MANUSCRITS ET TEXTES. LES FLORENTINES
élève d*Accurse et qui est mort en 1265, Odofredus, dit en mauvais latin qae ce manuscrit avait été apporté » an temps même des Constitutions de Justinien, de Constantinople à Pise (I) : Odofredus était séparé par moins de cent ans de la prétendue conquête sur Amalphi. Bartole, mais celui-là presqne cent ans plus tard (il est mort en 1357, flgé de quarante-quatre ans seulement), dit aussi que le manuscrit a toujours été à Pise, et an complet (2). En sens contraire, des notes historiques en latin, sur les guerres maritimes des Pisans, datées de 1320 et jointes, en appendice, à un statut de 1318, plus un passage d*une chronique ou annales de Pise en italien, relatif aux mêmes guerres, plus deux vers d*un poème (on comptera les vers pour ce qu'on voudra), le tout tiré de manuscrits du treizième siècle, énoncent formellement la conquête des Pandectes sur Amalphi (3). Savigny, après avoir discuté, pièces sur hureau, la question, nie la conquête, ainsi que Pavait fait déjà Pr. Grandi
MMa
(f) Qdofkimjs, for k loi S8, f. Ptal. Dia., 6, i, jD^ f«î thâktOhnê: • Undk 91 fîdeatit PMdeetMi qatt est Pmîs, ifom Panâeets, fiHMdô eoMliliiÉbnes fuemni fad», foU deporUte de Coortantiiiopoli Puis » est d« aula litter». •
(^) Bartoli, flir la rubriqae da titre 3, Soluio tnaifimanio, liv. 5t4, ac Digeste : t Hoc volnmen ( Vlnfortiai) Dnnqqam fuit amitsum. Semper enim fttft totnm irolumen Pandeetaram Pins et adfanc est. •
(IQ if9im kêttùfiqueê datées de 1910, eT joMes à m sfaUrt aimusciii de idftS, lekltf as pert de GagHari m Smêatga» : «Aano Don* ■axhvb (d'apvfta la dbroBologie de Pise , et d'apte la chroneloye ordiaaire 1137), PfsanL.. (^lait l'indication de leurs victoires en Sicile). In hia tribas diebos Maifi» Traini civitates , Scbaie , Scbabelle et Pralte , Roccba et Pugerule sob tributu posneriint , €i inde habuerunt PUani PandeUam. •
Chroniçttês ou tuifudcf dé Pit€, passagie luipriiné par numMitinr , nuio» fia Psndtutanm, p. Mè. La chroBifiiettr, après avoir parlé êa eoMeil tenu 4 Romet pour la déCeasa da rÉglise conira Ragai de SiciU, qai saotenait Tantipape Anadet , et de rannemeat maritime qae firent les Pisans sur Tordre du pape Innocent II , ajoute : c Furono alla cos<a de Malfi , e , qnelTo di , per fbria la preseno com sepfe galee e doe nave : in laquale dttà travomo le PandetU composte dalia Cesarea tnajertu de lasthnano impe*
RAVKiiiua M Gbakcis» De prmliU Tuêàœ » lib. III :
• Uaia fa» Hktr PiMiiv fHlH «b «»
• Jarfe.tàMlPirfi
(Dans MoRATOV , SeripUtr, rer. Italie*, II , p. 314,)
524 HISTOIRE. DEorr romain eh occident.
en 1726» et son autorité a déterminé dans ce sens une conter-
sion moutonnière ; Laferrière , néanmoins , après examen à son
tour, est porté à croire à la conquête : Tun et Tantre déclarant,
du reste, que la question, réduite comme elle Test aujourd'hui»
n'offre plus un grand intérêt (1). Nous en voyons un cependant
qui, bien que secondaire, n*est pas sans valeur : ce serait de
savoir si Irnérius et les premiers glossaleurs» antérieurs à 1137,
ont eu connaissance et fait usage du manuscrit de Fisc. Certes,
s'il était vrai, ce que niait déjà Cujas (Observ., Il, 1), qu'il m
fût survenu aux glossateurs que par suite du sac d'Amalphi, et
seulement en 1137, il est probable qu'une aussi subite apparition
d'un tel manuscrit, en de telles circonstances , aurait laissé dans
leurs écrits quelques traces de l'événement, tandis qu'il n'y en
a absolument aucune.
//{ j" ' / A :v 622. Le manuscrit des Pandectes florentines est le seul qui
p.. .v't; /;»Mv,soit antique parmi ceux que Ton possède aujourd'hui. Tons les
îcni \ autres remontent au plus au temps des glossateurs. Il est certain
cependant qne ceux-ci en ont en de plus anciens qui existaient en Italie à leur époque et qui se sont perdus depuis, précî^ment sans doute à cause de leurs travaux. C'est à l'aide de ces manuscrits divers, en les comparant entre eux et avec le manuscrit de Pise, que les glossateurs ont établi graduellement le texte des Pandectes nommé texte bolonais (littera Bononiensis) ^ ou la V^i .« ^ Vulgate (Vulgaia)y texte accrédité, vulgarisé, généralement reço.
— Qu'on remarque les trois acceptions de ce terme : la Vvlgale^ À* rMaAvi.ciJ^^/ version latine de la Bible, seule approuvée comme texte canonique par le concile de Trente ; la Vulgate, version latine des Novelles , contenue dans VAuihenticwn, que l'on reporte volontiers, sans preuve précise, jusqu'aux traductions faites par les ordres de Justinien pour la promulgation en Italie; enfin la Vulgate, texte des Pandectes reconstitué par les travaux des glossateurs an moyen de la critique des anciens manuscrits , et courant généralement.
623. Un fait singulier, c'est que le manuscrit florentin des Pandectes offrant, dans le dernier titre, une interversion des
(i) Savigrt, Histoire du droit rùmain au moffen âge, t. III, p. 71 et taiv, de la tnd. frenç. — LimuàBi* Histoire du droit Jrtmçaif, t. IV, p. 809 et soi?*
HAIIIJSG. ET TBXTfiS : DI6. ANCIEN, NOUVEAU, INFORTIAT. 525
lois, caasée sans doute, en un temps ancien inconnu, par un dérangement des feuillets et par une reliure fautive de deux d*entre eux, tous les manuscrits connus offrent la même interversion. On serait tenté d'en conclure qu'ils ont tous eu pour original. les Florentines, ou bien qu'un manuscrit plus ancien encore, où se trouvait l'interversion, a été l'original commun et d*enx et des Florentines. Cependant certains passages qui manquent ou qui se trouvent évidemment erronés dans les Florentines, et qu'on trouve rétablis ou rectifiés dans la Vulgate, sont la preuve de l'existence de manuscrits distincts. Parmi les explications de cette singularité, qui a suscité bien des controverses, la plus simple est celle-ci : que les manuscrits possédés par les glossateurs ne contenaient pas la fin des Pandectes, et qu'on a eu recours à une copie des Florentines pour les compléter dans la dernière partie qui leur manquait.
624. Le manuscrit florentin est d'un seul volume, contenant toutes les Pandectes dans leur ensemble; mais il n'en était pas de même de tous les manuscrits qui pouvaient exister en Italie. Les textes dont les premiers glossateurs ont usé leur étaient parvenus en plusieurs volumes et à différentes fois : Odofredus, ^^ Jk^^Ut^ dont nous avons déjà parlé, qui écrivait au treizième siècle, marque dans quel ordre (1). De là était sortie pour les Pandectes, en y joignant des raisons de prix, de maniement plus commode, d'ordre et de distribution pour l'enseignement, la division, devenue traditionnelle dans la Vulgate, en trois volumes : Digeste '"^^-^t^^^^*^^^ ancien {Digestum vetus)^ Infortiat (fnfortiatum), et Digeste non* /"^"t c\f^vL^ veau (Digestum novum) i
t Je sais le Gode entier avec les Authentiques, • Le Digeste noovean, le vieai, l'Infortiat. t
la belle déclaration à faire à une dame ! dit le Dorante de Corneille , dans la comédie du Menteur.
Tout ce qui a été mis en avant , d'ingénieux ou de baroque pour expliquer cette qualification à' Infortiat n'est pas à rapporter
(1) OooFEBDVs, glose snr rinfortiat, liv. 35, tit. II, Ad Ug. FaUed., loi 88, frag. d*Ulp., au mot Très partes : « Gnm libri foeront portati, fueront portât! hi libri : G)dex, Dig. vêtus et novum, et Institutiones; postea fuit inventnm Infortiatum sine tribus partibns; postea fnemntportatiTres libri; ultime liber An« lenticorom inventus est : et ista ratio qnare omnes libri antiqoi habent separatom. t
fe-
526 BTSTOiRB. moir lOMâiii in oecioBvr.
ici. a Et sur cela, dit Estiemie Pasquier dans set Redkerdkei de la France (liv. 9» eh. 88), font des eontes à perte de veae, o« bien pour demearer dedans les termes da vieux proverbe françois, font des contes de la peau d'asne, auxquels il n'y a riea que de Tasnerie. » Odofredas en attribue l'origine à Inièrius lui» même, qui aurait dit, en voyant eette partie intemèdiaire Au Digeste arrivée à lui après les deux antres x « Voilà qui renforce notre droit » (unde dixit Ir« : Jus nostrun augmentatum , inforw tiatum est) (1). Bartole objecte qu'il aurait Mlu dire dès ion infarHans et non pas inforHahm (Pralerea si koo esset vemm iste liber diceretur InfbrHan$ non biforiiÊUMm) <2). Et voici qui donne satisfistction à l'objection t par une raison on par une autre, la coupure des manuscrits s'était trouvée faite de telle dmnière que celui de la partie intermédiaire se terminait vera la fin d*aneloi, dans le milieu d'une phrase, avant les mtÀÊtret partes, et la phrase se continuait, avec la suite du Digeste, au volume suivant : a TVes partes, etc. « (8). C'étoit évidemment une copie coupée au hasard en volumes séparés , sans souci du sujet ni de la phrase, à dessein ou par accident. Les glossateors reprirent dans le dernier volume cette continuation très partes, avec la suite jusqu'à la fin du livre 38, et reportèrent le tout dans le vo* lume intermédiaire, qui se trouva ainsi renforcé (tfj/bflîeilifMi) (4). Cette explication, qui est celle qu'adopte Savigny, est aujourd'hui couramment reçue. Estienne Pasqnier, avec son sens droit et sa
(1) Odofrbdus, an commencement de l'Infortiat, et aussi dans le Proemhm du Digestum vêtus,
(S) Bartolb, an commencement de l'Infortiat. G'eft à ce propos qnMI dît ailleurs que cette partie des Pandectes n'a jamais été perdue, que le volnme entier des Pandectes a tonjours été à Pise et qu'il s'y trouve encore (ci-desa., p. 523, note 2).
(3) Cest la loi 82, lîragment d'Ulpianf ttv. 35, tit. II, Ad iê§em FaîcHiam. ▼ers la finr de cette loi. Le aacond volume da manuscrit se terminait à cet mots : m ^aoAfor parfst dhidénUKrf fi le troisième volume commençait eu continuant la phrase : très paries ferani leffoiarii, etc.
(4) D'après oe dernier arrangement, la contenance des trois volomes était celle-ci ; — Digistum vitw, liv. !•' jnsqu'ao liv. 24, tit. II, De divortiis, inclusivement; — Imfobtiatum, liv. 24, tit, III, soluto mairimanio, jusqu'à la fin dn livre 38 ; ced s'appelait htfortwtum cam tribus partilm; — Drossmi aowMi liv. 30 juiqa'è la fin des Pandectes.
IfANUSCRm ET TBXT8S t CODBX, TftBS LIBRI. BS7
pointe ié raillerie, se reftisaU à entrer dans eet obecurités e U n*y avait là , ponr loi , qn*pne sotte distinction a?ec trois sottes dénominations que Tignorance avait prodaites , et dont Tigno^ rance empêchait de rendre l)on compte (an liv. déjà cité).
La division des Pandectes en ces trois coupures s*est transmise des glossatears à la série des jariseonsultes postérieurs. Lorsque rimprimerie fut appliquée aux recueils de droit, toutes les éditions des Pandectes, y compris même, ponr la plupart, celles du seizième siècle, Tarent faites d*après cette division. Dans la bataille du Lutrin, le coup d*éclat et le coup final est* celui qui est lancé par le clianoine Pabri, lorsque (il faut lire la description du volume dans le poème),
« Il stisjt nn vieil Infortiat, • Groisi des vidons d'Accnrse et d*Alciat. •
et qqe sons oette massf «kittant ses deux adversaires, il les en- /^^w rd^AJ '^ voie rouler longtemps Tun et l'autre sur les degrés. Depuis le ^t^«^/*/-^^>^<t. dîK-septiàme siècle, oette division , étrangère sa droit romain, a disparu de nos éditions»
62g. Nous n'avons rien de saillant à faire remarquer sur les manuscrits des Instituts, qui, à cause du caractère élémentaire /«. J' - wV.; t de Touvrage, se sont trouvés répandus en plus grand nombre. Ni /r,,'^ v V ^< ^^ sur ceux du Code, si ce n*est celte observation que dans les ma» nuscrits dont usaient les glossateurs étaient compris seulement les neuf premiers livres; les trois derniers, qui traitent do droit public, étant réservés à part, soit comme volume; soit comme objet d'enseignement, Cétait la collection des neuf premiers livres qui portait le nom de Codex^ et le surplus celui de Très Ubri, Il n'est plus question de cette séparation dans nos éditions. —^ Enfin, nous n'ajouterons rien àco que nous avons déjà dit sur les mannscrits desNovelles (ci-dess., n'^'dSS et suiv., et p. 482), ai ce n'est qu'Imérius, lorsqu'il fut revenu de la dénégation qu'il en avait faite d'abord, en tira lui-même des sommaires on extraits, quant aux dispositions modificatives du Gode et des Instituts, et annexa ces extraits, en forme de gloses, en regard des passages modifiés, avec indication de la Novelle ou Authentique d'ofa ils étaient tirés (1). Quelques-uns de ses successeurs en aug-
(i) ODortiovs, après iveir eonté l'sneedote rapportée ci-dessns, p. 452, en
; t.r^^'Ci-tp-*'
528 BIffrOIRB. DROIT ROMAIN B« OGCIDBNT.
mentèrent le nombre. Ces annotatioiiB , sons la qualification d'Authentiques, firent corps, en quelque sorte, avec le texte du Code. Nos éditions les portent encore, et elles y sont d'une grande utilité ; celles des Instituts ont été moins conservées.
127, Écoles des joriscontiiltes rësimiant ou remplaçant ceDe des
jnsqoe danile coorant do seîtième aiède.
«.« *V~*»,lA'f «
626. Si Ton écoute la renommée commune et les noms qui sonnent dans les lettres , à Toreille même des personnes les plus étrangères à la science du droit, comme types de nos anciens jurisconsultes européens, on en perçoit trois, Accurse, Bartole, Alciat, auquel vient se joindre, avec non moins d'autorité , celui de Cojas. Pour qui n'appartient pas à la profession , les noms intermédiaires sont effacés. C'est le résumé populaire des célébrités juridiques générales jusqu'au milieu du seizième siède.
Savigny, qui, dans son bel historique du droit romain au moyen- <àge, a porté l'étude non-seulement sur les généralités , mais aussi sur les individualités, signale, durant le douzième et le treizième siècle, à partir d'Imérius, quarante-sept jurisconsultes de renom, auxquels il consacre des notices biographiques, et durant le quatorzième et le quinzième siècle, plus de cent, parmi lesquels seulement six Allemands et quatre Français; tous les autres sont dus à la fécondité de notre mère juridique^ l'Ij Savigny n'a pas abordé, dans son livre, le seizième siècle, qui n'appartient pas au moyen âge.
627. Estienne Pasquier, qui commença à publier ses Recher" ches de la France en 1561 , voulant mettre quelque ordre en cette série des jurisconsultes romanistes jusqu'à son époque, en distingue trois âges ou chambrées : — des premiers, que l'on ap-
ù-'^rf pelle Glossateurs; — des seconds, qui furent nommés, dit-il, par la populace des écoles Scrihentes, et qu'il vent appeler d'un
^^ ■ .,^^ mot plus sortable. Docteurs de droit; — enfin, des troisièmes qu'il lui plait appeler Humanistes, « pour avoir meslé en beau langage latin les Lettres Humaines avec le Droict » .
note, ajonte : « Sed îpsc pottea mata vit opinionem suam... et dixît qood atandum erat illo Uhro ; et in iUo libro stodoit optime, et bene acivit emn, qned apparet ex eo quod ipse ntiUtatem posait super G. sîgnando auth. qa« legontiir saper Codice. •
ÂCCtIRSE, BARTOLE, ALCIAT» CUJA8. 5^9
Accurse, avec ses 6Is, ferme, vers 1260, la première série, celle des glossateors; il donne son nom à ceux qui pendant quatre-vingts ans lui succèdent, ne faisant que vivre, remascher et ruminer sur son travail, jusqu*à ce que Bartole, prince de la seconde chambrée, arrive, vers 1340, avec sa grande autorité, domine à son tour la jurisprudence et remplace les Accursiens par les Bartolistes. — Ainsi, après la série des glossateurs, dont la durée, de 1100 à 1260, a été de cent soixante années, si on nous permet de prendre des chiffres moyens pour ces époques qui, à quelques années près, n'ont pas de délimitation fixe, la seconde chambrée d'Estienne Pasqnier compte à son tour, de 1260 à 1510, deux cent cinquante ans, dont quatre-vingts pour les Accursiens, et cent soixante et dix pour les Bartolistes. Puis Alciat, vers 1510, ouvre ^ avec le seizième siècle, la troisième école, dans laquelle, quoique venu sur ses traces , domine de beaucoup, sur lui et sur tous les autres, notre Cujas.
628. Accurse, né vers 1182, dans un village près de Florence, ^Or^^;^.,,^^^ mort vers 1260, a été le compilateur des gloses. Après avoir professé le droit pendant près de quarante ans dans TUniversité de ' Bologne, acquis des honneurs et de grandes richesses, quelquesunes en prêtant à usure, même à ses élèves, dit la satire, il se retira dans la solitude de la campagne, c*est*à-dire probablement dans son beau ch&teau de Villa-Ricardina , au milieu de ses vastes domaines, pour y mettre la dernière main à sa compilation, amassée et préparée par lui pendant tout le cours de sa carrière. : Ce travail a été nommé la Grande glose. Il apportait, extraites , /^^ ''.AjCaA ^' résumées et combinées, en marge de chaque texte, pour tout l'ensemble du Corpus jurU, un choix des anciennes annotations de toute la série des glossateurs, augmentées des propres annotations d*Accurse. Son fils Ceroottus, et non pas, diaprés les vérifica* tions de Savigny , son fils François, comme la réputation lui en a été faite à tort , y fit quelques additions de très-minime importance. De quelle utilité pratique pour les tribunaux, pour les avocats, pour toutes les affaires, n*allalt-il pas être ce livre où se condensait, sous une forme brève et commode, le savoir nouveau des cent soixante années qui venaient de s*écouler depuis la renais- ; sance des études du droit romain I Mais, si ce fivre résuma les, ' glossateurs, il les absorba; celles de leurs gloses oii Accurse Ai
6$0 ii|9roiBB» Djtorr iomaib n ooawwr.
coDservé le pom ob le sîgle de l'aotenr nous ont fait connaitre quelques fragment» de leurs œavres. Quant aux «uvres eUesmémes, elles furent dès lors négligées» les manuscrits s*en perdirent pour la plupart» et près de quatre-vingts ans de jurisprudence senrile suivirent. La glose prévalut, avec foroe de loi» même sur le texte. « J*aime mieux avoir pour moi |j| glose qjie le texte, disait ironiquement Cinus (pé en 1270» fijort en ^336), qui commença la réaction et qui eut pour illustre liisciple Bariole; car si j'allègue le texte» juges et avocat» me disept : ^ Crois-tu que la glose n'ait pas vu ce texte comme toi et ne Fait pas mieux compris que toi? »
C'est sur la compilation d' Accprse» grand mèlapge de inu]|iples inégalités» qu'pnl été relevés tous les traits d'igporapce historique inouïe» de barbarie latine» de puérilité» de ridicule ou d'inconvenance» qu'il a été de mode» dès la renaisMUce des lettres» au quinzième siècle , de lancer contre les glossateurs en masse et sans distinction (1). Rabelais en fait jaser son Pantagruel (liv. 2, ch. 5) : «Au montfe» lui fait-il dire, n'y ha livres tant beaulx» tant aomez» tant elegans comme sont les textes des P^ndectes; mais la bordure d*iceulx» c'est assavoir la Glose de Accurse» est tant salle» tant ipfame et punaise» que ce n'est qp'ordure et villennie. » C'e^t du satirique lui-môme, en ses facéties» qu'on peut dire qu'il ^ couvert quelquefois soifs de sales ordures» dans toute laréajité du mot» les joailleries de son esprit» la pointe acérée de son stylet, le but secret de ses hautes visées. Estienne Pasquier (liv. 9, cb. 34) a dit, en sens contraire» d' Accurse» qu'il fit « un Jlecueil général» sous le nom de Glosses, de toutes les anciennes annotations, y adjoustapt plusieurs belles observations de aop creu, dont il borda les textes de la façon que npus voyons »
Qui est-ce qui lit aujourd'hui» en France, la|prande Glose, et qui est-ce qui a besoin de la lire? Nous sommes un pietit nombre qui allons, par profession de roip^pistes» y regarder j|n bespip» non sans prpfit; mais, à part tout le bagage dps espèces» observations ou interprétations» ce qui reste» à l'usage de touj^ et pour
il) Ep «0Î9 pm ê^Êê gMaéi^ifi d'essn^fl, par «uiileB citsiiionf , êtm ï Histoire du drQii rqfnaii^, 4f ^|itre ^|i)çi^ c<|ilègfie If. Sf^WT-4i||irn|^ f. 287 et ijuiv.
ACCURSB, BARTOLE, ALCUT, GUIA8. 531
toujours» du labeur successif des glossateurs, c'est d'abord la construction du texte ; puis ces renvois , réduits à des chiffres seulement de comparaison, parallélisme, concordances ou contradictions, dont sont accompagnées, en toutes leurs parties, nos éditions courantes du Corpus juris.
629. Bartole est de Sasso^errato, dans i'Ombrie; né en 1S14,^ ^ .^ mort en 1 35T : quarante-quatre ans de vie à peine pour une aussi grande réputation! A vingt-six ans il professait le droit en l'Université de Pise (à partir de 1339); puis, avec éclat, en celle de Pérouse, à partir de 1343. Le travail des ^ossateurs sur les textes avait pris fin, le servilisme à la glose commençait à lasser les esprits hors du commun : le maître de Bartole, Ginus, l'avait tourné en dérision. Aux textes et à la glose on en vint à substituer la doctrine, av€c ses formes compassées, scolastiques et alourdies, procédant magistralement, suivant les régies, à grand renfort de citations et contre-citations des œuvres des docteurs. Le premier rang, sans comparaison, dans cette forme nouvelle, moins les défauts exagérés , appartient à Bartole. Ses commentaires sur les trois parties du Digeste et sur le Code, ses Conseils (Consilia)^ «es Questions (Questiones) , ses Traités {TractaCus), entrèrent en grande vogue en Italie, en France, en Espagne, en Portugal. Ses résoiiitioits exercèrent sur les cours de justice un si grand empire, qu'il en était sorti, au dire d'Estienne Pasquier (liv. 8, ch. 14), par stfite d'un travestissement auquel on ne comprenait plus rien, ces locutions proverbiales, plus résolu que Bartole, ou résolu comme un Bartole, courant parmi le populaire, môme chez les simples femmellettes : « Et néantmoins ne scavent, ajoute Pasquier, ny qui estoit celuy dont ils parlent, ny de quel bois il se eiiauft>it. 9 On expliquait, dans l'enseignement, Bartole, comme on expliquait le texte et la glose; une chaire fut créée avec cette triple destination à Padone.
Bartole nous apprend lui-même que l'empereur Charles IV, auprès de qui il avait été envoyé ep députation par les habitants de Pérouse, en même temps qu'il le nomma son conseiller, faisant partie de sa maison, et qu'H lut accorda plusieurs autres grâces; lui fit délivrer ce singulier diplôme , que lui et tous ceux de ses descendants qui seraient profesçeurs de droit auraient Ip pop. voir de légitipier, en cas de b&t^rdise» leur^ élèves, ou di» toi
532 mSTOllB. DftOlT KOIIAIM £H OCCIDBIIT.
relever de minorité (1). G*étail la légitimation et la vemia œiatis par rescrit du prince, délégnées à on professeur et à sa descen* dance, tant Téparpillement de certains pouvoirs pnblics était chose dont on s'efiaronchait peu en ces temps-Ià«
Pantagruel , avec grande irrévérence» n*en traite pas moins Aocurse, Bartole» ses disciples Balde, de Castro» et plusieurs autres, « de vienlx mastins, qui jamais n'entendirent la moindre loy des Pandectes, et n*estoyent que gros veaulx de disme, ignorans de tout ce qu*est nécessaire à Fintelligence des loiz » (llv. 2, cb. 10). C'était ainsi que la renaissance des lettres en France faisait jeter la pierre à cette brigade italienne, à ces légistes italiens « tous tachez et infectez de ceste ancienne lonrdité » , dit Estienne Pasqnier (liv. 9, ch. 39). Ces Italiens cependant avaient eu déjà Dante, leur immortel poète, Pétrarque; et l'Arioste venait de publier tout récemment son poëme : sans compter encore leurs grands artistes.
630. a Le siècle de l'an mil cinq cens... nous apporta» dit Estienne Pasquier (liv. 9, cb. 39), une nouvelle estude de Lois, qui fut de faire un mariage de l'estude du Droict avecques les Lettres Humaines , par un langage latin net et poly * . Voilà * «f- pourquoi il appelle les jurisconsultes de ce troisième Age Humor nisies. Ce fut une étude du droit» littéraire et historique. On y exigea non-seulement un latin net et poli , mais aussi le grec. On ne s'y borna pas, comme les juristes l'avaient fiait jusqueJà» aux recueils de Justinien : mais les sources du droit antérieur, sous la république et sous l'empire romains» et celles du droit postérieur, en l'empire d'Orient, commencèrent à être recherchées, explorées, mises au jour en de belles éditions. On ne s'y borna pas à ces sources juridiques : on alla puiser avec la
même ardeur à celles qu'ouvraient à l'activité chercheuse les bis-
(1) BâBTOLi , dans le préambale de aoo Trnià «or la constitation Ad rtpn* mendtan : c (Dominut Garolos IV, imp.)... Quoniam me saonim ecnailiariorum et domesticorom nnmero aggregavit, et me, meosqoe potteros qnot LL doctores esse contingeret, legilimationb et concesiionis venus ctatis, aliisqoe privîlegiis et gratiis decoravit • — Sar rinforliat, 28, S, DeUàer. HpoHk., loi 29, g 8, f. Ses vol. : c Dnus imp. concessit mihi pridie Pisis, dum îbî Jegatioms o£Bcio ^gerer pro commoni Perasii, qaod possim, ego roeîque desceo- * dentés qaos contingeret esse LL doctores, legitimare scolares audilorii nostri qoos conlipg«r«t «ne illégitime natos. •
ACCUBSB, BARTOLB, ALCIAT, G1IJA8. 533
toriens, les prosateurs, les poètes. Ce fat ainsi que les jurisconsultes et les gens de lettres se donnèrent la main , confondus sonvent Tun avec Tautre, dans ce beau seizième siècle. C*est la chaleur de cet avènement nouveau qui explique les invectives de Rabelais et les épitbètes malsonnantes d*£stienne Pasquier et de tant d^autres écrivains contre les jurisconsultes romanistes des siècles précédents : mépris absolu dont se sont garés les plus savants bommes de ce nouvel âge, tels qa*Alciat et Çujas, lesquels, sur divers points, se sont plu à rendre bommage aux services de leurs devanciers.
Ces périodes d*écoles successives, que Ton marque dans Tbistoire pour saisir Tesprit par la netteté du tableau, n*ont pas les limites trancbées qu^expriment le» cbiffres qn*on y emploie. Rien, dans le cours des cboses bumaines, non plus que dans celui des cboses physiques, n'arrive par soubresauts : Taube, avant-coureur du jour, le crépuscule, avant-coureur de la nuit, ont eux-mêmes leurs degrés. Estienne Pasquier, en indiquant comme « les trois premiers entrepreneurs de ce nouveau mesnage », c'est-à-dire comme ayant eu l'initiative de l'ëcole des Humanisies, Guillaume Budé, Français, enfant de Paris; André Alciat, Italien milanais, et Uldaric Zaze (ou Zazius), Allemand, né en la ville de Constance, lient à faire remarquer que Budé a publié dès Tan 1508, sous le règne de Louis XII, ses Annotations sur les Pandectes (24 livres), dans lesquelles « non-seulement il ouvrit le pas an beau latin parsemé de belles fleurs d'histoires et sentences, mais aussi, sur le commencement de son œuvre, se desborda en invectives contre la barbarie des anciens Docteurs de Droict » , et que dès lors il a la priorité sur Alciat , dont les premières publications datent seulement de Tan 1518. Hais si l'on jette un coup d'œil, dans le livre de Savigny, sur le chapitre 59, intitulé Précurseurs de la nouvelle école, on y verra comment la direction vers la philologie, vers les lettres et vers l'histoire, en qualité d'auxiliaires de la jurisprudence, avait été indiquée par quelques auteurs, la plupart Italiens, à peine un Français, un Allemand et un Espagnol , dès la seconde moitié du quinzième siècle, avant Budé, Alciat et Zazius, sans que la mise en mouvement s'en fût encore suivie. N'oublions pas non plus que le réveil pour le culte des lettres grecques, sous l'influence des Lascaris,
534 BIStÔlRÈ. DROIT ROMAUS EN OeclD£Nt.
a commencé, vers ces mêmes temps, en Italie: avant ae passer en France, avec Jean Lascaris, à la cour de Charles VIII, de Louis XII et de François l" (ci-dess., n* 505).
f^l^jCH^^* Guillaume Budé, secrétaire du roi Louis XII, puis, sous Fran-
çois I", cotiseiller maistre des recj^uestes, lié d*intimité avec Jean Lascaris, premier gardien de la librairie, c'est-à-dire de la bibliothèque royale, helléniste savant , qu*on a pu nommer le restaurateur des lettres grecques en France, a été un érudit pluiôt qu'un jurisconsulte : il donna la main à ceux-ci, mais Ju camp des let- .'>iN très et des antiquaires, auquel il appartenait. — jean-£inc
Zazius a publié, vers la même époque, en Allemagne, un catalogue raisonné, avec annotations et interprétations, de divers monuments du droit anté-justinien, exploration alors nouvelle, dont Louis Charondas le Caron a donné plus tard une édition à Paris, en 1534. — Mais le véritable et grand jurisconsulte romaniste, en cette nouvelle manière, avant Cujas, a été Alciat.
£€Ùtt ^31* André Alciat, né à Milan en 1492, mort en 1550, avait
déjà publié (en 1518) quelques-unes de ses œuvres, notamment ses commentaires sur les trois derniers livres du Code (les Très librtjf lorsqu^il vint professer le droit en Ttiniversité d'Avignon (1522), puis en ceïle de Bourges, où l'appela François I*' (1529). Réclamé par son souverain, le duc de Milan, François Sforza, il porta son enseignement à Pavie, puis à Bologne, et enfin, postérieurement à la mort du duc Sforza, à Ferrare, où Taftira par ' ses largesses le duc de Toscane , lïercule d^Ëste. Esfienne Pasquier fait la remarque qu' Alciat n'eut pas dès l'abord grand succès auprès de ses concitoyens. Pasquier raconte, à ce propos, que, s'étant acheminé de Toulouse au pays d'Italie {>our y achever ses études en droit, il ouït trois ou quatre leçons d' Alciat en la ville de Pavie, et que de là passant à Bologne, où professait Ifarianus Socinus, suivant la vieille méthode, il trouva que tous les écoliers faisaient plus grand cas de ceïûi-ci, et que les plaideurs I aimaient mieux s'adresser à Socin pour l'assurance de leurs cao- • ses, par cette seule considération, disaient-ils, « que jamais il n'avoit perdu le temps en l'estude des Lettres Humaines comme Alciat ». Il y aura toujours des Socin et de leurs partisans dans .les affaires, au Palais, et dans les amphithéâtres. La réputation d' Alciat n'en fut pas moins considérable; plusieurs souverains
ACCÙftSE, BARtOLË, ALCIAT, GUM8. 53S
vcrolnrénl rattirer à #irt, rhoBorërent de dignités on Is) efivoyè^ rent des présents. Le pape Paul m le créa protonotaire du saintsiège, r^apereur Cbarles-Qiii«t eente palati» ei séndteur; il amassa, avaricieusememt dU-oa, i» graïuks riekesMA; l'èi^Haflie inserite si» son tombera, AêM ré§lis« iê igmi'ÈpifhBn» k Patie^ se termine par eetie phrase : é Pniws ïmqxm stubi* antm^vo- M^ TiTOrr nscofti. » Maïs U géuérdsilft^ Im ferme 4t fofâl# simplieitè doivent tonjoart, d«&s U ^ di» larisoMsuttOf répendre à ee» décora,
632. Aleiat élaM: Hiori àèpth qiiftftref aM| lorM}Oe iae^tte* Cojas (né à Tonloufe en 1822, iMft en IMO), distingtté déjâ^^^^^^ par ^el^iies coura particnKeiiB, débsta^ ttn une même arniée- (1554), dana H teieAce par la pnUieatî^ii de se» note» snr VU pien, et dana Teàteignement pvUic en oeeiipa;»! la chaire qui venait de lui être offerte à Gabora* Son umb aHait a* élever an* dessua de toua cetim q<le «mis veMNaé de atgiialer) daits rèrenoo^ velle éuTtete par Alcial^ il allait prendre oné large plac», imprimer aolott# de 1» me vite impuMoB , rendre h la acieBce^ des textes, de Thistoire et de la philologie du droit romain, par lui et par ses nombreux diaeipleéi le» aervieea le» plva daraUeb. M. Berrial«4aint-Pifx a èerîl aoa hiatofrei exacte ooÉame loat c» qui est serti de la plume de notre regretté eoUègue^ et, pâif cette qualMd, fort justement en erédit.
Estienne Paaqaier (lit. 9^ di. 89) terame m ces termes le tableau des troi» âges qaMl a. tracé ; a Concksion : repaasaal aaf^ les treia chambrées de ceux qui oat escrit sur le Droicti -^ en la première, je fats grand estât d^Accurae entre les GlossAteors? -•« en la seconde de Bartole (à part Estienne Fabre et Dumoiilhi ^ les vrais jurisconsultes de nosfre France); -^ et entre cetfx de là troisiesme, qa*il me plait de nommer Hattoanistes, je donne }# premier lien à nostre Cujas, qni n!eut, sèlmi tnos jugement, n'a et n^aura jamais par aventure son pardh «
Attachez-vous seulement aux points cnhnhiants, vous verrer que le foyer du mouvement pour le culCé de la Jurisprudence romaine a été durant quatre cents ans en Italie; qu'il a passé an seiaième siècle en France; et qy'il est, ilepms le eemmencement du siècle actaei ^ en Allemegne.