Mais cette race des Kymris était-ell^ de la même famille
Sue la race des Galls, et ne faut-il voir en Tune et en Tautre que eux rameaux d*une même tige? C'est ce que Técole historique moderne admet généralement. Quel mystère cependant et quel hasard prodigieux qu'une telle rencontre, sur une même terre, ■à une si grande distance du berceau commun, après mille ans et un temps indéfini en sus de séparation! La raison qui milite le plus à Tappui de la parenté originaire des deux races, c'est la parenté bien constatée des deux langues qu'elles parlaient, à en juger par les débris qui nous en sont restés : point sur lequel nous reviendrons en traitant de la formation de la langue française. On en peut faire valoir une seconde, la facilité avec laquelle ces deux races paraissent s'assimiler Tune à l'autre sur le territoire où a eu lieu leur rencontre, et accepter en commun le nom de Gaulois que leur donnent les autres nations. Cent ans ne s'étaient pas écoulés depuis la première arrivée des Kymris dans les Gaules, que par suite des troubles d'un tel événement, luttes intestines, résistances, défaites, déplacements, émigrations successives de hordes galliques et de bordes kymriques, on trouve les deux races installées, par tribus émigrantes, en Italie, l'une à côté de l'autre, sous le nom commun de Gaulois (3) : les Galls sur la rive gauche du P6 (Gallia transpadana), les Kymris sur la rive droite (Gallia cispadana)^ parmi ceux-ci les Boies, les Lingons et les Sénonais, les derniers venus (4). Lorsque ces Kymris Sénonais menacent de leurs armes les Romains : « Qu'ils puissent annoncer à leur iamille , disent-ils, dans le langage du moins que leur prête Tite-Live, combien les Gaulois
(1) t Se({iii Gondrasiqae, ex geate et numéro Germanoram qui sunt inter Eburonet Trevirosoae. > (J. Gi&sar, Kv. 6, $ 3S.)
(S) c Treviri et Nervii citra affectationem Germanicœ orîginis ultro ambitiosi sont, tanquam, per hanc gloriam saogninis, a similitudine et ioertia Gallorum separenfur. i (T/iaTE, Germanie, S z8.) — k Gootigut aux Trévires sont les Nerviens, nation germanique. • (StrabonJîv. 4, coll. Dom Bouquet, 1. 1, p. 26.)
(3) « HÎ8 autem Gallis causa in Italiam veniendi sedesqne novas querendi, întestina ditcordia et assidu» domi dissensiones fnere. s (Justin., liv. 20, J 5.)
f4} c Tnm Senones, recentissimi advenarnm. • (Titi-Livi, liv. 5, g 35.)
708 HISTOIBB, APPEMDICE 1.
surpassent en valeur guerrière les antres mortels (1)1* A cent ans de distance après la prise de Rome, des Galls et des Kymris paraissent encore associés, toujours sous le nom commun de Gaulois (2), pour leur expédition contre la Grèce et la Ifacé* doine. En Italie, en Asie, dans leurs établissements on dans leurs incursions, facilement ces deux races sont prêtes à s*entr*aider.
Voilà comment, confondus sous un nom commun, dans lequel la géographie a été pour beaucoup, ils sont compris tous également dans le portrait du Gaulois, et comment pour composer ce portrait les traits en sont pris dans Tune ou dans l'autre des deux races indistinctement. J. César avertit cependant, dès le début de ses Commentaires, qu'elles diffèrent entre elles par la langue, par les institutions et par les lois (3), ce qui ne Tempèche pas de faire lui-même de ces peintures générales qui ont cours aujourd'hui. II arrivera à un même écrivain de parler, c'est passé en usage, de la ténacité des races celtiques j et ailleurs de la mobilité des races gauloises, deux généralités contradictoires : la première phrase sera faite à propos des Bretons de l'Armorique, et la seconde à propos des Gaulois du Centre et du Midi. M. F. Edwards croit pouvoir donner le signalement, en ces termes, des caractères physiologiques de l'une et de Tautre race : le Gall, tête arrondie, front moyen, yeux grands et ouverts, nés droit et arrondi à Textrémité, taille moins élevée que celle do Kymri. Le Kymri, tête allongée, front haut et développé, nez recourbé avec la pointe en bas et les ailes relevées, menton proéminent, stature très-haute. 11 porte, dans le développement delà partie supérieure de la tète, l'indice des aptitudes métaphysiques et tbéologiques (4).
28. Malgré le désir de glorifier ceux qui comptent pour une si grande part entre nos ancêtres, il nous est impossible de voir chez les Gaulois, Galls ou Kymris, jusqu'au moment où la domination romaine va les envahir, autre chose qu'une civilisation encore informe et malheureusement presque stationnaire. On parle bien, d'après les indications de Pline, de la fabrication de divers tissus ou étoffes, de l'invention des matelas en laine, de la charrue à roues , du crible à crins de cheval et des tonneaux k douves cerclées, de l'emploi de la marne comme amendement des terres, de Texploitation des mines, du travaihdes métaux, jusqu'à rinventîon de l'étamage, du placage, et à l'art de les
(1) K Ut nun tiare domum possent, quantum Galli virtute ceteros moiialea prsstarent. > (Titk-Livb, Hv. 5, § 36.)
(%) Jusrm., liv. 24, gg 4 et suiv.
(3) c Hi omnes (Belqœ, Aquitani, Galli), lingiia, institutis, legibos ioter se diiïeruot. » (J. GéSAR, liv. 1, $ 1.)
(V) F. Edwards, LeUre à M, Amédée Thierry sur les caractères pk^ siologiques des races humaines considérées dans leurs rappinis aoec fkutoire.
émaîller (1) ; mais ces deux indices de la civilisation des peuples, l'architecture et les lettres, suffisent pour les juger. Vitruve traçant le tableau des progrès que font les nations dans Tart de bâtir à mesure qu'elles s'éclairent et qu'elles se polissent, pince aux débuts seulement la manière des Gaulois et celle des Aquitains, comme pouvant donner une idée des premières ébauches de construction pour la demeure des hommes, faîtes de pieux ou poteaux, de branches d'arbre et de terre (2). Leur mode de fortifications, décrit par César, ne sort guère de ce genre (3). Comme lettres : ni sciences, ni histoire, ni délassements de l'intelligence, ils n'ont rien laissé; système religieux, dira-t-on : triste système, «t triste état social que celui qui, durant tant de siècles, s'en accommode ! N'importe où ils aient été, nous ne connaissons d'eux, ou de quelques noms parmi eux, que ce que les autres, Grecs ou Romains, en ont écrit. Pour avoir l'espoir de découvrir quelques vestiges de leurs propres traditions ou de leurs chants de bardes, il faut descendre jusqu'à Tépoque des peuples modernes, jusqu'à •des œuvres qui n'appartiennent incontestablement qu'à cette nouvelle civilisation (ci-dessus, n* 24). Leurs monnaies sont frappées grossièrement au marteau, dont l'empreinte tombe rarement sur l'exacte circonférence du disque; encore les légendes et souvent même les figures témoignent-elles d'un emprunt fait aux firecs ou aux Romains. Cette fameuse marine des Vénètes n'est, après tout, qu'une réunion de grands et solides, mais lourds bachots (4) ; et les inscriptions, si fréquentes à l'époque romaine, de mariniers utricularit, tout le long du Rhône, à Lyon, à Cavaillon, à Arles et ailleurs, rappellent le souvMiir d'une navi* gation plus grossière encore, sur des outres (5). Au passage du Rhône par Annibal, ce sont des barques creusées dans des troncs d'arbres, avec des matériaux propres à en creuser de nouvelles, -que les riverains du fleuve fournissent aux Carthaginois pour effectuer ce passage (6). L'étonnement naïf des Gaulois à la vue des engins de guerre de J. César, à la vue de la manière dont il passe les fleuves sur des ponts improvisés (7); cet amour des
(1) Punk, Hist. natur., liv. 8, S 48 (ou 73 et 74, suivant rédition); liv. 14, S 21 (ou 27); liv. 17, §§6 et suiv. (ou 4); liv. 18, g$ 11 (ou 18), 48 (ou 48); liv. 34, §S S (ou 20), et 17 (ou 48 et 49).
(2) t Hœc autem, ex iis quœ supra scriptie suât originibus instituta eise, p<Miumu8 sic animadvertere , quod ad hune diem nationiboa exterif sdificia constituuntur , ut in Gallio, Hispania, Lusitania, Aquitania, scandulif robnsleif, aut stramcntis. > (Vitruvb, liv. 2, ch. i.)
(3) J. GiisAR, liv. 7, % 23.
?4) Ibid., liv. 3, S 13. — Flohus, liv. 3, S 11.
(5) A moins que cette dénomination ne vînt de
ce quils portaient, snr leurs bateaux, lès vins ou le» autres liquides dans des outres. (Voir les inscriptions n»* 41 19, 4120, 4121 , 4244, 7007, 7208, dans Orelli, édition de 1856.)
(6) PoLVBB, liv. 3; collect. Dom Bouquet, 1. 1, p. 174.
(7) J. G^AR, liv. 1, S 13; liv. 2, S§ 12, 30 et 31; liv. 3, SS ^7 et 18; liv. 6, S 9.
710 HI8T0IRB, AFPSNDICE I.
guerriers pour réclat des couleurs» pour le brillant de For ou do corail, ces colliers, ces bracelets, ces anneaux qu'ils portent à un sur la chair, ce faste même d*un chef à faire creuser des bassins et à les remplir de vin, d*hydromel ou de bière pour la multitude (1) : tout cela ne rappelle-t-il pas un peu le sauvage? Je ne parlerai pas de ces tètes d*ennemis, coupées sur le cbamp de balaîlle, rapportées au poitrail des chevaux on à la pointe des piqui», clouées à la porte, à la devanture de Thabitation, ou, pour celles qui sont plus marquantes, fumées, momifiées par des procédés qui se sont retrouvés chez les Peaux-Rouges de TAmérique, et conservées orgueilleusement dans des coffres, archives historiques de la famille, où chaque génération ajoute les siennes (2). Posidonius, dans ses voyages en Gaule, a encore eu ce hideux spectacle : c'était au temps de Marîus, moins de soixante-dix ans avant Tarrivëe de J. César. Voilà donc le point ob en était, an moment de cette arrivée, la race des Galls et des Kymris; et quand on songe que la première de ces races occupait le territoire depuis plus de quinze siècles, et tout un temps inconnu encore par delà! Rome, qui n*a eu que des commencements bien rodes aussi, ne comptait pas alors sept cents ans d'existence : que de grands hommes, que d'illustres écrivains, quels monuments, et elle louchait au siècle d'Auguste! Il est des sitoartions dans lesquelles les races les mieux douées resteraient un long temps comme en une torpeur indéfinie de formation, jusqu'à ce que le choc qui doit leur donner l'essor leur soil venu.
29. Les Ibères sont au nombre de ceux que nous négligeons vulgairement, parmi nos ancêtres; mais il ne faut pas qoe les Français méridionaux les oublient, car ils les ont pour une bonne part dans leur généalogie.
L^école historiaue moderne a fait pour les Ibères quelqae chose de semblable à ce qu'elle a fait pour les Galls et pour les Kymris : elle a retrouvé , du moins en vestige , leur population et leur langue, et restituant leur nom national de race, elle les appelle, non pas les Ibères, mais Jes Euskes.
C'est dans les montagnes des Pyrénées, au versant espagnol et au versant français, pays des Basques, que ce type s'est conservé, autant qu'il est possible, après tant de siècles et tant d'événements. Les montagnes sont favorables à ces sortes de conservations : à celles de l'Ecosse et de l'Irlande nous redemandons les
(i) PosiDONius, liv. 23, dans Athék^i, li?. 4, cli. xin (coll. Dom Bovqvit, 1. 1, p. 705).
(2) Strabon, liv. 4, coll. Dom Bouquxt; t. I, p. 81. — Diodohb db Skilk, liv. 5, p 300 : c Posidoniiis raconte avoir ea ce spectacle en plusieurs Keux des Gaules, et quoique, dans le principe, avant de s'y être accoutumé, il en îùt révolté, riiabitude unit par le lui rendre moini pénible. > Diodobb db SicaB, liv. 5, coll. Dom Bouquet, p. 306 et 307.
Galls, à celles du pays de Galles et au cap armoricain les Kymris, à celles des Pyrénées les Euskes ou Ibères.
30. Cette restauration historique de la race des Euskes, avec un lointain aperçu de leurs primitives destinées, est Tœuvre
{>resque en entier de la philologie, car les autres documents de ^histoire nous font ici défaut, neaucoup plus qu*à Tégard des Cimbres ou Kymris. Cest que la venue des Euskes en notre Europe est bien antérieure à celle des Kymris; elle est, comme celle des Galls, perdue dans le nébuleux des âges antéhistoriques. En étudiant la langue basque et ses radicaux, non-seulement dans Tétat où elle se trouve aujourd'hui, mais dans ses vocabulaires les moins récents, et reportimt celte étude sur la géographie de TEspagne, on reconnaît que Jes plus antiques noms de lieux, montagnes, bois, vallées ou cours d'eau, villes ou peuplades, sont comme semés d*un côté ou d'autre par toute la Péninsule sans exception, en langue basque. Les Basques appartiennent donc à une race qui a été répandue, en des temps reculés, sur toute cette péninsule, et la langue qu'ils ont gardée est un reste de celle que parlait cette race. Les Grecs et les Latins ont appelé ces anciens habitants de TEspagne Ibères; Varron les signale, sous ce nom, en tète de tous ceux qui, par immigrations ou par colonies, sont venus peupler la Péninsule (1). Mais Ibères ne parait être qu'un nom de tribu locale, tiré delà rivière de FEbre (Eber ou loris). Les Basques, dans leur propre langage, s'appellent, aujourd'hui encore, Eusc-aldunac (qui font ])artie des Euskes), et ils appellent leur langue Eusc^ara (à la façon des Euskes) : du radical de ces motfi, Euskj la méthode historique moderne a cru être en droit de faire sortir le nom national do toute la race, les Euskes, Vasques ou Basques, Vascones ou Gascons ne sont, par des variantes de prononciation ou de désinence, que des dérivés de ce radical.
31. Et trouverons-nous pour eux quelque poëme, semblable aux Triades ou aux antres chants galliques, d'où il soit possible d'évoquer, fût-ce à la façon des bardes, leur plus ancienne épopée ? S'ils n'ont pas Tinstitulion des bardes, ce n'est pas que la poésie leur manque. Mais tout ce qui nous est parvenu se réduit à un chant national de guerre, - célébrant leur longue défense et le siège soutenu par eux, cinq ans durant, de jour et de nuit, contre Octavien, le seigneur du monde, lorsque les étrangers de Rome ont voulu forcer la Biscaye. Le plaisir de les
(1) « In universam Hispaniam M. Varro pervcnisse Ibcros, et Persas, et Phœnicas, Celtasque, et Poenos tradit. s (Pline, Hist. natur., liv. 3, § 3.) Il y a de bonnes raisons de croire à une exactitude cl*ordre chronologique en ces indications. Versas serait ici pour Asîatiqp.es, venus de TOrient; mais lesquels? Voir là-dessus le passage si remarquable de Sallustb, De hell. Jugurth,, % 8; ei les observations de M. Saint- Martin, relatives à ce pa8sa,r[e. {Mémoires de V Académie des inscriptions, nouvelle série, t. XII, p. 181.)
voir là vivants, dans cetle poignée de montagnards, et quelques traits de mœurs seulement, peuvent sortir de ce chant :
t Eui, Dombreui, Et nous, petite troupe, A la fin nous faisons Amitié (1). i
32. La philologie, cependant, à renseignement que nous avons rapporté, tiré de Texistence des vieilles dénominations géogra-
thiques en langue basque, en ajoute un autre. Comme de semlabiés dénominations se rencontrent même dans les contrées de TEspagne où les Celtes ou Galls venus de la Gaule, seuls ou mêlés aui Ibères, ont fondé leurs établissements et usé d*un autre lan-
Î[age, il laut bien en conclure que le basque, passé à Tétat de angue morte» s'y parlait avant cette venue des Galls, et qu^entre les deux races par conséquent, c'est celle des Euskes ou Ibères qui a précédé Tautre en Espagne.
33. Or le même fait philologique se produit, dans des conditions semblables, au revers des Pyrénées, du câté des Gaules» ei doit y avoir la même conclusion. Par les mêmes observations de dénominations géographiques, on est autorisé à affirmer que sur toute la ligne de la chaîne qui ferme les Gaules, et dans le territoire étendu aux pieds de cette chaîne, même en poussant vers le nord-ouest jusqu*au bord de TOcéan et au cours inférieur de la Garonne, et vers le nord*est, le long des premiers rivages delà Méditerranée, la race des Euskes ou Ibères était établie avant U venue des Galls (2).
34. Celte race, plus ou moins mêlée aux Galls et à quelques autres survenants, a donné à la Gaule, dans Tespace de territoire que nous venons de décrire, et même plus loin au delà da Rhùne, c*est-à-dire dans tout le Midi, deux sortes de populations; les Aquitains dont parle J. César, et les Ligures.
35. Les Aquitains de J. César, compris entre les Pyrénées au midi, rOcéan à Touest et le cours de la Garonne à Test et aa nord, sont un mélange d'Euskes ou Ibères et de Galls, mais la
(i) M* DB UuuBuLOT a le premier mis en lumière et publié (1817) ce chml national basque. On le trouvera avec une traduction dans V Histoire de ia Garnie méridionale de M. Fauriel, t. Il, Appendice 3.
(2) Nous renvoyoYis, pour la démonstration de ces faits philologiques, à l'ouvrage de M. db Hdhboldt , qui a largement ouvert la voie : Préfimg der Untersuchungen Uber die Urbewokner Hispaniens vermittelst der vaskiscAtu Sprache (Examen des présomptions concernant les premiers habitants de TEspa^ne, au moyen de la langue basque, Berlin, 1821); M. Michblbt, dans son Histoire de France, à l'Appendice, a donné une analyse et quelaoes extraits de cet ouvrage; — à celui de M. Am. Thibrrit, Histoire des Gaulois (1835), dans son In réduction rti au tome II, p. 11 et suiv. ; — surtout à celni (te M. Fauriel, Histoire de la Gaule méridionale (1836), t. II, p. 337, avec les appendices; — enGnaux Recherches sur les langues celtiques àe M. F. Kdwabm (18H), dans tout ce qui a rapport à la langue basque.
race des Eoskes y est prédoinioanic, et elle Test d*autaiit plus qu'on 8* élève davantage vers les sommets de la chaîne. Qvant ce mélange s*est-il opéré? Il n*y a pas de date historique : nous en sommes réduit à le rattacher par quelques conjectures à ces mouvements qui ont précédé de plus de quinze cents ans notre ère chrétienne et qui signaleraient Tépoque à laquelle les Celtes cfu Galls ont fait invasion en Espagne (ci-dess. n. 19). De tout cela il est résulté pour les contrées nommées Aquitaine par les Romains une population mixte dans laquelle la superposition galIiquen*ajouéqu*un rôle secondaire, et où les Euskes» qui s*y trouvaient installés, ont conservé, peu altéré, leur type national, a Les Aquitains diffèrent pleinement des autres habitants des Gaules, dit Strabon, non-seulement par la langue, mais aussi par le corps, et ils sont plus semblables aux Ibères qu'aux Gaulois (I). 1) Lorsque le lieutenant de César les attaque, à qui recourent-ils ? De même que les Armoricains s'adressent, en cas pareil, à Tile de Bretagne et aux Belges des bords de FOcéan, de même les Aquitains, suivantleurs affinités, s'adressent aux peuples de TEspagne intérieure, auxquels ils demandent des secours et des chefs, et parmi ces auxiliaires arri ven t leurs frères les Cantabres» autre tribu de la race des Ëuskes, qui continue à longer sur le même reversqu'eux,maisen territoire espagnol,lacbainedesPyrénées(2). 36. Le nom à' Aquitains leur a été donné par les Romains comme imitation, sans doute, de celui à' Armoricains (sur la mer) ; car il est probable que cette désignation d'Armoricains, restreinte depuis par Tusage, était commune, en gall et en kymri, aux populations de toute la côte gauloise sur TOcéan, depuis les Pyrénées jusqu'au Rhin. Pline le dit textuellement pour l'Aquitaine, Cl nommée autrefois Armorique » , écrit-il, et c'est bien l'Aquitaine de J. César qu'il désigne (3). L'idée est la même que celle traduite chez Strabon parTépithète de irapu>xeavtTo^ (ci-dess. n. 25) : de telle sorte que nous la rencontrons rendue dans les quatre langues, gall, kymri, grec et latin. Il faut convenir néanmoins que l'expression latine n'indique avec précision ni l'Océan ni la mer, mais seulement des eaux, et que dans un sens maritime elle ne s'applique avec exactitude qu'aux tribus aquitaniques du littoral, mais non à celles de Tintérieur des terres ou des hauteurs pyrénéennes, si ce n'est par extension : c'est ainsi, en effet, qu'ont procédé les Romains dans leur dénomination de ce
(1) Strabon, liv. 4, coilect. de Dom Bouqukt, t. I, p. 4, et p. 20, où la même phrase est reproduite presque identiquement.
(2) c Mittuntur etiam ad eas civitate» legati, qus sunt citerioris Hispaniie, finitims Aquitanlie : iode auxiiia ducesque arcessuntur. » — t ...Ek millium quinquagiflta numéro, qoœ ex Aquitania Canlabrisque convenisse constabat. « (J. GisAR, liv. 3, $S 23 et 26.)
(3) c Inde (a Garumna) ad Pyreniei raontis excursuro, Aqoitanica, Aremorica antea dicta, i (Pliiir, Hist nat., liv. 4, g 31, ou 17, suiv. Tédition.)
pays (1). Cependant dans rintërieur des terres, en remontant plus de la moitié dn cours de la Garonne et s*étendant vers le pied des Pyrénées, ils avaient rencontré la principale triba, qai aurait pu leur fournir le nom même de la race dominante, nom que les Romains ont rendu par Ausei, la tribu des Auskes, avec sa capitale Elirherri (ville neuve, en basque) : aujourd'hui territoire d*Auch, dans le département du Gers.
37. L* extrémité de TAquitaine, à l'embouchure de la Garonne, était restée occupée par une tribu gallique, que Strabon qualiSe d'élrangère parmi les Aquitains, celle des Biturigeê-Vivisques, avec sa capitale Burdigala (Bordeaux), servant déjà d'entrepôt commercial (2). Nous savons aussi que dans les landes, près du bassin d'Arcachon, avaient pénétré et s'étaient établis, lors de la première invasion des Kymris, un détachement de Botes, qui étaient venus former là une tribu kymrique (ci-dess. n. 24), petite et pauvre, dit J. César, vivant d'un travail d'extraction de résine dans les bois de pins, ce qui la fait appeler par le neveu d'Ausone, dans une épitre à son oncle, j9t cet Boii (3). De telle sorte que les trois racfs, celles des Galls, des Kymris et des Euskes, ont leur représentation en Aquitaine.
38. Quant aux Ligures, ce sont des Euskes aussi; leur nom, dérivé, en basque, AeLu-goraon Li^orra (pays élevé), lU-gor (haute cité), signale des tribus montagnardes. Quelques indications un peu vagues autorisent à les placer au sud-ouest de l'Espagne, dans les montagnes entre le Guadalquivir et la Guadiana, au penchant de la Sierra-Morena vers la mer. Une de leurs villes, suivant Etienne de Byzance, était dans le voisinage de Tartesse (au delà de Cadix). Le poète géographe Rufus Festus Avienus les montre émigrant après de longs combats contre les Celtes ou Galls envahisseurs de leur pays :
CeUarum manu Crebrisque dudum prœliis.,.
Ligures.., puUi (4),
(1) On le lit en termes exprès chez Pline, qui, faisant réimmération des tribas de l'Aquitaine, y comprend certains peuples du littoral nommés particulièrement, en latin, Aquitani, dont le nom aurait été donné par extension à toute la province : t ...Bituriges liberi, cognomine Ubisci; Aquitani, unde nomen
Ï»rovincis; Sediboniates, etc. » (Plimk, Hist. nai., )iv. 4, $ 33, ou 19, suivant ^édition.) — Quant à l'origine produite par Isioorb de SitViXLK : « Aquitania autem ab obliqais aquis Ligcris fluminis appellafa, quia ex plurima parte terminus ejus est, eamque pêne in orbe cingit » {Origin., liv. 14; coll. de Daoi BouQURT, t. I, p. 818) , c est un évident anachronisme, Texlcnsion de rAqnilaiae jusqu^à la Loire, dans les dernières divisions romaines, étant bien postérieure à Tappellation à* Aquitains. H faudrait au moins en reporter l'idée sur la Garonne. (%) STR4B0N, liv. 4, collect. de Dom Bouqobt, 1. 1, p. 20.
(3) < Non magnis facultatibus, quod civitas erat exigua et infirma. • (J. GisAB, liv. 7, S 17.) — c ...Et piceos malis describere Boïos? » (Épitre de PâCUR à Ausone, collect. de Dom Bouquet, t. I, p. 742.)
(4) BuFus Sbxtds Avienus, Ora maritima, vers 132 et saiv.
et ce que rapporte Thucydide permet de suivre leur monvement d^émîgratldn jusqn^aux bords de la Sègre, près de Barcelone. Tout ceci avait lieu plus de quatorze cents ans avant Tère chrétienne, et se perd par conséquent dans les plus lointains souvenirs que nous paissions avoir touchant les Celtes et les Ibères (1).
39. Telle est donc la date reculée de Tintroduction des Ligures dans le midi des Gaules. lis en ont suivi la côte tout le long de la Méditerranée, poussant leurs établissements par delà le Rhône; même par delà les Alpes, en Italie. C'est ainsi que mêlés, dans les Gaules, aux Euskes qui se trouvaient déjà à la suite des Pyrénées orientales, plus loin, aux tribus ^alliques qui venaient après les Euskes, ils y ont formé, sur une bande dont la largeur s'est étendue de Tantre côté du Rhône jusqu*à Tlsère, cette division que les anciens géographes ont désignée par les noms à'Ihéro- Ligurie et de Celto-Ligurie (anciennes provinces de Roussillon, Languedoc, comfat Venaissin, Provence, et partie du Dauphiné), indiquant par là le mélange des Ligures, à l'ouest du Rhône avec les Ibères, et à Test avec les Celtes ou Galls (2).
40. Hais à de longs siècles de distance, plus de mille ans après, dans les dernières invasions des Kymris-Belges , deux tribus de ces Belges, les Tectosages et les Arécomikes, vinrent envahir, nous le savons, les plus belles contrées de Tlbéro-Ligurie, celles dans lesauelles s'élevaient déjà comme villes principales Toulouse, Narnonne, Nimes, et, après en avoir expulsé ou assujetti les habitants, ils y prirent assiette (ci-dess. n. 23). D*un autre côté, certaines tribus galliques, à Test du Rhône, conservèrent leur nationalité sans la fondre dans celle des Ligures : par exemple, les Ségalaunes et les Tricartins (bas Dauphiné), les Cavares, dont les villes principales étaient Avignon et Cavaillon; les Albiques, dans les montagnes des Basses-Alpes. Ce fnt ainsi que les trois races, Euskes, Galls et Kymris, mais surtout la première, eurent leur part dans la population du midi des Gaules.
41. Il faut donc s'attendre nécessairement à des différences et de corps et d'esprit entre cette population et celle du Centre et du Nord-Ouest. Au type gallique ou kymrique il faut mêler ici, dans de grandes proportions, le type cuskarîen; il faut recueillir les traits communs que nous ont donnés les anciens sur l'Ibère, sur l'Aquitain et sur le Ligure.
Plus petit de taille que le Gall et le Kymri, brun de traits
(1) Consulter Amédée TniEnRY, Histoire des Gaulois, t. I, Introduction, et p. 8 et soiv.
(2) t Après les Ibères, viennent les Ligures et les Ibères môIés entre eux, jusqu'au fleuve du Rhône. » (Scylax, Périple de la Méditerranée: coll. de Dom Bouquet, t. I, p. 96.) Ce Scylax écrivait, au plus tôt, dans le deuxième siècle avant notre ère. — Autrefois le nom d'Ibères embrassait tous les peuples placés à l'ouest du Rbône entre ce fleuve et l'isthme par lequel se communiquent la Gaule et l'Espagne. (Strabov, liv. 3.)
716 BISTOIRB, APPBNDICE I.
et de cheveux, sec et vigoureux de muscles; vêtement covrl, de laine poilue et à couleur noire dans les montagnes (1); mais ccd ne doit pas être généralisé : à la bataille de Cannes, les Ibères de Farmée d'Annibal étaient vêtus, à la mode de leur pays, dit Polybe, de tuniques de lin à bordures de pourpre qui resplendissaient de blancheur (2) ; le Basque s'en allait au combat sans casque, déjà peut-être avec son petit béret : le poète Silios Italiens parait en avoir été bien frappé, carîl y revient jusqu'à trois fois dans son poëme des Guerres puniques (3); l'Aquitain est signalé entre tous pour la propreté et le soin de sa mise, quelque pauvre qu'il soit (ci-dess. n* 11, note 2).
D'une agilité proverbiale (4) : « S'ils portent de dures cuirasses, les corps sans armure sont agiles » , dit le Basque dans son chant de guerre contre les Romains (ci-dess. n* 31) ; d'une sobriété rigoureuse (5) : « Petite frayeur à se mesurer des armes; mais, ô notre arche au pain, vous êtes mal pourvue! * dur à la faim, dur au travail et au mal (6) ; esprit fin, rusé, jusqu'à une réputation de fourberie chez les Ligures (7) ; d'une discrétion à subir les tourments et à périr plutôt que de trahir le secret conGé (8) ; ingénieux à imiter la tactique de l'ennemi.
(1) t Ils portent des aaies poilues, de coùlear notre, dont la laine presque à des poils de chèvre. (Diodori db Sicilb, liv. 5, à propos des Celtioéres d'Espagne, coll. Dom Bouqurt, i. I, p. 310.) — A pro»mis taberois, bigerricam vestem brevem atque hispidaoi, quinqae comparatam argcnteis, rapit. » (SuLPiCE S^vkrx, dialog. 2, ch. i.) Aussi Paulin, dans une épttre à Aosone, donne-t-il aux habitants du Bigorre Tépithète de pelliii (épiL 3, vers 143, coll. Dom Bouquet, t. I, p. 743).
e« D'un aspect nouveau et terriole : surtout les lignes des Gaulois nos, et des Ibères vêtus à la mode de leur pays, de tuniques de lin à bordures de pourpre. » (Polybb, liv. 3, coll. Dom Bouquet, t. 1, p. 194.) — t Galli saper umoilicum erant nudi : Hispani linteis prstextis purpiira tunlcis, candore aùro fulgentibus, consisterant. t (Trrs-LiVE, liv. 22, § 46.)
(3) t Aut Vasco, insuetas galeœ. • — t Et galeœ contempto tegmiae Vasco. « — c Nec tectus tempora Vasco. i (Sflius Italicus, Guerres puniques, liv. 3, fers 358; liv. 5, vers 197; liv. 9, if en 232.)
(4) t Velocitas genti pemix, inquies animos. » (J6stin, liv. 44, S ', à propos des Ibères en général.) — t Subiere levés, qooshorrida misil Pyrene, popoii. s
fSiLius iTALicuSf Guerres puniques, liv. 9, vers 2^9, à propos des habitants des Pyrénées.) — « Durum atque velox genus. > (Florus, liv. 2, $ 3, à propos des Ligures.)
(5) t Dura omnibus et adstricfa parcimonia... nuUus in festos dies epolaran apparatus. » (Justin, liv. 44, S 2, à propos des Ibères en générai.)
(6) « Gorpora hominum ad iuediam luboremque, animi ad mortem paratL > (Justin, liv. 4, $2, à propos des Ibères en général.) — « Gantaber aate omnes, hiemisque sstusque famisque invictus. > (Siuus Italicus, Guerres puniques, liv. 3, vers 326.) — « Et Ligures, dorum in armis genus. « {^vxtr LiVB, liv. 27, S 48.) — « Adsuetumqne malo Ligurem. « (Virgilb, Gêorgiques, liv. 2, vers 168.)
(7) t Aquitain, callidum genus. > (Florus, liv. 3, S 11.)
(8) c Sspe tormentis pro silentio rerum creditsrum immortui : adeo îDii fortior taciturnilatis cura quam vitie. » (Justin, liv. 44, g 2, à propos dci Ibères en général.) «
mais ne s^assemblaot pas et ne donnant pas par grandes niasses, faisant de préférence la guerre de montagnes, de rases et de surprises, cherchant sans honte le salut dans la faveur des lieux et dans la fuite, plus difficile quelquefois à trouver qu'à Taincre (1); célèbre par sa constance â soutenir les sièges et à en passer par toutes les extrémités, et par toutes les horreurs, plutôt que de se rendre (2) :.
« GiDq ans durant,
De jour et de nuit,
Sans aucun repos
Le siège dure, i (Gi-dess. n<^ 31.)
Les Ligures s'adonnaient, sur la côte, à la pèche : ils y prenaient, aux environs de Marseille et d'Antibes, des thons, avec de grands hameçons de fer, comme on en prend encore aujourd'hui à Taide de meilleurs engins; la piraterie sur mer, alors en honneur, et le brigandage sur terre étaient aussi leur fait, suivant les écrivains anciens (3); mais ils étaient assez puissants pour barrer le passage à des armées on à des flottes de ces temps (4).
42. C'est bien une race distincte de celles des Galls et des Kymris occupant le centre et le nord-ouest des Gaules, que celte race des Euskes. Jules César signale entre les trois une différence de langue, de lois et d'institutions (ci-de$s. 0^*27, note 3, p. 708) ; mais à la seule lecture de Strabon, qui y revient (5), on voit qu^entre les Galls et les Kymris il ne s'agit que de certaines diversités^ tandis qu'entre eux et les Aquitains ou Ibères, c'est une pleine distinction; et la philologie, par la comparaison des trois langues, dont elle possède les débris, a rendu, pour ainsi dire, matériellement sensible cette conclusion (6). Sans doute,
(1) J. César, DehelL GalL, liv. 3, S§ 24 et 25. — De belL civ., liv. 1", ^44. — « Les Gaulois ont été aux Romains plus faciles à vaincre que les Ibères; car, se ruant ensemble, par masses nombreuses, ils ont été vaincus ensemble. Les Ibères ont traîné la lutte en longueur, engageant, par petites troupes, des combats partiels; et les uns d'un côlé, les autres de l'autre, menant la guerre à la mode du brigandage. * (Strabon, liv. 4; coll. Dom Bouquet, t. I, p. 29.) — c Major aliquando labor erat invenire quam vincerc. Tuti iocis et fuga, durum atqne veloz genus, ex occasione magis latrocinia quam bella faciebat. i (Florus, liv. 2, § 3, à propos des Ligures.)
(2) Le siège de Sagonte; celui de Galagurris, auquel Juvénal fait allusion en parlant des morts qui servirent de nourriture aux vivants : « Vascones, nt fama est, alimentis talibus u^i t (Juvénal, satire 16, vers 03) ; comme, de nos jours, le siège de Saragosse.
(3) Cl. ^LiANus, Nature des animaux, liv. 13; coll. Dom Bouquet, t. I, p. 689. -^ Martial, liv. 13, èpigr. 103.
(4) Strabon, liv. 4 ; coll. Dom Bouquet, 1. 1, p. *34. — • Latrocinio maris, quod illis temporibus gloriae habebitur. t (Justin, liv. 43, g 3.)
(5) Strabon, coll. Dom Bouquet, t. I, p. 20.
(6) M. DE HuMBOLDT, daus l'ouvrage cité ci-dessus, n. 33, note 1 ; et M. F. Edwards, Recherches sur les langues ceUiaues, p. 130, où est rapportée la conclusion de M. de Humboldt, et p. 538, ou M. F. Edwards donne la sienne.
718 HISTOIBE, APPENDICE I.
ni la population ni la race des Euskes ne manquent absolument d'affinité avec celles que le sort a placées si près d'elles et avec lesqujelles il les a si souvent mêlées; mais affinité très-lointaine, qui n'est autre que celle reliant vers le commun berceaa de rinde les populations et les langues européennes.
43. La gracieuse légende de la fondation de Ifarseillep telle que la racontait Aristote dans son livre sur la République des Marseillais j et que l'a redite, avec variantes, Justin, abréviateur du Celto-Lîgure Trogue-Pompée, est connue (1). D'autres versions moins poétiques avaient cours (2). Pour les concilier toutes en les réunissant, il faut supposer qu'assise sur ses premières bases parle jeune navigateur phocéen auquel la fille du roi des Galls-S.égobriges avait présenté la coupe en signe de fiançailles, Euxène, suivant Aristote, Prolis suivant Justin, la colonie reçut ensuite de la métropole Phocée de nouveaux essaims de popula* tion. Le premier, comme émigration coloniale, sur le rapport de la beauté du pays et de l'accueil qui y attendait les Phocéens (3). Le second, comme refuge, lorsqu'après un long siège héroïquement soutenu contre les soldats et le lieutenant de Gyrus, les Phocéens, plutôt que de se rendre, s'embarquèrent avec toute leur famille, avec tout ce gu'ils purent emporter, et allèrent chercher ailleurs une autre aestinée (4).
Ai. Cet événement introduisait dans les Gaules, mais sur ua point seulement du littoral et dans de faibles proportions» un
(1) Aristote, d*aprè8 Ath^n^b, liv. 13, ch. i; coït, de Dom Bolqoit, t. I, p. 709. •— JosTiN., Ht. 43, § 3.
(2) « Servio Tullio Romœ régnante... qui ab Harpalo... régis Gyri pnafecto, ex terra Phocide fugali 8un(, alii Veliam, parlim Massiliam condiaeniat. ■ (Aulu-Grlle, Ut. 10, ch. xvi.) — « A Phocea Tcro Asiaticas populua Harpali inclementîam TÎlans, Gyri regii pnefecti, Italiam navigio petitt. Cujus pars in Lucania Velium, alla condidit in Viennensi Massiliam. > (Axmibm IfâsciLUX, Ht. 5, § 9.) — ft Phocenses (ou mieux Phocœenses) quondam fugati Persaniin adTentu, MassiHain urbem Olympiade quadragesima quinta condiderunt. ■ (G. JuL. SoLiNus, ch. II ; coll. de Dom Bouquet, t. I, p. 97.) Il y a ici one C4»nfagion de date. La quarante-cinquième olvmpiade est la dfate de la première fondation de Marseille, d après la Tersion d'Aristote ou de Trogue-Pompée. Li fuite des Phocéens deTant les soldais de Cyrus n*a eu lieu qu'en la cinquanteseptième olympiade, et leur arriTée à Marseille que quinxe ans après enTiron.
(3) < Gujus loci amœnitate capti, rcTersi domum, referentes que vidèrent, plures sollicitaTere. * (Justin., Ht. 43, § 3.) Mais dans cette version, Ifarfeilie n'est pas encore fondée; il ne s'agit ici que de premiers naTÎgateura ajast entrcTu le pays. G'est sur leur rapoort que la flotte d'émigration pari ; c Duces classis Simos et Protis fuere. s G est à ce Protts qu'arrive l'aventure de la coupe, sniTÎe de la. fondation de Marseille, et c'est, par conséquent, de la jennesse composant cette flotte que Justin a dit : t Temporibus Tarquinîi régis, ex Asie Phocsensium juTentus ostio Tiberis iuTecta, amicitiam cum Romanis junxit : inde in ultimes Galliie sinus navibus profecta Massiliam inter Ligures et feras gcates Gallorum condidit. • (Justin, tbid,)
(4) HERODOTE, Ht. 1, ch. glxv. — Thucydide, Ht. 1, ch. xni. — PausâHâs, liv, 10, ch. VIII. — Voy. DioDou m Sicile, Ht. 5, ch. un, pour la colonie iTAlalîe en Gorse.
nouvel élément de population, avec une civilisation tout autre : le type de la race et de la civilisation grecques-ioniennes; type de seconde main, il est vrai, car transporté irabord de Tlonie dans TAsie Mineure, en la colonie de Phocée, c'était de là quMl arrivait, par une seconde transmission, à Marseille. La date en est la quarante-cinquième olympiade, 599 ans avant Tère chré* tienne, pour le premier établissement de Marseille; soisantedeux ans plus tard pour Tarrivée des derniers Phocéens, fuyant Pinvasion de Cyrus. Ainsi, c'était au môme temps, à peu d'années près, que survenaient, dans le nord-ouest des Gaules, mais en nombre considérable et sur' un grand espace du territoire, la race des Kymris (ci-dess., n'^22); et dans loiMidi, sur un point seulement et en petite quantité, la race des Grecs-Ioniens.
45. Marseille, depuis son origine jusqu'à la première introduction des Romains dans les affaires de la Gaule, compte quatre siè- <île& et demi d'existence. Durant cet intervalle elle avait étendu ses expéditions et son commerce maritime. Ses établissements s'étaient échelonnés, comme colonies, comptoirs ou forteresses, aux points les plus favorables, sur tout le rivage gaulois de la Méditerranée, même -au delà du Var, du côté de Pltalie, et au delà des Pyrénées sur la rive ibérique (1) ; son navigateur Pythéas, dans un voyage de découvertes, vers le milieu du quatrième siècle avant notre ère, avait reconnu les côtes d'Espagne, celles delà Gaule de l'ouest et du nord, et celles de l'ilede Bretagne (2); son commerce avait pénétré dans l'intérieur des terres, en usant surtout du cours du Rhône, puis des autres fleuves : et certaines villes, comme Arles (3) et Avignon, à sa proximité le long du Rhône, Cavaillon
(i) Les établissements de Marseille, soit colonies^ comptoirs ou forteresses fondés par elle, soit positions occupées jadis par les Rhodiens et relevées par elle, ont été, en suivant Tordre de situation, d'Italie en Espagne, avant le Var : PoRTUs Hbrcdlis MoNiECi (M onaco) ; Nic«a (Nice) ; sur la eâte des Gaules : Antifous (Antibes); Athbnopolis (Saint-Tropex) ; Heraclba Gaccabarta, dont l'emplacement est incertain, ne serait qu'un nouveau nom de la même localité, donné plus tard par les Romains); Olbia (Eoube). — On est étonné de ne rencontrer ici aucune indication d'établissement dans la rade où se trouve Toulon, aujourd'hui la plus grande et la plus sûre rade de toute la mer Méditerranée. — Taurobntum, forteresse, dont on retrouve quelques vestiges non lom de la €iotat; GiTHARiSTA (Geyreste, près de la Giotat) ; — Marseille ; — Rhodanousia, ancien établissement rbodien, sur la rive ouest de l'embouchure du Rhône, repris par les Marseillais ; FosSiB-MARiAN^ (Foz) ; Agatha (Agde) ; au delà des Pyrénées, sur la côte ibérique : Rhooa (Roses), établissement rhodien repris par les Marseillais; Empori^ (aujourd'hui Ampurias), ancienne colonie phocéenne , reprise par les Marseillais , divisée, pour ainsi dire, en deux vules,
dans les îles voisines.
(2) Voir dans les mémoires de l'Académie des inscriptions, t. XIX, p. 146, année iT46, Éclaircissements sur la vie et sur les voyages de Pythéas ae Marseille, par M. DE BODGAiNViLLE. — J. Lblewbl, Pythéas de Marseille, Paris, 18B6.
(3) Arblatb, en gall, ar-lath, sur-marais.
non loin de là, étaient entrées en une telle commonication de
{copulation et de trafic avec elle qae, bien qu'elles appartinssent, a première à la tribu celto-ligurienne des Salyes, les deni autres à la tribu gallique des Cavares, elles avaient fini par prendre comme Taspect de villes grecques (1). Marseille avait acquis, en outre, des territoires dans son voisinage, même à de certaines distances; et quelques tribus galliques, par exemple celle des Albiqnes (2), étaient entrées dans sa clientèle. Mais, en général, les Ligures, surtout les tribus à Test de Marseille do côté de ritalie, plus encore sur la rive droite et sur la rive gauche du Var, tribus contre lesquelles avaient été dresiées les colonies fortifiées de Monaco, de Nice, d'Antibes, de Tauroentum, entretenaient un fond d*hostilité permanente contre Marseille et contre ses accroissements, par lesquels ils se voyaient restreints de plus en plus dans leur exploitation des côtes et de la mer, et même dans celle des terres.
46. Les Marseillais ont été, dans les Gaules, les représentants de laGrèce. Ils y étaient depuis près de quatre cents ans, qae les députés rhodiens les félicitaient, dans un discours au sénat romain, d'avoir su conserver purs et francs de la contagion, au milieu de peuples indomptés et étrangers, non-seulement la langue, le costume, les manières, mais surtout les mœurs et les lois, et le génie de la mère patrie ; félicitations que Pomponius Mêla renoavelle encore au temps de Claude (3). Il est vrai qu'un autre orateur, dans la même année précisément que les députés rhodiens, un consul haranguant ses soldats, disait que Marseille, placée an milieu des Gaulois, avait pris quelque chose de leur esprit (4) : on sait que les orateurs tournent facilement en sens contraire les mêmes idées au profit de leur harangue actuelle; Tobservation du consul, d'ailleurs, devait être vraie dans Une certaine mesure. A rétablissement à'Emporiœ, sur la côte ibérique, les deux civili* sations étaient séparées par un mur, qui formait deux villes dis-
(1) On cite aussi, d'après des indices qui autorisent i Je supposer, comme ayant reçu une certaine population de Grecs Massaliofes, pour le commerce et pour les comptoirs^ Saint- Jean de Garguies (Gargarius locus)^ Trets, Saint- Rémi (Glanum), \îmes et Béziers (Biterrœ).
(2) t Albicos, barbaros bomines, qui in eorum fide antiquitus tWïX^ montesque supra Massiliam incolebant, etc. * (J. GésAR, De bell. cwili, liv. l'S § 34.)
(3) c Non enim sonum modo linguœ restitomque et babitum, sed aote omnia mores et leges et ingenium sincerum inlegrnmque a contagione accolarom servarunt. > (Tjtk-Livs, liir. 37, § 54.) — c Olim inter asperas posîla, nuoc ut pacatis, ita dissimillimis tamen vicina gentibus, mirum quam facile et toiie sedem alienam ceperit, et adbuc morem suum teneat. • (Pomponivs Mila, Hv. 2, cb. V.) — « Ils usent des lois ioniques, qui sont exposées en pabllc. t (Strabon, liv. 4; coll. Dom Bouqukt, t. 1, p. 8.)
(4) « Maasilia inter Galles sita, Iraxit aliquantum ab accolis animorum. t (TiTB^LivB, liv. 38, § 17 : barangue du consul Gn. Manlius, au moment de combattre les Gallo-Grecs.)
finctes : Fune grecque, aux Marseillais, et Tautre aux Ibères (1).
Le génie qu'ils avaient importé de la Grèce et qu'ils ont développé avec eux était celui de la navigation et du commerce, avec les sciences et les arts qui les secondent ; telle est la science de Pythéas; tels Thabileté navale et l'arsenal de ressources et d'inventions ingénieuses qu'ils déploient dans leur lutVe contre l'armée de Jules César (2). On voit qu'il s'agit ici pour les Romains d'autre chose à surmonter que l'informe marine des Vénètes. Mais ce n'était pas le génie des lettres et des arts d'inspiration. Leurs grammairiens, cependant, commentaient Homère et en revisaient les manuscrits, des statues se dressaient en l'honneur de leurs divinités (S), et leurs médailles ou monnaies, à la tète de Diane ou d'Apollon, au type du lion ou du taureau, étaient autrement burinées que celles des Gaulois, qui n'en ont été souvent qu'une imitation.
n ne &ut pas se faire d'illusion sur la magniGcence de leur ville, dont il est parlé chez quelques anciens : à l'époque de Vitruve, au siècle d'Auguste par conséquent, les maisons n'en étaient couvertes encore que de chaume pétri avec de la terre (4) ; quelques édiBces publics et les temples, sans ;doute, y faisaient monument ; témoin celui qu'ils avaient élevé à Diane d'Éphèse, sur le promontoire de leur colonie à'Hemeroscopium, temple de renommée et en grande religion (5). Pas d'illusion non plus sur l'importance de leurs établissements coloniaux le long des côtes de la Méditerranée; la plupart n'étaient que des points d'escale et de troc, on des lieux fortifiés, à faible population; il faut lire dans Tite-Live ce que c'était que la ville grecque d'Emporiœ, renfermée dans une enceinte murée de quatre cents pas de circuit, et comment elle suffisait telle quelle au trafic des Phocéens avec les Ibères, et à une défense toujours sur le qui-vive (6). '
47. Nous ne parlerons pas des Phéniciens ; nous toucherions avec eux aux temps des poésies homériques (7) et des chants
(1) c Jam tiinc Emporis doo oppida erant muro divisa : anum Grecî habe* bant a Phociea , unde et Massilientes oriuiidi ; alterum Hispani. i (TiTB-Lnrs, Uv. 34, S 9.)
(2) Jules G^SAR, De bett, cinil,, liv. 1, gg 34 et suiv.; 56 et suiv.; iiv. S, 8S i et snîv.
(3) « Qoum m arcem Minervie venisset, conspecto in portîcibus simalacro Des. • (Justin., liv. 43, g 5.) — t Aut templa deorum immortalium adirent, et ante simutacra projecti vîctonam ab Diis ezsposcereot. i (J, GiSsAR, De beli, dviL, liv. S, g 5.)
(4) t Non miaus etiam Massiliœ animadvertere possamos sine tegulis subacta cuin paleis terra tecta. i rVrrRUVi, liv. S, ch. i.)
(5) Strabon, liv. 3 ; coll. Dom Bodqubt, 1. 1, p. 3. — Voir ci-dessus, n^ 45, à la nn de la note 1, et aussi la note 3 du présent g.
m TiTE-LivB, liv. 34, g 9.
^ r) HoMàRB, Odyssée, chant XIII*, vers 288 et soiv. : c Je cours vers un vaisseau soumis à d illustres Phéniciens.,. •, et chant XV*, vers 415 et suiv. : « Un jonr, des Phéniciens.. • •, etc.
722 HISTOIBE, APPENDICE I.
sacrés de la Bible. Nal doute que ce peuple» de race et de langue sémitiques, dont le prophète Ezéchiel décrit si admirablement la
Snissance navale, le commerce avec les îles et avec les peuples e Tintérieur des terres (1), n*âit sillonné de ses navires tonte la Méditerranée ; et puisqu*on a des preuves nombreuses de son trafic avec FEspagne, où il allait chercher les métaux, et où le nom de sa colonie de Gadès vit encore dans celui des Gaditanos, habitants de Cadix, nul doute que les côtes méridionales de la Gaule, qui étaient sur son chemin pour arriver en Espagne, n'aient été aussi par lui explorées et exploitées. Mais le témoignage historique de ses communications avec les Gaules n*est resté qne dans les fictions mythologiques de Fantiquité. Il faut,' pour en retroover les vestiges, consentir à croire, comme dit Tite-Live. anx fables d*Hercule (2) ; il faut, dans cet Hercule d'Eschyle et de Diodore de Sicile, qui aborde avec son armée non loin des boachei du Rhône, voir un Hercule tyrien, le Molok ou Melek, divinité tntélaire de Tyr, ou le Baal, divinité tutélaire de Sidon» habillés à la grecque (3) ; lorsqu'au milieu de la plaine où Jupiter fait pleuvoir des cailloux pour sa défense, cet Hercule sontient contre les Ligures le combat que lui a prédit Prométhée (4) ; lorsque son fils va fonder la ville de Nîmes (5) ; qu'il fonde loi* même celle d'AIésia, et qu'il fend les Alpes pour ouvrir la première route d'Espagne dans les Gaules et en Italie par le col des montagnes (6), il faut se figurer qu'on a en lui, sous les couleurs étranges que les Grecs lui ont imposées, la personnification des Phéniciens, avec l'indication des travaux accomplis par ce peuple dans les Gaules. Le monument découvert en 1845 à Marseille est
Îi) ÉzicHiKL, ch. zxvn. 2; < Alpes... nulU dtim via, qnod quidem oontineiu memoria dt, niids Hercule fabalis credere libet, Boperatas. i (Tm-Livi, Ut. 5, g 34.)
(3) Molok, Melek ou Melk, qui si^ifient le Roi, le Chef, était le nom de diea protecteur dont la statue s élevait dans Tenceinte de Tyr, Melk-Kart, \m roi de la ville, comme Baal, le Seigneor, celui du Dieu protactear dont k ■tatue s'élevait dans Sidon : de là, ches les Hébreux, voisins des Tyriens et des Sidoniens, la défense de sacriGer à Molok ou k Baal ; de là ces oésineoees d» noms propres en melek ou en baal, qui se rencontrent fréquemment cbei les Phéniciens, ches les Carthaginois et même ches les Hébreux.
f4) La plaine de la Grau (de eraig, en gael, pierre), aux environs d'Arles, 980 kil. carrés de. superficie. — Eschtlb, Priméthée, dans Stkabom, Ut. 4, ••il. Dom Bouquet, t. I, p. 12. — PoMPomus Mêla, liv. S, oh. v. — Aristote et Posidonius, au rapport de Strabon {lœ. dtat,)^ essayaient déjà de donner de cette vaste étendue de galets des expUcations naturelles qui, bies qne îéponrvues de précision, contenaient, si on les réunit, mi certain germe de ceUe fournie, de nos jours, par la science géologique.
(5) t Nîmes, ville des Gaules, fondée par Némause, fils d'Hereule, eeiDme le rapporte Parthénius. t (Etieniib db Brzâvci, an mot N<|ideuooc> coU- I^ia Bosquet, t. I, p. ii7.)
(6) DioooRB DE SiciiE, liv. 4 et liv. 5, coll. Dom Bouquet, t. I, p. SOS et 803. — AinoBN BIaicblun, liv. 15, J 9. — c Scindentem nnbes, firaagestemque ardua mentis ipedarant Superi« t (Siuos IrâUCSSi liv. 8.)
Tindice le plus significatif et le plus curieux que nous connais* sions de Tinslallation probable de quelque population d'origine phénicienne sur certains points de nos rivages. On peut s*en autoriser pour supposer qu'avant même Tarrivée des Phocéens, au lieu où ceux-ci ont fondé leur ville ou dans les environs, avait existé déjà quelque établissement phénicien ou carthaginois dont les Grecs auront pris la succession ; comme on peut faire une autre supposition (1). Quant aux autres comptoirs qui sont attribués dans les Gaules aux Phéniciens, tels que celui de Bordeaux à Tembouchure de la Gironde, et un autre (Carbilo) non loin de Tembouchure de la Loire, ils ne le sont que par conjectures pnre^ ment hypothétiques. Dans de telles sources lointaines de population, nous ne voyons rien d'assez attesté ni d'assez précis pour que nous ayons à en tenir compte.
48. Nous arrêtons donc ici cette première couche, ce premier fond de tribus humaines qui sont comme les assises de notre future nationalité. Cinq races, dans l'extrême limite que peuvent atteindre les témoignages historiques, y figurent : les Galls, les Euskes ou Ibères, les Kymris, les Grecs Ioniens et un commencement de Germains. Mais pour pénétrer dans le calcul d'une telle formation, nommer des races, même les décrire, ne suffit pas : il faudrait pouvoir mesurer pour ainsi dire chacune d'elles sous le triple point de vue de Tespace, du temps et du nombre. Parvenus à l'époque où une seconde couche, celle des Romains,
(i) Ce monnmeDt, dont on peut voir le fac-similé et l'eiplication dans un mémoire de M. OK Saulct {Acad, des inscript, nonv. série, t. XVII, p. 310), consiste en deux fragments d'une plaoue de pierre sur laquelle est inscrit, en caractères phéniciens très-nets, un règlement pour les sacrifices. Ces fragments ont été découverts, en juin 1845, dans les travaux de démolition d'une maison de la vieille ville à Marseille ; ils sont déposés aujourd'hui au musée de Mar* seille. Deux points sont à remarquer pour les conjectures possibles snr l'origine de ce règlement de sacrifices : 1<> que le lieu où la découverte en a été faite est voisin de remplacement d'un ancien temple phocéen de Diane, auquel a succédé, au temps du christianisme, l'église de la Major; 2<^ que le règlement est inscrit sur une plaque d'un calcaire très-fin, analogue à celui des pierres lithographiques, tel qu'on le trouve non loin de li, an village de Cassis : d'oà la conclusion que cette pierre aurait été taiUée et gravée, pour ainsi dire, sur place ou dans les environs. M. de Saulcy, après en avoir aonné la traduction, nit une comparaison intéressante entre les dispositions de ce règlement phénicien ou cartnaginois et celles qu'on lit, sur le même sujet, dans les livres des Hébreux {Lémtique, ch. i et suiv. ; Nombres, ch. xxvin etxxix ; Deuiéronome, ch. xvni). — Kfous nous bornerons à citer les lignes suivantes de l'inscription phénicienne : — 1. « ...baal (terminaison d'un nom propre dont le eommen' cernent manqué) le Suffèie, fils de Bedtanit {serviteur de Tanit, divinité phê^
nieienne), fils de fied — S. c Le Snffète, fils de Bedachmoun {serviteur
d'Achmcfun, VEsadape- phénicien), fils de Khallatibaal {celui qu*a fortifié Baal), et... • Suit le règlement des divers cas de sacrifices de bœuf, veau, bélier ou chèvre, agneau ou chevreau.,, etc.) — 15. ■ Pour tout sacrifice qu'offrira un pauvre, soit d'une bâte de troupeau, soit d'un oiseau, il n'y aura rien pour les prêtres, t — 19. « Ont signé Khallatibaal, fils de Bedachmoun, et collègues, etc. v
va survenir, c'est le moment d'essayer cette triple appréciation sur les races auxquelles vont se mêler désonnais les nouveaux venus.
49. L* espace occupé par chacune d'elles sur le territoire des Gaules ressort suffisamment des indications qui précèdent. Les Galls tiennent le centre exclusivement, et sont représentés en outre, en plus ou en moins grand nombre, dans toutes les antres parties ; — les Euskes ou Ibères dominent dans le Midi et dans le Sud-Ouest ; — les Kymris dans le Nord et dans le Nord-Ouest ; — les Grecs ont leur ville de Marseille et plusieurs colonies le long du littoral méditerranéen ; par leurs comptoirs ou leurs trafiaoants ils se mêlent aux affaires et à la population de quelques villes de Tintérieur. — Un commencement de Germains fait corps avec les Kymris-Belges dans quelques tribus voisines du Rhin.
50. Le temps est connu aussi ; mais peut-être n*est*il pas mis suffisamment en saillie, et la pensée ne s'arrête-t-elle pas autant qu'il le faudrait sur son influence. — De toutes ces races, les deux plus anciennes sur le territoire des Gaules sont celles des Galls et^ des Euskes ou Ibères. Même en comprenant parmi ces derniers" les Ligures, qui appartiennent à la même race, et en ne datant que de leur arrivée, la mémoire en remonte à quatorxe siècles avant l'ère chrétienne, sans qu'on puisse assigner de limites connue aux temps antérieurs. Qu'on se figure bien tonte la puissance donnée par une telle accumulation oe siècles à ces deux races, sur la portion du sol occupé par chacune d'elles, pour s'y multiplier, s'y croiser et s'y étendre, pour le pénétrer, pour assimiler le pays à la population et la population an pays ! — Si nous prenons pour point de comparaison la survenance des premiers Kymris dans le Nord» et celle des Grecs dans le Midi, survenance qui, à peu d'années près, a eu lieu à la même époque, chacune de ces races nouvelles a trouvé dans les lieux où elle est survenue des populations ou galls ou ibères, ou croisement des uns et des autres, établies depuis plus de huit cents ans, sans tenir compte du temps inconnu. — Si nous nous attachons à Tenvahissement des Romains, qui s'est accompli pour le midi des Gaules l'an 121 avant J. C, par l'érection de la province Narbonnaise, et pour le reste du territoire. Tan 50 avant J. C, par celle de la province Chevelue, après la conquête de Jules César, voici pour chacune des races au milieu desquelles venaient se mêler les Romains, le temps depuis lequel elles occupaient le
POUR Là GAULE KARBONHAISI.
Les Galls et les Ibères, y compris les Ligures, sans compter le temps indéfini en sus, pour les deux premiers 1S80
Les Grées de Marseille, lesquels ne sont pu engbWi
dans la province, mais demeurent indépendants et
alliés 478 ans.
Les deux trîbns kymriques des Volkes, Tectosages et Arécomikes, dont les villes principales soni Toulouse, Nîmes, Narbonne, pas plus de 225 ans.