‹ Histoire de la législation romaineChapitre 262 sur 297 · MIDI ET- SUD-OUEST · texte numérisé non relu

MIDI ET- SUD-OUEST

L'Aquitaine de C^iar, aw ec riMro-Ligurie et la Celto-Lignrie, pins llarteille et i

Euskes ou Ibères 2,230,000 Ames

Kymrii .' .* ! '. l l l [ l l 450!000 l ^ 4,000,000 Ames. Grecs Massaliotes 150,000 »

Total 12,125,000 Ames.

66. Et si nous résumons en un seul chiffre, pour chaque race, ce contingent dans tout Tensemble des Gaules :

Galls 5,765,000 Ames.

Kymris 3,480,000 »

Euskes ou Ibères 2,230,000 »

Germains dans le voisinage da Rhin. . 500,000 »

Grecs de Marseille et de ses colonies.. 150,000 »

Total 12,125,000 Ames.

67. Les chiffres inscrits dans ces tableaux ne peuvent être présentés comme des chiffres exacts tels que ceux qui sortiraient d*une statistique moderne; ce sont des approximations probables, assises sur les données de Thistoire et sur les documents incomplets qu'il est possible de recueillir échappés au naufrage des temps. Tels qu'ils sont, ils serviront à éviter des méprises, à dissiper des illusions, à fixer des idées flottantes, à donner on corps à ces fantômes nuageux qui se présentent lorsque notre esprit se met à évoquer la foule de nos premiers ancêtres.

68. Nous les avons séparées, ces races diverses , afin de mesurer leur importance à chacune; mais, amies ou ennemies, les mariages entre une race survenante et celle chez laquelle elle survient commencent ou suivent de près toutes les crises.

FORMATION DB LA HATION FRAVÇAISI. 735

tontes les aventures d'envahissement ou de pérégrination. La fable d*Hercule Ini fait laisser dans les Ganles une nombreuse postérité issue des filles de rois ou des plus belles du pays (1) : symbole du mélange de la race phénicienne avec les races gauloises, dans ses voyages d'industriels et de trafiquants. La légende de Marseille débute par le mariage de la fille d'un roi gall avec le chef des hôtes étrangers que la mer a amenés ; et quelques années après, c'est l'amour d'une Ligurienne de sang royal^ éprise de la beauté d'un jeune Ifassaliote, qui livre à la colonie naissante le secret du complot tramé pour sa ruine (2). Dumnorix TEduen avait cherché sa femme parmi les Helvètes (3). Les RèmeSy en faisant à Jules César le dénombrement des tribus belges, s'appuient sur le voisinage et sur les alliances de famille qui les unissent à ces tribus (4). Ainsi la ÎBÎble^ la légende et 1 histoire parlent le même langage. Dès ces temps reculés, l'union divine de l'homme et de la femme prépare la fusion des races, et ren&ntement de notre nationalité est commencé. Il y manque toutefois encore de nombreux éléments variés, dont nous avons à peindre la survenance.

La seconde couche de population est celle des Romains, avec le mélange de peuples divers qui passent sous leur nom.

Les Romains.

69. Je vois un signe frappant de l'ordre chronologique suivant lequel les Romains se sont avancés parmi les populations gau* loises et du progrès de leur domination sur les Gaules, dans les trois qualifications qu'ils leur ont données : la Gaule à toge, la Gaule à braies, la Gaule chevelue (GaUia togata, GaUia broceata, GaUia comata).

70. La Gaule à toge a revêtu le costume du citoyen romain, c'est nous dire qu'elle a reçu les droits de cité, qu'elle fait partie désormais de la gens togata, car nul autre qu'un citoyen ne peut se parer de cet insigne. La première conquise, elle a été la première assimilée : ses habitants se disent Romains.

Ce sont les successeurs, cependant, de ces anciens émigrés de la Gaule, Galls et Kymris, qui, au sixième siècle avant Tère chrétienne, franchissant les Alpes, étaient venus fonder leurs établissements sur l'une et l'autre rive du Pô (ci-dess. n* 27), et donner le nom de Gaule au pays par eux occupé. Pour les Romains, qui arrêtaient l'Italie au Rubicon, ce pays était la GauU cisahnne; pour nous il fait partie de l'Italie et se place en dehors de nos

(i) DioDORK Di SiciLi, liv. 5; coll. Dom BouQurr, t. I, p. 303. — AMuan HiacBLLiN, Uv. 15, 1 9 : t ...Gam geoerotis feminli suscepisseqoe Uberos plores... etc. •

{%) JnsTm, Uy. m. J ^•

^8) i. Gisia, Guerre des Gaules, Uv. i, S 9.

(4) « PropinqQltatîlN» tlfiniCatibttsque eonjanoti. ■ {fHd*, Uv. S, t ^•)

736 HISTOiaE, APPENDICE I.

frontières : les géographes des derniers temps de la répnblîqoe romaine et ceux de Tempire ont fini par Je considérer quelquefois eux-mêmes ainsi (1).

Il a fallu à Rome quatre siècles de luttes sans cesse renaissantes, d'abord pour' se défendre contre ces Gaulois, et ensuite ponr conquérir ce territoire. Ce ne fut que huit ans après la fin de la seconde guerre punique, durant laquelle les Gaulois cisalpins avaient plus d'une fois prêté main-forte aux Carthaginois, que cette conquête fut définitivement accomplie (vers Tan 186 av. J. C.). La population gauloise, en majeure partie exterminée ou expulsée, ou s'expatriant elle-même pour fuir la domination romaine, avait cédé la place à d'autres habitants envoyés de Rome on de Tltalie ; des colonies jouissant du droit de cité romaine, quelqnes^nnes seulement du droit de latinité, avaient été fondées et développées (Crémone, Plaisance, Bologne, Parme, Modène); ce qui était resté des races gauloises s'était fondu ou assoupli.

Durant les guerres de Jules César contre les Gaules proprement dites, la Cisalpine, qui était en tête des provinces dont il avait reçu le gouvernement (2), lui servait de quartier d*hiver; il allait

Î' tenir les assemblées de la province; il y recrutait ponr ses égions (3) : la Cisalpine lui était un point d^appni pour la soumission des Gaules; quatre ans après cette soumission (an 705 de Rome, 47 avant J. C), il la faisait admettre tout entière anx droits de cité (4), qui n*y étaient encore répandus que par concessions locales ou partielles, et à partir de ce moment le titre de Gallia togata pouvait lui être donné.

Là n'est pas encore le sol de notre Gaule ; il faut que les Romains francnissent les Alpes pour y arriver.

71. La Gaule à braies est la première conquête qu'ils y font. Ce sont les Grecs de Marseille qui les y appellent, et par là peuvent se mesurer les, faibles proportions de la population et de la puissance de ces Massaliotes (ci-dess. n** 63), car c'est pour défendre leurs colonies d'Antibes et de Nice contre deux petites peuplades ligures des environs du Var, des peuplades qui, en se levant contre les légions romaines, seront à peine au nombre de huit ou dix mille hommes armés (5), que les Massaliotes vont, par dépa* tation, implorer le secours de Rome (an 154 avant J. C). Les légions, venues sur le sol transalpin en auxiliaires et protectrices, y furent bientôt en conquérantes. Trente^trois ans ne s'étaient

(1) t Postremo ipsam (Italiam) ad Alpes promotam. » Discourt de Qaiide, Tacitb, Annales, liv. 9, % 24.

(t) SuiTONB, Vie de J. César, % 22.

(3) J. GisAR, Guerre des Gaules, liv. i, S 54; 2, § 1; 6, § i.

(4^ Dion Gassius, liv 41, p. 191, B. ^.^^^^

(5) Les Oxybes n'avaient que 4,0(K) hommes, Poltb., Exeerpi. legat„CXXXlV. On ne peut guère en attribuer davantage à la seconde peuplade comprise dans eett« altaîTe, celle des Déeéates,

FORMATION DE Là KATIO» FRÂ\GÂISE. 737

pas écoulés (an 121 av. J. C.)» qu'un sénatus-consulte déclarait province consulaire le territoire de cette Gaule transalpine qu'entoure la ligne du Rhône, depuis le lac Léman jusqu'à la Méditerranée; peu d'années après, la ligne inférieure du Rhône était franchie, la province s'avançait vers les Pyrénées; enfin les Pyrénées dans leur partie orientale étaient atteintes, et la province, en moins de cinquante ans en tout (106 ans avant J. C), avait gagné les limites qu'elle gardait encore à la venue de J. César.

72. Là se trouvaient soumises et gouvernées consulairement, à diflTérents titres, sous des conditions plus on moins dures, les races de Galls et de Ligures ou d'Ibères, depuis tant de siècles mêlées sur cette portion méridionale des Gaules, et les deux tribus de Kymris de survenance moins ancienne, Volkes-Arécomikes et Volkes-Tectosages, ceux-ci englobés les derniers dans la province romaine, avec leur capitale Toulouse. Les résistances les pins fortes et le plus opiniâtrement renouvelées contre cette sujétion sont venues de deux peuples, l'un Gall, les AUobroges, ayant Vienne pour ville principale, et l'autre Kymri, les Tectosages. Parfois les autres peuples suivaient ceux-ci dans leurs soulèvements. Les tribus montagnardes, aux passages des Alpes (Alpes maritimes — Alpes Graïes, aujourd'hui petit Saint-Bernard), dont le sénat romain prescrivit à ses généraux de se rendre mattres (an 118 avant J. C), se firent tuer dans la rjésistance, et, après la défaite, ce qui restait s'égorge, hommes, femmes et enfants, pour ne pas tomber sous la servitude.

73. Les Massaliotes, au contraire, furent l'instrument des Romains, instrument utilisé et rémunéré dans la conquête de la Province. Ce furent eux qui introduisirent les Romains en les appelant contre les Oxybes et les Décéates (an 154 avant J. C.) ; ils les appelèrent une seconde fois contre les Salyes (an 125 avant J. C); ils les secondèrent de leurs ressources, de leurs intelligences au sein du pays, et quelquefois de leurs forces dans le cours des expéditions. Ils furent en aide à Marins durant toute sa campagne par la Province, contre les Kymro-Teutons et contre ceux des peuples provinciaux qui se mirent en espoir et en mouvement d'afiranchissement à cette occasion (de l'an 104 à l'an 101 avant J. C); en aide à Pompée contre Sertorius, qui avait poussé et présidé personnellement à l'insurrection des Gaules, lorsque Pompée, suivant les expressions mêmes de Cicéron, s'ouvrit un passage sur les cadavres des Gaulois (1) pour aller chercher Sertorius en Espagne (de l'an 78 à l'an 76 av. J. C.) ; en aide à Fonteius, le gouverneur pompéien, dans ses expéditions de vengeances, de cruautés et d'exactions qui durèrent deux ans, qui frappèrent, réduisirent et exténuèrent la Province (ans 76 et

(1) c Testis est Gallia, per quam leffionibus nostris in Hlipaniam iter, GaUoram ioteniecione, patefactmn eit. » (Gicia., Pro Uge Mamda, S il.)

TùMM I. ^7

738 HISTOUB, âFPBHDlCB I.

75 at . J. C). Aufsiy marchands et trafiquants qD*iIs étaient, les Mastaliotes tirërent-îls profit de chaque événement. Os reçurent soaa leur dépendance les terres enlevées anx Qiybes et au Décéates; plus tard, celles enlevées anx Salyes et formant ime bande territoriale le long de la mer jnsqn^an RbAne; Marins leir abandonna, en partant, le canal d^emboncbnre qn^il avait fait creuser (fossœ Marianœ)^ sur lequel ils se mirent à percevoir des droits importants d'entrée ou de sortie; Pompée leur fit une part dans les territoires confisqués contre les provineianx» jusqae chez les Arécomikes et chez les Helves (1) ; Fonteins en fit autant, et ils s*en firent une aussi, ne fût-ce que par leur trafic, sur la masses de populations vaincues, qui se vendaient à Tencan pour Tesclavage. Les peuples provinciaux savaient bien qae leur ennemi intérieur était Massalie; plus d'une fois, Helves el Volkes, AUobroges , Voconces ou autres, se sont réunis pour marcher contre elle; et sans les légions de Fonteius et de Pompée, à leor dernière attaque (an 76 av. J. C), Massalie était en grand risque. 74t. La Province devint la dénomination propre, comme qai dirait la province par excellence, de cette partie des Gaoles. Jules César, dans ses Commentaires, ne Tappelle pas autrement. Le mot se retrouve, passé d'âge en Age jusqu'en notre langue, dans celui de Provence, Des établissements romains y avaient été fondés avant la venue de César : le premier en date, Eaux- Sextiennes (Aix aujourd'hui), par le consul C« Sextius Calvinas (an 123 av. J. C), colonie de plaisance, à cause des eaux thermiles et du voisinage de Massalie, et dont la destruction des Ambro- Tentons par Marins illustra les environs. Le plus important, Narbonne, enlevé aux Volkes-Arécomikes, pour recevoir une colonie de citoyens romains qu y conduisit, jeune encore (an 118 av. J. C), L. Licinius Crassus (2), sous le consulat de Q. Ifarcios Rex, d'où le nom de Narbo-Marcius. C'était une nouveauté, et œ fut considéré par plusieurs comme une témérité, que d'aventurer ces citoyens au milieu des flots de la barbarie. Narbonne, agrandie et travaillée dans son port, dans ses constructions et dans sa campagne, observatoire et forteresse contre les peuples

{provinciaux (3), devint le point d'appui principal de Rome, poar a domination et pour le commerce de ces contrées. Il y avait là un centre romain, où le luxe et les embellissements marchant à la suite du peuple-roi, bains, cirque, théâtre, ne tardèrent pas à e montrer. Le système des colonies militaires avait commeneé

(1) C'est oe qae les Mtssaliotes disent eux-mêmes dans leur mesiags ^ J. César. (J. CiSsab, Guerre civile, liv. i, ( 85.)

(t) • Volait adolescens, in colonla Narbonensi, canssB popaiarîs tJMà attingere, eamque coloniam, ot fecit, ipse dncere. t (Cicéaoïf , BriUus, { «3-)

(3) I Est in eadem provincia Narbo Harcîus, colonla nostrornm civiom, ipscoU populi Romani ac propagnacolnm, istis ipiii nattonlbus oppoâfam at olijt^ tnm. ■ (GialBOV, Pro F^ntew, 1 4.)

FORMAHON DE LA NATION FBANÇAISB. 739

auBsi à être appliqué dans la Province (à Ruscino, noa loin da Perpignan actuel, d'où notre nom moderne de Roussillon» et à Toulouse), surtout après les expéditions de Q. Cépio, de Pompée et de Fonteius; mais le plus grand nombre de ces colonies y fut établi par Jules César, puis par Auguste, et qaelques*unes par leurs successeurs.

75. A Tépoque de TarriTèe de Jules César, la Province, à part les concessions dont jouissaient les colonies ou les personnages individuellement décorés de cet honneur, n*avait pas encore reçu les droits de cité romaine et n^avait pas le droit de porter la toge. Bien que ces sortes de concessions y aient été, plus tard, répandues avec une certaine largesse, il lui fallut attendre, pour y être admise généralement, avec tout le reste de TEmpire, jusqu'à la constitution de Caracalla. Lie costume local n'offrait pas les longues chevelures du centre ou du nord des Gaules; les races d^Ibères ou de Ligures, ni celles des Galls mêlés à eux, n'usaient d^une telle longueur : sous Tinfluence du climat méridional ou des habitudes, les chevelures avaient été coupées ou réduites. Ce qui frappa les Romains, ce furent les braies : — k Voyez ces « hommes à sayes et à braies aller et venir la tête haute dans le « forum! » C'est ainsi que Cicéron signale à Tanimadversiondes juges le chef allobroge Indutiomar et les autres députés de la Province venus pour demander justice contre Fonteius (I). — « Voici maintenant dans notre ville les gens à braies et transal- « pins ! » dit-il plus tard en déplorant la perte du sel et des saillies du vieil esprit romain (2). — « Dans le sénat, les Gaulois ont A mis bas leurs braies, ils ont pris le laticlave ! » chanson railleuse

2ui courait les rues au jour du triomphe de Jules César (3). 'était ainsi que la Province avait reçu le nom de Gaule à braies (GaUiahraccata) (i).

76. La Gaule chevelue (GaUia comata) fut, avec l'Aquitaine, la conquête de Jules César, conquête achevée en moins de sept ans (de Tan 58 à l'an 51 avant J. C), et racontée en d'immortels Commentaires. A l'aspect de ces chevelures^ de ces barbes et de ces moustaches flottantes ou liées enlongues tresses, auxquelles Fart gaulois ajoutait encore une teinte rouge, les Romains s'estimaient en pleine barbarie. Déjà, dans les temps antérieurs à César, ils s'étaient heurtés, avec des succès divers, à ces peuples chevelus, à ces habitants des parties plus reculées de la Gaule. Ils

{ys • Sagatot braccttosque. » (Gic^how, Fro FonieiOy S 14.)

(t) • la urbem nostram est infusa peregrinitas, nanc vero etîam braccatis et

TfaDialpinis nationibus. • (Lettres de Giciiioif, liv. 9, lettre 15, à Petuf , an

45 av. J. G.).

(3) c Gallos in triamphnm dncit, iidem in curiam

Galli braeeu deposnerant, latnm clavnm sumpiemnt. ■

SoiTon, Vie de J. César, S SO.

(4) GtUia Narbonentif , dans le diieonn de Claude. Tacin, Ann., Uv. il, S 14.

740 HISTOIRE, APPBNDICB I.

avaient taillé en pièces, à la journée du Rh6ne (an 121 av. J. C), les Arvernes avec leur roi Bitait et la meute de chiens amenée pour ne faire qu^un repas des légions romaines; mais les Helvètes Tigurins, sous le commandement de leur chefDivicon, les avaient fait passer sous le joug en vue du Genève (an 107 av. J. C); ^ les Helvètes Ambrons, avant de venir se faire anéantir par Ifarins aux environs d*Aix, avaient pris et saccagé les deux camps de Scipion et de Manlius, de manière à laisser échapper à peine dix soldats romains du massacre qu'ils en avaient fait (an 105 av. J. C). Les Aquitains aussi, levés pour appuyer Sertorius, avaient battu et détruit Tarmée romaine de Manilius Nepos (an 78 av. J. C), puis s'étaient retirés devant les forces de Pompée on de ses lieutenants. Arvernes, tribus Helvètes, Aquitains étaient donc venus, à des époques différentes, se mesurer contre les Romains, sur le territoire même de la Province, mais sans que les Romains eussent encore poussé au delà des limites de cette Province les engagements qui avaient eu lieu.

77. De longue date cependant, sur ces terres inconnues à leun armes, les Romains s'étaient ménagé une importante alliance. Ils y avaient décerné, par un traité, le titre d'alliés et d'amis da peuple romain à l'une des nations galliqnes, les Edues (Aatnn, Nevers, Mâcon), oui en tenait plusieurs autres sous sa clientèle et qui y disputait la suprématie.

C'est à l'inspiration et à l'entremise des Massaliotes, liés» par leur trafic suivant le cours du Rhône et de la Saône, avec ces peuples, à cette époque encore en dehors de l'action des Romains, qu'il faut attribuer ce traité d*alliance.

Les Edues jouèrent, pour les armes romaines, quand le moment de s'ingérer plus avant dans les Gaules fut venu, un rôle analogue à celui qu'avaient joué les Massaliotes pour les premières conquêtes dans la Province. Us servirent de prétexte à la gnerre contre les Allobroges, contre les Arvernes, et aux premiers coups de César contre les Helvètes (1). Us aidèrent le conquérant, contre leur propre pays, de sétoursen hommes, cavalerie surtout, et en subsistances. Cependant un parti, parmi eux, haïssait l'étranger; souvent leur appui a été cnancelant; et au temps de la lutte suprême, ils figurent au nombre des défenseurs de l'indépendance.

César trouva encore, dans le nord des Gaules, à mesure qu'il y parvint, un autre peuple qui se donna à cette alliance des Romains et qui, faisant défection à son origine kymriqoe, se mit au service de la conquête contre les tribus de sa propre race ; ce furent les Rèmes (pays de Reims), constants durant toute la guerre, dans ce rôle qu'ils avaient pris.

(1) TiTB-Livx, Epifame, Ht. 6i. — Florus, liv. 3, S 3. — J. CisiR, Guent des GauUf, Ut. i, U il et 14.

FOBMATION DB LA NATION FRANÇAISB. 741

78. L*faonHeiir des résistances les plus énergiques revient à la confédération des Belges, parmi lesquels se signalent les Nerves (Hainault), les Atrébates (Artois) et, dans la dernière campagne, les Bellovaques (Beauvoisis) ; à la confédération armoricaine, où les Venètes (Vannes) sont au premier rang; aux Carnutes (Chartres) ; et par-dessus tous, aux Arvernes, soit à cause de leur situation et de leur caractère d*hommes de montagnes, soit par suite de leur rivalité avec les Edues, soit parce que ce sont eux qui ont donné à ia guerre de défense nationale son plus illustre chef, Vercingétorix.

79. Dans les cinq premières campagnes de Jules César (de Fan 57 à Tan 52 av. J. C), les nations gauloises ont été prises en détail, d'une contrée à Fautre, sans lutte d'ensemble, tout au plus par confédérations partielles. Là se manifestent les effets désastreux du morcellement, des rivalités, des divisions ou des appréhensions intestines, et celui aussi de la défection, car presque toujours, à côté ou à la suite de ses légions d'Italie, César emploie des auxiliaires gaulois pour assujettir les Gaulois.

Dans les deux dernières campagnes (52 et 51 av. J. C.), la haine de l'étranger a réuni les tribus du nord, de l'ouest et du centre des Gaules, race kymrique et race gallique, non pas toutes encore, mais en grand nombre. Sous l'excitation, sous la direction de Vercingétorix, des contingents s'assemblent, des opérations se combinent et s'exécatent; les résolutions ni les sacrifices héroïques ne font défaut; même après le dénoument terrible de l'épopée d'Alésia et la captivité de Vercingétorix, les mêmes efforts se ravivent. Mais il était trop tard ; par le résultat des campagnes précédentes tout le pays était occupé, et, malgré les grands périls courus par Jules César et par ses lieutenants, Tassujettissement des Gaules fut définitivement consommé (an 51 av. J. C).

80. Les Aquitains n'ont pas pris part aux luttes d'ensemble et ne figurent pas au nombre des coalisés. Ils ont agi à part, se sont défendus sans ténacité ; dès la première défaite leurs différentes tribus se sont rendues au lieutenant de César (an 56 av. J. C.)» et plus tard à César, qui n'y passait qu'en courant (51 av. J. C.) (]). Cette soumission, dans les hauteurs des Pyrénées, était plus nominale que réelle.

81. La Province, même dans les tribus de race kymrique ou gallique qu'elle contenait, n*a pas bougé. Elle offrait, au besoin, un lieu de retraite ou de ravitaillement aux troupes de César ou de ses lieutenants ; elle leur fournissait des renforts, puisés surtout dans la colonie romaine de Narbonne ou dans la colonie militaire de Toulouse (2) ; les coalisés gaulois ont cherché plus d'une

(1) J. GisAR, Guerre des Gaules, Ht. 3, $$ ^0 à 27, et Ilv. 8, par Hranus, { 46. (S) Ibid,, Ut. 8, s 20 : • Ifaltis prsterea TÎris fortibus toloia, Gareasone

742 HI8T0IRB, APPEIIDICB I.

fois à faire des diversions en dirigeant contre elle leurs attaques : les Helves, les Allobroges ont alors défendu leur territoire contre les Gaulois (1). Les provinciaux étaient, non pas romanisè» encore, mais épuisés ; le temps de la lutte était fini pour eox : ils commençaient à s*accommoder à Fadministration et aux mœurt romaines.

82. Ainsi furent ouvertes et livrées à une race nouvelle, celle des Romains, à son Influence prépondérante parce qu'elle apportai! une civilisation bien plus compacte et bien plus avancée, la Gaule à braies et la Gaule chevelue, constituées en deux provinces romaines qui reçurent bientôt des empereurs d'autres divisions et d'autres dénominations, mais qui embrassaient dès lors, après la conquête de Jules César, tout le territoire des Gaules.

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