‹ Histoire de la législation romaineChapitre 123 sur 297 · Propagation du · texte numérisé non relu

Propagation du

422. Dis le règne de Tibère , les apôtres, parcourant les provinces de Tempire , avaient répandu autour d*eux la religion nouvelle qu'ils annonçaient aux peuples. Cette morale pure, cette idée grande de la Divinité , frappaient les esprits et couvraient de honte ou de ridicule les principes et les dieux du paganisme. Comme foi , le polythéisme , déjà abandonné par la philosophie et par les hautes classes de la société romaine, 8*en allait de jour en jour. Il n*existait plus que comme institution, comme culte extérieur, dans les habitudes et les pratiques de la vie publique et de la vie privée. La croyance des apôtres, qui venait apporter la plus grande révolution sociale, non par la force, mais par Tesprit, par le sentiment, appelait à elle les petits comme les grands, les faibles comme les forts, les pauvres comme les riches. Le nombre des personnes qui s'y ralliaient augmenta rapidement ; les églises où elles se réunissaient se multiplièrent; tout contribuait chez les particuliers, dans Tordre privé, à propager la religion chrétienne. En était-il de même dans le gouvernement?

423 . On n*a pas assez considéré ce point sous le rapport des lois politiques. Jusqu'ici nous avons fait voir le droit sacré de Rome fortement attaché au droit public , et formant une partie intime de ce droit. Les pontifes étaient des magistrats du peuple nommés dans les élections comme les autres magistrats, faisant intervenir leurs fonctions dans les affaires majeures de TÉtat; la première puissance du droit public, l'empereur, était aussi la première puissance du droit sacré, le souverain pontife. L'unité de lois religieuses n'était pas moins essentielle au gouvernement que l'unité de lois politiques, puisque ces lois se confondaient les unes avec les autres. Cette unité avait toujours été produite précisément par la pluralité des dieux. Une province nouvelle* ment ajoutée à Rome avait-elle de nouvelles divinités, on les recevait, on leur élevait des temples, on leur donnait des prêtres» et le système religieux n'était pas troublé un seul moment : les dieux du paganisme étaient accommodants. Mais lors^que parut une religion qui, révélant l'existence d'un seul Dieu infini, ne pouvait être reçue sans anéantir toutes les institutions actuelles;

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nne religion qui donnait des prêtres indépendants du choix des autorités civiles, qui se séparait entièrement de la puissance publique, et qui disait : « Mon empire n'est pas de ce monde, mais d'un autre » , alors le droit public se trouva attaqué dans une de ses bases fondamentales. Les chefs du gouvernement durent songer à le défendre ou à le changer totalement ; ce fut le premier parti qu'ils prirent. Quelque absurde que fut le poly théisme, l'homme ne revient pas si facilement de ses erreurs, surtout lorsqu'à ces erreurs est attaché le gouvernement d'un grand empire. Comme empereurs et comme souverains pontifes les princes voulurent arrêter une religion qui menaçait le droit de l'Etat, et, pour accomplir leurs desseins, ils employèrent, lors même qu'ils n'y étaient point portés par la férocité de leur caractère, le moyen le plus vicieux, celui de la force et des cruautés Les persécutions de Néron, de Domitîen, de Verus et de Gallus, ne firent que des martyrs : les chrétiens se multiplièrent au milieu des souffrances; la religion se répandît plus brillante et plus vénérée, et bientôt ces vastes provinces, sur toute leur face, virent les habitants divisés en deux classes distinctes : les chrétiens et les païens. Une guerre, une peste, un fléau quelconque frappaient-ils l'empire , les païens ne manquaient pas de l'attribuer aux innovations funestes des chrétiens, et ceux-ci de le rejeter sur l'aveuglement et sur l'obstination des païens.

424. Les jurisconsultes, hommes de la loi régnante et des institutions, furent dans la lutte contre le christianisme naissant les auxiliaires des chefs du gouvernement, et souvent leurs ministres comme dépositaires des pouvoirs publics. Leur philosophie, venue de la Grèce, naturalisée à Rome, et cultivée par eux comme la mère de toutes les sciences, avait progressivement substitué an droit civil quiritaire, droit matérialiste, exclusivement propre aux seuls citoyens, un droit plus rationnel et plus large, ouvert à tous les hommes; mais ils l'avaient fait à l'aide de procédés ingénieux, en proclamant le droit civil, et prenant sa place, quand ils ne paraissaient que se mettre à côté. Le christianisme fat pour eux on ennemi de l'État et des institutions, à. repousser; peut-être un rival de leur science philosophique, qu'avec sa simplicité il venait détruire radicalement. Toutefois, il est permis de conjecturer que leur morale allait, même à leur

8^ HISTOIRE. TR(HUfeMB É1N)QUB. LES BMPBRKURS, § I*'.

insa, s^éclairer aux lumières noa¥elles de cet ennemi ; que Finfloence des doctrines évangéliqnes pénétrait indirectement lear propre philosophie; et que, même lorsqu'il était proscrit et perséottté, le christianisme agissait smr les progrès de la joris* pmdenee et de la législation dans mie voie plos large et plna donce pour Thamanité.

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