CHAPITRE V. — LOIS COMBIERGIALES
les documents publiés après ta chute de la République * .
M. Blanqui parle en ces termes des opérations de la banque de Venise «. c C'était une banque de dépôt qui » ouvrait des crédits aux bailleurs de fonds pour faci* » liter les paiements et les revirements. La caisse ne 9 retenait aucun droit de garde ni de commission, et v ne payait aucun intérêt; mais ses certificats de dépôt D faisaient les mêmes fonctions que le numéraire. » Il est à craindre que M. Blanqui ne soit tombé ici dans quelque confusion et qu'il n'ait attribué à la vieille banque primitive de Venise, le caractère particulier de la banque de circulation {Banco-giro) qui ne fut établie que plus de quatre siècles après (en 1585), et dont nous parlerons dans le second volume de cet ouvrage.
Le commerce de l'argent monnoyé fut pratiqué en Italie dès les temps les plus reculés. Dans presque toutes les villes, même dans les moins importantes, il y avait des banques de prêt et de change. Nous lisons dans un statut de Suze, première ville qu'on rencontre en descendant le revers des Alpes-Gotliennes, le précepte suivant : Cambialores extranei cambitionem non accipiant nisi ah indigenis cambiatoribus ^.
Par là on visait à prévenir les abus que les usuriers étrangers et les juifs en particulier pouvaient commettre au préjudice des habitants. Ces banques
^ Daru, Histoire de Venise ^ vol. VU, pièces justificatives, section II, § 5. La date de la fondation de la banque de Venise est assignée à Tannée 1157, dans Touvrage intitulé : Venezia e le sue lagune. Ce livre a été écrit avec beaucoup de soin par des hommes versés dans rhistoire de Tancienne République.
' Histoire de, r économie politique, t. I, chap. xx.
' Monumenta historise patriae, leges municipales, p. $,
s'appclaieot commanément Casane. Les chroniques d'Asti \ racontent que les habitants de cette ville, très commerçante alors, entrèrent en France, en 1226, et qu'ils s'adonnèrent aux changes concurremment avec les négociants de Cahors déjà en possession de cette industrie. Il est connu que les Italiens augmentèrent ainsi leurs richesses et devinrent les principaux banquiers de l'Europe, et que c'était à eux que recouraient les princes qui avaient besoin d'argent.
Avec les gros bénéfices produits par l'accroissement du crédit, et la circulation des capitaux, apparurent les graves inconvénients qui suivent toujours les rapides oscillations survenues dans le cours du prix des marchandises. Une décrétale du pape Alexandre II, qui vivait dans la seconde moitié du xii^ siècle , renferme à ce sujet des particularités curieuses. Elle est adressée à l'archevêque de Gênes et est conçue en ces termes * : « Il j& arrive souvent, ydit-on, que dans cette ville, certaines » gens achètent du poivre, de la canelle et autres mar- » chandises dont le prix, au moment de l'achat, ne dé- » passe pas 5 livres, et il5 promettent de les payer aux > vendeurs six livres à terme fixe. Bien qu'on ne puisse » pas dire que ces contrats soient usuraires, il n'en est n pas moins vrai que ceux qui les font commettent un » péché, alors qu'il n'y a pas de doute qu'il survienne » une augmentation ou une diminution sur le cours » de ces marchandises, au moment du paiement. Vos » concitoyens feraient donc bien de s'abstenir de faire
* Voy. Muratori R. J. S.
* Décrétai. Gregorii IX de usuris, cap. vi.