CHAPITRE V. — LOIS COMMERCIALES. i
temps. La politique s'y trouve mêlée assez pour retarder les progrès de la liberté *.
A côté de ces prescriptions restrictives et souvent sordides, étendait ses racines le grand principe de l'association. Les Italiens ne tardèrent pas à s'apercevoir du progrès infini des forces multiples réunies. Les compagnies du commerce leur avaient assuré la paisible possession des trafics de TOrient. Après la première moitié du xii® siècle nous voyons établie à Tyr la société qui s'était formée à Pise sous le nom des Humbles [Societas hurniliorurn), humilité glorieuse et factice s'il en fut. Tout occupée de commerce elle ne laissai^ pas que de secourir les armées des croisés et en était récompensée par de grands privilèges ^.
Depuis que le commerce des Italiens se tourna vers le côté occidental de l'Europe, il se forma sous le nom collectif- de Lombards^ une grande société de tous les marchands. Elle avait ses chefs et envoyait ses ambassadeurs; elle était constituée en somme comme une vraie république qui traitait avec les princes dont elle approvisionnait les Etats de ses marchandises. Elle conclut plusieurs traités publics pour assurer les communications commerciales, et surtout pour empêcher qu'on n'accrût à sou détriment les primes et les droits. En 1238, Louis de Savoie, seigneur de Vaud, donna un
* Voy. à ce sujet un livre rempli d'aperçus curieux et de réflexions piquantes : Letters to the président on the foreign and domestic policy of the Union and its effect as exhibited in the condition of the people and the state, by H. C. Carey. — Phiiadelphia 1858.
' Concession de 1188 accordée par Guillaume de Monlferrat au nom des chevaliers du Temple et de Saint-Jean ; dans Muratori, 30^ dissertation.
184 m LA LEClSLàTlON ITÀLIEHUE.
sauf-conduit aux procureurs de la compagnie des marchands de la Lombardie, de la Toscane et de la Provence, représentant Tuniversalilé des négociants de Milan, de Florence, de Rome, de Lucques, de Sienne, de Pistoie, de Bologne, d'Orvieto, de Venise, de Gênes, d'Albe, d'Asti et de la Provence *.
Cette compagnie de négociants (ttniversitas mercatcn rum)^ gouvernée par des chefs, appelés tantôt consuls, tantôt capitaines, portant dans ses armes une étoile et une bourse, emblèmes de son but et de sa confiance, entretenait des relations avec la France principalement, où, ^àce aux privilèges que lui avaient accordés les rois de cette nation, elle traitait de puissance à puissance. Une charte du 2 mars 1278, publiée récemment, contient l'indication détaillée de tous ces privilèges, et comme l'observe avec opportunité le savant éditeur, elle aurait besoin d'un commentaire étendu que nous ne saurions faire ici 2. Nous dirons seulement que les franchises dont jouissaient les Italiens établis à Nimes, étaient très étendues. Pour un don modéré, appelé droit de vente, mis à la charge du vendeur et de l'acheteur par portion égale, nos commerçants étaient assimilés aux bourgeois de Paris ; par là ils devenaient exempts du paiement des taxes, de la milice et de toute autre sorte de charges; ils conservaient leurs lois nationales, l'usage
^ Document existant dans les archives de la Chambre royale des Comptes, à Turin.
' Publié par M. Libri dans le Journal des Savants, livraison d'octobre 1838, p. 618, où on lit plusieurs documents précieux sur rhistoire du commerce italien en France, pendant les siècles xiu et xiv.