‹ Histoire de la législation romaineChapitre 13 sur 297 · I. Origines de Rome · texte numérisé non relu

I. Origines de Rome

2. L*enfaiice de tous les peuples est ÎDconnue ; les preodiëres années de leur existence sont remplies par des traditions douteuses et des fables invraisemblables. C'est surtout aux Romains qu*il fiiut appliquer cette réflexion : leurs origines , bien qu^elles n*aient pas une baute antiquité, sont restées voilées à leurs propres yeux. Des narrations populaires, des chants héroïques, des annales pontificales où la constatation de prodiges et de faits surhumains n'était pas épargnée, ont formé, pour les Romains eux-mêmes , une base première. Là-dessus s'est assise une sorte d'histoire, que leurs poètes, leurs historiens, leurs publicistes, leurs juriMconsuIteSy indistinctement, adoptent, répètent, sans hésitation, comme cbose reçue et connue de tous. C'est la croyance nationale; on la trouve partout dans leur littérature.

3. Cependant la critique et le scepticisme des temps modernes se sont mis à battre en brèche ces croyances romaines, et la mode a pu venir d'en reléguer les faits et les personnages au rang des mythes, non-seulement dans la partie fabuleuse de ces narrations qui se révèle d'elle-même, mais même dans ce qu'elles ont, en apparence, de plus sérieux.

4. Les eflbrts ne se sont pas bornés à renverser; la critique a voulu reconstruire : elle s'est travaillée à faire surgir de sa tombe séculaire cette Rome primitive, cette Rome véritable, inconnue aux Romains eux-mêmes. L'ambition de la singularité, l'entrainement et quelquefois la richesse de l'imagination ont poussé dans une voie de hardiesses conjecturales ; tandis qu'an dehors le prestige de ce qui parait nouveauté a fait pour un temps, dans le courant des esprits fascinés , la fortune de ces sortes de conjectures.

4 niSTOIBB. PBEUiÈRE ÉPOQUE. LB8 BOIS.

Le travail dont nous parlons ne date pas d*hier. Dès la renais sance littéraire de notre seizième siècle, la discussion est ouverte. Déjà dans une dissertation écrite en 1685, Périzonius signale comme ayant servi de fondement aux premiers récits de Thistoire romaine, ces vieilles chansons populaires, ces éloges funèbres, ces poèmes héroïques dont parlait Caton dans son livre des Origines j qui étaient, plusieurs siècles avant son &ge, chantés à la table des grands en Thonneur des béros dont ces grands prétendaient descendre, et que Cicéron regrette de ne plus avoir (1). Périzonius invite les esprits sérieui à se tenir en garde contre ces sortes de récits poétiques , que Tamour du merveilleux ou la vanité ont enfantés (2). Cette remarque, quand elle a été reproduite et mise en saillie avec plus de lumière de nos jours, n'était pas nouvelle. En 1738, sans parler de plusieurs lectures et de controverses antérieures, produites sur le même sujet au sein de r Académie des belles-lettres, de Beaufort publie sa Dissertation sur T incertitude des cinq premiers siècles de Vhistoire romaine (3). Quelques années auparavant, la reconstruction de cette histoire incertaine, sur des données plus indépendantes tirées des grands principes de la philosophie de Thistoire, avait été entreprise à Naples par Vico , dont on peut dire que Niebuhr, à notre époque, a été en certains points le continuateur (4).

5. On a été plus loin encore, on a poussé plus avant dans le passé des siècles. On a tenté de retrouver la trace d*une civilisation même intérieure à celle-là, d'évoquer à résurrection ces nationa-

(i) GicéROsr, in BnUum, g 19 : t Atque uUnam ezstarent illa carmina, qua moltis sscalîs ante saam statem in epulis esse cantitata a sioguiis convivis de clarorum virorum laodibas , in Originibut scriptum reliquit Gato ! t

(t) PkBisomus, Animadvers, historieœ, ch. 5 et 6. Amsterd., 1685.

(3) Llrecht, 1738. A quoi il faut joindre, dn même auteur, La République romaine. La Haye, 1766, 2 vol. in-k^,

(4) Vico, parmi ses premières œuvres latines, dans celles De uno universi jurit prindpio et fine uno (1720), De constantia jurisprudentiœ , divisée en deux parts; De constaniia phUotophiœ et De constatUia philoiogiœ (1721); mais surtout dans sa Scienxa nuova (V* édit., 1725; 2< et 3« édit., 1730, 1744). — NiBBUHB, Histoire romaine (premiers volumes publiés en 1811 et 1812, refondus dans les éditions suivantes); traduction française par M. de Golb^y

6 vol. itt'So, 1830 à 1837). La mort a arrêté Niebobr (2 janv. 1831) avant la tin de son grsnd ouvrage.

OaiGlNES DS KOMB. 5

Hiés italiques , mortes , étouffées sous le colosse romain , et de faire revivre à nos yeux, avec ses populations, ses Etats divers, ses institutions, ses langues perdues, Tltalie telle qu'elle se trouvait avant la fondation de Rome. Les travaux de Lanzi nous ont ouvert lapossibilité de pénétrer approximativement, sur leurs monuments, les mystères de Técriture, quelquefois même de la langue de ces vieux peuples (1) ; et ceux de Micali nous ont offert d'intéressants essais sur Tensemble de leur histoire générale (2).

6. Il y a eu dans la poésie et dans la littérature grecques, puis dans celles des Romains, qui en sont issues, une tendance générale à donner aux origines italiques la couleur grecque. Trois événements épiques de cette poésie : le retour d'Hercule de son expédition d'Ibérie , où il avait, en ouvrant le chemin de TOcéan , posé néanmoins sur cette ouverture les barrières qui ne devraient pas être dépassées; le voyage des Argonautes, dont Hercule luimême faisait partie an départ; la dispersion des héros grecs ou troyens, les pérégrinations d'Ulysse et celles d'Énée après la chute de Troie , sont les fables de prédilection auxquelles le génie des poètes rattache la prise de possession de la terre d'Italie par les Grecs. Joignez-y cette autre légende obscure des Pélasgcs , qu'Homère appelle une race divine (Odyss. xix, 177); qui auraient reçu de leur vie errante , suivant Myrsile de Lesbos , le nom de Pelargi, comme qui dirait le peuple cigogne (3), jeu de mots étymologique dans le goût de l'antiquité; et auxquels l'oracle de Dodone aurait dit : a Allez! cherchez la terre des Siciliens, consacrée à Saturne et à Kotyla des aborigènes, là oh flotte une ile (4). D Cette influence de la mythologie et de la littérature grecques sur la littérature romaine a fait négliger aux Romains

(1) Voyez les inscriptions tombales, en langue japyge, citées par M. Mominscn {Hitt. roiM., trad. de M. Alexandre, tom. I, p. 13) : Deotoras artahiaihi hernnanihina.

(2) Laiizi, Saggio di lingua etrutca e di (dire antàche éTliaUa {V* édit. Rome, 1789, 3 vol. in-S»; 2« édit., 1824); — Micali, L'Italia avanti il domiuio dei Romani (2« édit., 1821, 4 vol. in-S»); et Yîstoria degli antichi popaii italiani, 1832, dans lequel le précédent se trouve refondu. — Nibbuhr, Iniroduetion à t histoire romaine; — Ottfried Mullib, Les Étrusques, 1828.

(3) I>BirYS D*HALICAIUfAS8K, lîv. 1 , § 28.

(4) Jbid,, S i9* — UiCROBii, Saturnales, liv. I, ch. 7.

6 HISTOIRE. PRBIflËAE ÉPOQUE. LES ROIS.

aas-mémes Tétude des vieax peuples de Tltalie , leurs véritables ancêtres. Elle a, sinon effacé, du moins obscurci la mémoire des gestes, des coutumes, des institutions, de la langue de ces peuples, premières sources de celles de Rome. La part due, dans la civilisation de l'Italie, au colonies grecques établies sur divers points du rivage, a fait oublier celle des races originaires; elle a fait perdre même à une partie de ces rivages ses noms primitifs pour celui de Grande Grèce; et il a semblé que Tltalie n*avait été peuplée et civilisée que par les Grecs.

Cependant il est encore possible de saisir chex les écrivains romains les traces altérées des anciens peuples italiques. Les médailles , les monnaies , les pierres funéraires avec leurs inscriptions, quelques monuments écrits de plus d'importance, une multitude d*objets , vestiges de leurs arts ou de leur industrie, consacrés aux usages publics ou domestiques, ou aux pratiques de la religion^ et les constructions de murailles qui subsistent encore, auxquelles leur masse et leur solidité ont fait donner le nom de cyclopéennes^ en un mot toutes les richesses archéologiques sont ouvertes pour tenter cette restitution historique. Micali, dont nous venons de citer les ouvrages , Ta fait avec une certaine passion nationale , mais avec un talent assurément digne de remarque et d'autorité.

7. Nous nous égarerions, nous autres jurisconsultes, si nous cherchions dans une autre voie les premières bases de l'histoire du droit romain. On peut reprocher avec raison à Niebuhr, qui a rendu de si éminents services dans les détails de l'histoire romaine^ d'avoir, en tout le cours de ses études sur les institutions,' donné beaucoup trop à la Grèce et pas assez aux origines du pays même. Les vieux chants populaires qu'a pu connaître encore Caton, du moins accommodés à l'état de la langue à son époque , d'après lesquels on nous raconte la fondation de Rome et les épopées de son histoire naissante » étaient des chants indigènes; tout y a le caractère italique. Les institutions , les croyances et les pratiques des Romains, dans leur source primitive, qu'il s'agisse de la vie publique ou de la vie privée, ont aussi ce caractère. Ce serait une erreur que de se figurer ces institutions ou ces pratiques comme créées , improvisées pour la première fois pour les Romains. Rome n'a été autre chose, en son principe, qu'un petit centre d'agglomération italique, comme il en existait en si grand nombre parmi

OftIGINKS DE BOIIB. 7

ces populations extrêmement morcelées, dont quelques-unes cependant avaient formé, par la confédération de leurs villes et par leurs colonies, des peuples plus puissants et plus étendus que les autres. Les rites religieux , les magistratures , les costumes ou ^A^e-tM. c^ signes extérieurs, faisceaux, haches, licteurs, chaises curules , ^^âti^b/lA^ viennent de ces populations italiques (1). Si la Grèce a fait passer dans la religion de l'Italie la plupart de ses dieux, Tltalie avait de son côté, venues de sources plus reculées, ses divinités patriotiques, que les Grecs lui ont quelquefois empruntées, Janas, Caaaese^ sa compagne, symbole de la terre natale, Vesta. déesse du feu sacré. Faune, tant d*autres dont les noms sont moins vulgairement connus, et ces nymphm camenœ qu'invoquaient encore les poètes au siècle d'Auguste. Aussi Varron, en parlant des autels que le roi Tatius consacra à Rome , nous dit-il qu^ils ont un parfum de la langue des Sabins (2). Si la Grèce a donné beaucoup à la langue des Romains telle qu'elle nous est parvenue, les premières racines de cette langue ont été des racines italiques, plongées plus avant dans les premières origines du parler, racines italiques que les grammairiens des derniers temps de la république ou des temps de l'empire avaient trop oubliées, et dont ils signalent cependant maintes fois encore l'existence. EnGn Rome, suivant l'usage des villes italiques, avait un dieu protecteur secret, et an nom sacré de formation latine, dont il n'était pas permis aux initiés de dévoiler le mystère, de peur que les ennemis ne pussent prendre la ville en évoquant contre elle, sous son nom sacré, ce dieu protecteur. Ce dieu est demeuré incertain, et le nom sacré y dont les Romains laissèrent perdre la mémoire,

(i) Magbor, Satumaies, liv. i, ch. 0 : c TuUus Hostilias, Hosti filius, rex Romaoomm tertins, debellatû Etrascis, seUam curalem lictoresque et togam pictam atqae prstextam, que insignia magistratuuin Etnitcorum erant, primns vt I^ms baberentor, institiiit. i — Voir aussi Trri-Livs, iiv. i, g 8. — Et le poêle Sfiius, dans son poëme sur les guerres puniques (chant 8, vers 485 et nîf.), pariant de Vëtulonie, Tune des villes principales des Étrusques :

BisMBOt hac prins dédit prseedere frsoei , Et jaoxit totideni tacite terrore Mcnret : H«c alttt eborii decoravit honore co raies. Et princept Tyrio vetiem prsttxait ostro.

(2) Vabbon, De lingua Uuina, liv. 4, $ 74 : « Et are Sabinam lingiiam oleot que Tati régis voto sunt Rome dedicate. t

8 HlSTOiHE. PBEIflÈRE ÉPOQUE. LES R018.

incoDDu même aux plus érudiU d*en(re eux; Valérias Soranus périt, suivant ce que nous rapporte Pline, pour l'avoir prononcé (1 )• Quant au nom ostensible lui-même , celui de Rome, Verrius rapporte qu'il était défendu d'en divulguer la cause (2).

8. On éprouve, lorsqu'on cberclie à pénétrer l'histoire des vieux peuples italiques antérieurs à la domination romaine, outre un grand nombre de difficultés, le même embarras que nous éprouvons dans l'histoire des peuples vivants aujourd'hui, quand nous voulons étudier en ses détails celle des cantons suisses ou des États d'Allemagne , ou des républiques de l'Italie au moyen âge : l'embarras qui naît d'une multiplicité de petits États, dans lesquels une ville, un village, avec son territoire et ses habitants, joue le rôle d'une puissance et s'appelle un peuple ; où les intérêts, les institutions, les rivalités, les alliances, les négociations, les batailles se réduisent à d'aussi étroites proportions et se multiplient à raison même de leur extrême division. Histoire de communes; peuplades plutôt que peuples; fatigue incessante pour l'esprit, chez nous surtout qui sommes habitués aux grandes unités nationales et sux puissantes centralisations que la suite des temps a produites.

Mais combien le problème historique n'est-il pas agrandi, combien la vue n'acquiert- elle pas d'ampleur et l'horizon de perspective profonde, lorsqu'au lieu de s'arrêter & cette borne, que les diverses peuplades italiques seraient autant de petites races distinctes, nées comme de la terre sur laquelle elles vivaient, indigènes oii autochthones, suivant la qualification que les hommes ont coutume de prendre en semblable situation , on remonte à la grande idée, à l'idée mère do la filiation humaine;

(1) Macbobi, Saiumaies, liv. 8, ch. 9 : c Nam propteres ipai Romaoî et Deum io cajas tutela urb» Roma est, et îpsias urbis Letinum nomen ignotum esse TolaeruDt. b — c Ipsius vero arbis nomeo etiam doctiasimia ignotum est. • — pLiiVB, Hist. fuUur,, liv. 3, | 9, n« il : t Roma ipsa, cojas Domen alternm diccre, arcanis caerirooDÎarom nefaa babetar, optlmaque et salutaiî fide abo« litom enoDciavit Valerios Soranns , luitque moi pouiaa. t

(2) FiSTUs, au mot Roma : > Gsteram causaro ejns appellatioois iovenîsse ait Verrias vetHam esse pablicari. t — L'étymologie la plus probable est celle de ^\ki\ (force). — Fondée par les Pélasges, Rome, suivant Pbilargyrius , commentateur de Virgile , serait antérieure à Romolua.

ORJGIMBS Dfi ROME. 9

lonqa*on se demande d*où étaient venues ces peuplades qui nous apparaissent si morcelées , et comment avait été semée de ses habitants la péninsule italique» de même que la Grèce, que TEspagne, que les Gaules on que les autres parties de TEurope! Alors au lieu du morcellement, des disparates et comme de la confusion des races et des langues, s'entrevoient les lueurs des origines communes. On découvre que ce sont quelques races identiques qui sont arrivées, dans leur temps, en ces contrées de TEurope, rameaux détachés d'une souche première, immigrations dispersées d'une lointaine lignée; on comprend comment il se fit qu'à la hataille de Marins contre les Ambro-Teutons, de certains rangs de Tannée des harhares et de ceux des auxiliaires italiques de Rome, partit, an grand étonnement des combattants, le même cri de guerre, la même appellation nationale : Ambrai Ambrai (1); et ces vestiges mystérieux d'une unité oubliée, qui se rencontrent au milieu de la plus grande variété des langues humaines, on commence à s'en expliquer l'existence. H. Ampère nous a donné, en savant et en poète qu'il est, les commencements d'une Histoire romaine à Rome (2) ; histoire par la topographie archéologique mise au service d'une ingénieuse et d'une élégante faculté de conjecturer. L'auteur monte tour à tour, pour écrire cette histoire, sur chaque sommet des collines locales, et promène ses regards à l'entour; mais localiser son point d'observation, n'est*ce pas courir grand risque de localiser ses aperçus? pour avoir le mot des minimes fractions humaines qui paraissent s'agitant sur ces minimes fractions de territoires, ne serait-ce pas au sommet du mont Ararat qu'il faudrait pouvoir se poser, et de là voir s'épandre sur notre Europe les détachements divers de la grande famille qne le berceau asiatique inconnu y a successivement envoyés?

Si nébuleuse que soit l'apparition de cet acheminement des peuples vers l'Occident, l'étude comparative de certains restes de traditions, d'usages et de croyances, celle surtout de la philologie dans ses intimes profondeurs, ont permis d'affirmer, de âos jours, quelques grands résultats. On en sait assez pour dire, que ces fortes races de la famille japhétique , les Ibères , et plus

(i) Plctarqdb, l^iê de Marius. — (2) Paris, 1862, 2 vol. iii-8»«

Jù

10 HISTOIRE. PBEMlàRE ÉPOQUE. LES ROIS.

fortes, plus nombreuses, plus répandues encore, les Keltes (Gaêls) et leurs frères les Kimris, sont venues donner à la péninsuie italique ses éléments de population, comme ils les ont donnés à la péninsule espagnole, aux Gaules et à d'autres parties de FEurope. De sorte que , dans des proportions différentes , arrivées par divers chemins , en des immigrations ou invasions successives

*j:cy et d'époques variées, ce sont les mêmes races d'hommes origi-

naires qui s'y rencontrent. Les Ligures, les Sicules et les Sicanes ne sont, de l'avis général, que des rameaux de la branche des Ibères. Les Ombres , suivant des traditions auxquelles les érudits romains n'ont pas été étrangers, étaient tenus pour une progéc6^ / ", y niture des Keltes ou Gaéls, descendus, par le revers des monta-

ji^. gnes , dans la haute Italie (1). Les mystérieux Pélasges ne seraient

que des tribus de Kimris parties de la Thrace, répandues sur certains points de l'Asie Mineure , sur le territoire et dans les iles de la Grèce, et aussi dans la presqu'île italique. Leur établissement dans la Grèce leur a fait attribuer, mais à tort, une origine hellénique, bien qu'ils y aient précédé de beaucoup ceux qui devaient plus tard les y remplacer et emprunter de leur langue jusqn^aux noms de Grecs et d'Hellènes. Les Étrusques eux-mêmes, on Tjfrrhéniens, appartiendraient à cette même race des Kimris, détachements d'autres rameaux de Pélasges venus après les autres en Italie, mais se reliant, quoique dans un passé plus reculé, à j la branche commune (2). Enfin, une troisième race, toujours

vZ-r/UiV sortie du berceau asiatique, toujours issue de cette grande lignée

qu'on personnifie sous le nom de Japhet, devrait compter aussi parmi les ancêtres des peuples italiques : ce sont les Jones , dont

(i) c Sane Umbros Gallonim veterum propaginem esse H. Antonius refert. t (SiRVius, ch. 12 de \EnMt,) Ce H. Antonius Goipho était un Gaulob cisalpin, précepteur de Jules César. — c Bochus absolvit Galiorum veterum propaginem Umbros esse. » (Solin, Ub memonUibus mumii, cb. 8.) Ce Cornélius Bocbus était un aCfrancbi de Sylla, en renom pour son érudition. — « Umbri, Italie gens est, sed Galiorum veterum propage. » (Isioorb db SitvujJK, Des origines, liv. 9, cb. 2.)

(2) c Hyginus dixit, Pelasgos esse qui Tyrrbeni sunt : boc etiam Varro commémorât. I (Sbrvius, di. 8 de V Enéide») — Voir le livre si succinct, mais si instructif, de M. BBRGMâVN , de Strasbourg , Les petqdes pnmiHfs de la race de JafUe; Colmar, 1853, p. 42 et suiv.

ORIGUSES DE ROME. 1 1

la desceDdance a illustré, bien des siècles après, sur une autre terre, les noms pélasgiques de Grecs et d'Hellènes (1). Lorsque cette race poussa quelques-uns de ses détachements sur les côtes de la Sicile et de Tltalie, elle en était à ses débuts en Europe ; elle venait à peine de s'installer dans la presqu'île de la Grèce en eipulsant les Pélasges ou en se mêlant avec eux, elle était bien loin encore du renom auquel devait atteindre , dans l'avenir, sa progéniture. Il faut se garder de confondre cet élément primitif des lônes en Italie, avec les colonies bien postérieures qu'y fondèrent les peuples grecs en leur prospérité, et qui firent donner à une partie des rivages italiques le nom de Grande Grèce. Des événements dont nous parlons, entrevus à peine à I travers les obscurités des origines des races humaines, les plus ^ récents soot antérieurs de quinze on seize siècles à notre ère, de sept ou huit cents ans à celle de Rome. Us nous montrent, en \ définitive, trois races entrées dans la composition des peuples 1 italiques : — les Ibères; — les Keltes ou Gaëls avec leurs frères r les Kimris; — les lônes. — La population des Gaules, dans ses ' origines premières, ofire les mêmes races. De ces éléments, qui ne sont pas restés purs, séparés les uns des autres, mais qui se sont mêlés et croisés en des proportions différentes suivant les lieux et les occurrences, sont issus les vieux peuples qui se disaient indigènes en Italie. Parmi les uns, comme chez les Ligures et les Sicules, chez les Ausones avec leurs. dérivés les Voisques ou Opiques, chez les Ombres avec leurs nombreuses colonies, chez les Sabins avec leurs dérivés les Picéniens et les diverses peuplades sabelliques, chez les Harses et les Berniques, chez les Étrusques , a prédominé la race des Ibères ou celle des Gaëls ou des Kimris; parmi d'autres, comme sur certains points du Latium et dn littoral italique ou sicilien, s'est mêlée en majorité celle des lônes.

Hais an moment où vont s'ouvrir les abords de l'histoire de Rome, ce passé lointain, ces sources ethnologiques communes sont oubliés. Fractionnés en des espaces et en des chiffres de population qui , après tout , quelque grands qu'on se plaise à les dire dans les narrations locales, seraient aujourd'hui de faible

(i) Voir le même onvrage de M. Bergmanni p. 54> et suiv.

12 HISTOIBE. FRKUIERE ÉPOQUE. LES ROIS.

importance; se croisant, se divisant, guerroyant les uns contre les autres, subissant Tinfluence des temps et des lieux, ces petits peuples ont eu leur histoire, à laquelle Rome allait apporter un dénoâment disputé, et ensuite, les absorbant dans ses destinées, une ampleur qui embrasserait le monde.

Cependant, à travers les diversités d*un extrême morcellement, certaines afBnités d'origine, de langage et de coutumes, certains liens de confédération, une expansion par colonies, des assemblées et des expéditions en commun, dénotent quelques nationalités plus larges, qui ont eu leur fortune, leur temps de prospérité et de décadence. Parmi ces nationalités qui furent toutes atteintes , dominées et finalement absorbées par la puissance romaine, il en est trois , pour ce qui touche aux premières origines de Rome, qu'il importe de remarquer plus particulièrement : celles des

h Latins, des Sabins et des Étrusques. En efiet, ce fut au milieu d'elles, ce fut au moyen de fragments détachés de Tune et de l'autre, que la nouvelle agrégation politique prit naissance. Ce sont

j les trois éléments auxquels, de quelque manière que les faits se soient accomplis, la cité romaine parait devoir sa formation.

L'élément latin y eut l'avantage du territoire et de l'origine première; l'élément sabin, celui de la force et de l'indépendance montagnardes; l'élément étrusque, celui de la civilisation et des institutions religieuses et politiques le plus fermement arrêtées.

9. La fusion d'une certaine population de Sabins avec les ^ik.it%<^ Romains est racontée par la tradition elle-même avec des détails

qui font partie de l'épopée nationale. Le nom de Quirites^ était, le nom sacré de ces Sabins; il leur venait' diaprés ce que nous lisons dans Festus, de la déesse Curis, à laquelle ils avaient coutume de faire des sacrifices par l'eau et le vin ; de là aussi le nom de Cures , leur ville principale , et celui de curis ou quiris, la lance sabine, par laquelle ils étaient puissants (1). I.e mont Quirinal était ainsi nommé, suivant une étymologie que rapporte Varron, parce que ce fut sur ce mont qu'ils établirent leur camp

(i) Fbstus, tu mot Quintes : c Qoirites, dicU Sabinî a Gurî dea, cul aqua et vino sacra facere soliti erant.. Ab ejasdem autem des nomme videntor item cures sabînœ hasttt appellatie, 4iûbu8 ea acns armis erat potcns. •

OBIGIIIES DE ROMS. iS

lorsqu'îlg vinrent de Cures à Rome avec Tatiiis (I). Le peuple romain se présente ainsi comme un peuple double ; aussi dans les sacrifices, dans les prières el dans les formules sacramentelles, é(aît-il d*nsage d'invoquer les dieux pour le Peuple Romain et les Quirites {Populo Romano Quiritibusque) ^ dont on a fait plus tard, par altération. Populos Romanus Quiritium (2). Ce fut des Sabins que les Romains prirent eux-mêmes le nom de Quirites (3), qne Romulus fut appelé du nom sacré de Quirinus (4), et que de même qn'il y avait une divinité du sexe féminin , la déesse Curis, de même il y en eut une du sexe masculin, le dieu Quirinus, le dien à la lance, identifié avec Romulus, et auquel on bâtit un temple sur le mont Quirinal (5). Cette lance a continué pendant longtemps à jouer un grand rôle dans les solennités symboliques ^ dans les formules et dans la langue technique du droit romain. 10. L'adjonction d'une partie de population étrusque a été

(i) Vabrow, De lingua laiina, liv. 5, S 51 : i Gollis Quirinalis, ob Qairîni fuain; sont qui a Qoirîtibns, qui cam Tatio Garibus vénérant Romam, qnod ibi babnerint castra. » Cette étymologie est contestée par 11. Mommsen (Hitt, rom., tom. I, pag. 75, not. 1).

(S) Fbstits, an mot Diei : c Dici mos ernt Romanis in omnibns sacrificiis predbnsqne, Popin.0 Romano Quibitibusqub, qnod est Gnrensibns, qo« civitas Sabinomm potentissima fnit. » — Voir cette formule altérée dans Aulu-Grlls, Kt. 10, eb. 24, formule du préteur annonçant les fêtes nommées Compitalia, pour le Penpie Romain des Qnirites; et dans Titk-Livb, liv. 8, J 9, formule par laquelle le consul Decius se dévoue pour le Peuple Romain des Quirites.

(3) Trra-LiVK, Ilv, 1, g 13 : « lia gcminata urbe, ut Sabinis tamen aliqnid daretor, Quirites a Gnribus appelloti. »

(4) OviDB, dans ses Faites, liv. 2, vers 477 et suiv., donne les trois motifs ponr Jesqoeb Romnlus a pu être appelé Quirinus :

Sivfl qnod buta curit pritcit est dicta Sabinii .

Bellicnt a telo v^it in utra Dent; Siva tiram régi nomen poraere Oniritet; Seo qaia Ronaiiis jonxerat ille Cures.

Fksnm» tn mot Quirmut : ■ Quirinus ex bac causa Romulus est appellatus, qnod cnri, id est basta, uteretur, a qna Romani eo nomine Romulnm appellaverant. t

(5) Ovide, les Fastes, b'v. 2, vers 511 :

Templa Oeo fiant, colHi qnoqne dictât tb iUo. Celait la seconde étymologie qn'on donnait de la dénomination du mont Quirinal, à canse du temple qui y avait été bâti à Qnirinns (ci-dess,, note 1 de cette page).

14 HISTOIRE. PREIIIÈRE ËPOQUB. LES ROIS.

^ 1^ moins épiquement racontée dans la tradition populaire; cepen-

^^^ dant il est possible d'en saisir parfaitement la trace dans cette

tradition et dans le témoignage des historiens. Varron, Festus, Tacite, Denys d'Halicamasse nous apprennent que le montCœlius avait été ainsi nommé d*un certain Célius ou Célès Vibenna, noble étrusque ^ qui était venu avec sa troupe {cum sua manu) au secours, les uns disent de Romulus, d'autres de Tarquin l'Ancien, et qui avait établi sa demeure sur ce mont. Comme de ces hauteurs fortifiées les Étrusques dominaient et pouvaient inquiéter le pays, on les fit plus tard descendre dans la plaine. Les antiquaires n'étaient pas d'accord sur le nom du roi , mais ce qui est certain , c'est qu'ils formèrent dans cette plaine , non loin du forum, un quartier qui reçut d'eux et qui conserva depuis le nom de quartier Étrusque (vicus Tuscus) , où se voyait la statue de Vertumne , divinité principale de l'Étnirie. Ce mont Cœlius avant la venue des Étrusques se nommait Querquetulanus , parce qu'il abondait en bois de chênes ; de même que le mont Quirinal avant la venue des Sabins Quirites se nommait Agonus ou jSgonus (1).

(1) Vabron, De Hnçua latina, liv. 5, S 46 : « Oelios mous, a Gslio Vibenno, Tusco duce nobili, qui corn sua manu dicitnr Romulo venisse auxilio contra Tatium regem : hinc posl Gelii mortem, qnod nimU manita loca tene» rent neqae sine suspîcîone essent, deducti dicuntur in planam. Ah eis dictas vicus Tusctts, et ideo ibi Vortumnom stare, quod is Deus EtrurisB princeps. t — Fbstus, an mot Cœiius : « Gatios mons dictus est a Gœle quodam ex Etruria qui Romnlo auxilium advenus Sabinos prsbuit, eo qnod in eo domicilium babuit. • — Devys o'Hauc, liv. S, g 38. — Taqtb, Annales, liv. 4, g 45 : t . . . Montem eum antiquitus Querquetulanum cognomento fuisse , quod talis silvœ frequens fecnndusque erat; mox Gœlium appeUitatum a €«le Vibenna, qui dux gentis Etrusc», quum auxilium appellatum ductavisset, sedem eam acceperat a Tarqninio Prisco , seu qnis alius regum dédit : nam scriptores in eo dissentiunt; estera non ambigua sunt, magnas eas copias per plana etiam ac foro propinqna babitasse, unde Tnscum vicum e voeabulo advenanim dictum. »

La version qui avait cours cbes les écrivains étrusques était un peu différente. D'après ceux-ci, ce serait Servius Tullius qui, compagnon fidèle de Gsliut Vivenna, dont il aurait suivi la fortune, aurait, par suite de revers, quitté FÉtrurie avec les débris de Farmée de Gslius, et occupé le mont Gslius, qu'il aurait ainsi nommé en Tbonnenr de son cbef. Loi-même aurait alors changé ton nom étrusque, qui était Mastama, contre celui de Servius Tullius. Cette version étrusque nous est révélée par ce qu'on appelle la Table de Claude, tables de bronse découvertes en 1528 à I^on, où elles sont conservées, qui portent gravée

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