recteurs des communes et la science existait déjà, avant qu'on en eût donné les définitions si précises aujourd'hui. Nous n'avons qu'à nous en référer aux exemples si souvent cités de la balance des dépenses et des recettes de la république de Florence, depuis 1336 jusqu'à 1338, et au compterendu de 1421 , lait par le doge Mocenigo à la Seigneurie de Venise *.
Les républiques italiennes, écrit M. Blanqui, « avaient » déjà mis de l'ordre dans l'industrie avant que saint > Louis y eût fondé les corporations; la puissance de » leurs gouvernements ne semblait pas avoir d'autre » mission que de protéger les intérêts du travail*. » 11 n'y a pas de louange ^lus sincère que celle qui vient d'un étranger, mais on doit ajouter que les corporations s'étaient établies bien antérieurement en Italie, et que sous le nom à' Arts ^ elles avaient entrepris dans certains endroits de gouverner l'État, ainsi que nous l'avons déjà dit.
Nicolas Machiavel reprochait aux Florentins de
* Blanqui, Histoire, etc., lom. I, p. 20.
« Ibid., p. 304.
i8â DE LA LÉGISLATION ITALIENNE.
s'être trop abandonnés au commerce , et d'avoir ainsi oublié le métier des armes avec lesquelles ils auraient du défendre leur liberté. Il n'y a pas de doute que le caractère mercantile de ces républiques, après leur avoir été d'une grande utilité, finit par gâter leurs institutions. Mais ce n'est pas là seulement qu'il faut voir la cause de la ruine de ces Etats ; les jalousies municipales, le peu de respect pour les lois intérieures, et les menées continuelles de la politique étrangère, contribuèrent plus que tout autre à la destruction des anciennes institutions. C'est ainsi que l'on arrive jusqu'au xvie siècle, où Charles V mit le comble à l'œuvre de l'asservissement de 1 Italie.
Si l'existence des corporations des Arls prouve la puissance que l'industrie avait acquise en Italie, elle accuse en même temps l'avidité de ceux qui substituaient la tyrannie à sa protection. A cette époque en effet, on ne ménageait ni les sujétions, ni les embarras, ni les inquisitions pour assurer chez les sujets la perception des impôts que Ton appelle aujourd'hui impôts indirects. Aux lois qui prohibaient sévèrement l'importation des produits manufacturés, dont on craignait la concurrence, se joignaient des peines sévères contre les artisans qui auraient porté à l'étranger la moindre notion sur le secret des métiers, et la méthode de fabrication employée dans les diverses fabriques.
On était protectionnistes outrés. C'est un système dont le résultat immédiat frappe plus que celui produit à la longue par la libre concurrence. On ne peut pas dire même aujourd'hui que ce système ait fait son