‹ Histoire de la législation romaineChapitre 83 sur 297 · JUSQU'A L'EMPIRE · texte numérisé non relu

JUSQU'A L'EMPIRE

220. Que les lois politiques changent instantanément dans un État, cela est rare; que les mœurs soient subitement métamor* phosées, c'est impossible. Un esprit superficiel pourra le croire, parce qu'il ne voit les choses que lorsqu'elles sautent aux yeux de tout le monde ; un esprit judicieux ne s'y trompera pas, parce qu'il observe les événements et calcule leur résultat.

Les Romains viennent d'obtenir un grand succès , la soumission de l'Italie ; encore un siècle, et ils en obtiendront un plus grand, la soumission de l'Afrique et de l'Asie. Gardons^nous de penser qu'après le premier ils aient toujours conservé l'austère grossièreté de Rome naissante, et que , sans transition, tout à coup après le second, ils se soient écriés : Voici des tableaux, des musiciens, de l'or, des triomphes I nous sommes riches, plus de continence; nous sommes vainqueurs, plus de force!

(1) Il ne faut pas confondre la prétexte des magistratà avec la prétexte ({de portaient les enfants aa-dessus de douze ans josquau moment où , considérés romme dioyeos, ils prenaient la toge virile.

190 HI8T0IBE. DlOXlfcllK iPOQUK. U RÉPCBUQUB, § Itl.

Ce qui iioqs reste à voir de la république me parait divisé en À^"t^ M' deu péris s Tune s*errÀte à la ruine de Carthage, de Namance, fUu^Jkfu^^de Gorintbe; l*atttre coinnieDce là et couduit jusqu'à Tempire. f\^f4^ /. /« f • Dans la première se préparent chaque jour les mœurs et les évé-

Dement» de la seixmde. Les trésors apportés par chaque nouvelle victoire 9 le nombre d'esclaves multiplié 9 l'exemple des peuples soumis, bahitueoÉ et disposent an luxe ; mais les défaites essuyées #)• o vvKx \j quelquefois» la crainte d'Annibal aux portes de Rome, retrempent les esprits et les contiennent. Alors on voit l'austérité à côté de la mollesse, des citoyens de l'ancienne Rome auprès des hommes de ia nouvelle; des censeurs font construire de magnifiques portiques pour un théâtre, «n eonsal les fait renverser; le faste s'introduit dans les vêtements et la table (1)» des lois somptuaires cherchent i l'étouffer; les rhéteurs, les philosophes stoïciens ou épicuriens répandent leurs diBcussi4Mis et leurs maximes, les décrets du Sénat les réprouvent : le succès des armes croit, la pureté des mœurs décroit, et lorsque Rome est victorieuse, elle est corrompue.

221. Voilà pour les mœurs; quanta la politique, pour moi l'histoire romaine de ces temps se résume dans ceci ; Depuis l'expulsion des rois jusqu'à la réductiea de l'Italie, aii dedans lutte pour le triomphe des patriciens ou des plébéiens ; au dehors guerre pour la soumission de l'Italie. Depuis cette soumission jusqu'à la con-

/ • :- »<*' ^ ' quête de l'Afrique et de l'Asie, au dedans les plébéiens ont triom- '/:'/j/~*' phé, plus de lutte ; au dehors, guerre pour la dominaiion géné-

rale. Depuis cette domination jusqu'à Teitinction delà république, au dehors Rome commande, plus de guerre importante; au dedans guerres civiles pour un général , un consul , un dictatenr. Le motif des guerres est le choc , les haines des ambitieux : où doit conduire ce système? Au triomphe de l'un d'eux, c*est-à>dire à Tempire. Voyons en détail ces événements , dont nous venons d'indiquer les sources.

222. (An 488.) Une fois Tltalie attachée à Rome, les relations commerciales s'étendirent; alors affluèrent dans la ville une multitude d'étrangers : ils y venaient comoie dans leur métropole

(1) On voil pour la première fois, Taa 461 , les conviret se coucher sar «o lift, conune let Grect,

fftfiTiUtt riitoa. 191

«xifcer les arts mèctMipies et les profestioofl meicantibs ipie le

«itoytn dédaignait; ils apportaient aiec e«x de nouieaax objets»

de Boiifeau besoins^ de noa veaux contrats, de nouielies eontes-

tations. C'est à cette époque qu'il faut rapporter, sans ancuti

doute, ene BMgistratnre nouvelle, celle du préteur des étrangers

ifrmtar peregrmuê). L'époque de sa création se place, sur le

témoignage d'an passage de Lydns, à l'an 507 de Rome (1). Il ^^C^ Sù)

avait la juridiction dans les rapports des étrangers entre ena on ^/^

avec les Remains {plerumque inier peregrinas ju$ éUeebûi/ inter

ctVes et peregrinoê ju$ di^hat)* U appliquait à ces étrangers

non les règles dn droit civil , c'est-i^dire dn droit propre aux

seub citoyens, mais celles du droit des gens^ c'esl-ànlire do

droit applicable à tous les hommes*

La dignité du préteur urbain était honorifiquement supérieure à celle du préteur des étrangers; ainsi le préteur urbain avait des licteurs, taudis que Tautre n'en avait pas (2); mais ils pouvaient, an besoin, se suppléer Tun Tautre.

223. (De 490 à 606.) Lltalie sonmise, les armes romaines ^^0^(c\t^ se portèrent au dehors. Quelle était alors la situation des antres ^ i / contrées? En Europe : dans le nord, les Gaules et la Germanie ^ . " l à peu près inconnues; dans les alentours de lltalie^ l'Ulyrie^ ' "^ '' ^ ^ anx habitants indigènes, la Sicile aux Carthaginois et aux rois ^ ^ de Syracuse, la Sardaigne et les iles de la Méditerranée pour la plupart aux Carthaginois; la Macédoine anx successeurs d* Alexandre; la Grèce, dont les villes formaient une espèce de ligue; enfin, d'un autre c6té, TEspagne aux Carthaginois sur le littoral , dans l'intérieur des terres aux indigènes. Su Afrique :

l'^-ii f f\

(t) Cet! fm^Mtanmmi k la crétiisii éuprmiarpêngHtuu ^fom PoopoMus place celle de qodqoes autres magistratvee, teUet q«e : lat inkmt» du Irétor {irikmi mrarii)^ prépeeée à k eoniptabiliié êiè^Êé Ja eimreilUuice des q«eeteun; les trimeinn ém moanaiet {trmimn WÊemHmlfty^ disrgét ds âûre hatire âea ilifcnes fièeee de cuivre, 4'er m d^argest («rtf» mt§Êmli, WÊri,flaimm)i les triumvirs capitani (triumciri capitales)^ qui devaient survedler les peîseas(^ eeranv emÊediem kakfrmd) et qui avaient peuMare aosaî quelque joridictloa «rieiiiieJle; «fta ks cinq offidsis (^*ef»mri ) cvéés peur rsiaplawir, par leur pftidaat la ■ait, iss magkttata qui^ après le ooocfaar du saleil , no plus au pullie jeSéSai do caïastéffe de lauv digoila ifim., 1 1 1, 1/e orig.jur.. S, gj 80 etêi £. Ftonp.).

192 HISTOIRE. D&UXIEUB iPOQUfi. LA BÉPUBLIQUE, § IH.

les Carthaginois , les Numides , les Égyptiens. En Asie : Tempire

^'tt CUtct. d'Alexandre, distribué de nouveau en divers royaumes. Sur ce

*^ tableau il est aisé de voir que les Carthaginois, ayant le pouvoir

^:fL le plus étendu parmi les nations d'alors, touchant à Tltaiie par

'"^y^^^^^ divers points, durent s'offrir les premiers pour rivaui. Le roi de

Syracuse implore contre Carthage le secours des Romains; ces

derniers saisissent l'occasion, la lutte commence en Sicile. Elle

embrasse l'espace de plus d'un siècle, et ne cesse qu*à la ruine

de Carthage. Les années de repos que se laissèrent les deux villes

ennemies décomposent cette lutte en trois guerres puniques (1).

De nouveaux spectacles apparaissent dans l'histoire des Romains;

les noms de flottes, de vaisseaux, de tempêtes, de naufrages, se

mêlent au récit de leurs défaites et de leurs victoires. L'issue de

^if (1) La première guerre puniqae comprend depuis Tonnée 490 jusqu'à 513.

a f ^ n. ^^ j.^^ ^^^ ^^g Régulus conduisit les légions auprès de Carthage, où elles furent

/ détruites par Xanthippe, général emprunté à Lacédémone. La fermeté magna-

nime du Romain prisonnier, et député vers Rome, sera longtemps citée pour exemple. La guerre fut terôunée, après vingt-quatre ans, par un combat naval où les Carthaginois ^lerdirent plus de cent vaisseaux, et à la suite duquel ils accédèrent aux conditions qu'imposaient les Romains.

Entre la première et la deuxième guerre punique il y eut un intervalle de vingt-trois années, pendant lequel une grande partie de l'Illyrie fut soumise, et les Gaulois apparus de nouveau à quelques journées de Rome furent de non* veau taillés en pièces.

/^ La deuxième guerre punique eonounence en 536 , et se termine en 558. Le

passage d'Annibal à travers l'Espagne et la Gaule pour descendre tout à coup sur l'Italie , les funestes échecs éprouvés par les Romains jusqu'à la bataille de Cannes , l'apparition de généraux tels que Scipion le premier Africain, la diver» sion qu'il opère en se transportant en Afrique : tout cela jette sur ce passage de l'histoire romaine une vivacité et un intérêt toujours croissants. La guerre se termina par la bataille de Zama , où luttait Annibal contre Scipion s ce dernier fut vainqueur, et Carthage reçut de Rome un traité plus dur encore que celui dont elle avait voulu secouer le joug.

Cinquante et un ans s'écoulèrent entre la deuxième et la troisième guerre punique ; pendant ce temps s'élevèrent k première et la deuxième guerre me* cédonique, dans lesquelles furent vaincus : Philippe dans la première, son fils Persée dans la seconde.

La troisième guerre punique s'alluma en 004, et s'éteignit en 608 par larnine et la destruction de Carthage sous les coups de Scipion , petit-fils du premier Africain , et surnommé le deuxième Africain. La même année se termina aussi la troisième guerre mscédoaique; Corinthe fut détruite dans la Grèoe^ Nomaoee en Espagne , et l'Asie Mineure fut en partie subjuguée*

tTABUSSEIIBVT DES PEOYIVGBfl. 193

chacune des trois guerres puniques leur fut avantageuse : ils ne

posent les armes que lorsqu'ils peuvent dicter les conditions. La

première guerre leur laissa la Sicile; la seconde, la Sicile» la

Sardaigne et TEspagne; la troisième , la Sicile, la Sardaigne,

FEspagne et les possessions de Carthage en Afrique. Dans Tinter-

valle qui sépare les guerres puniques, tandis que les Carthaginois

se reposaient, les Romains avaient repoussé les Gaulois, pris la

Gaule cisalpine, soumis miyrie jusqu'au Danube, paru dans la ^

Grèce. A côté des trois guerres puniques, se présentent comme Ç/lr^o^^tuf -

des épisodes les trois guerres macédoniques, qui finissent par

abandonner aui Romains la Macédoine , contre laquelle ils avaient

pris les armes, et la Grèce, pour laquelle ils les avaient prises; \ .u^.^i. ' cf

enfin , les guerres en Asie contre Antiochus leur donnent TAsie^^^. 9tUÀM/X.

llinenre, à laquelle touche la Grèce. Toutes ces conquêtes

s'achevèrent dans la même année : alors il ne resta plus de libres

du joug romain que les contrées les plus éloignées et les moins

connues, les Gaules transalpines, la Germanie, TÉgypte, tout le

fond de TAsie, les Thraces, les Parthes,.les Indiens.

324. Dans cet espace de plus d'un siècle , rempli par les guerres que Rome soutient pour étendre sa domination, quel- f . «^^ ques institutions relatives au droit sont à remarquer : l'établisse- i^ ( . .< < r .^ ^ ment des provinces, l'augmentation du nombre des préteurs, la création des proconsuls et des propréteurs, quelques autres magistrats, les consultations publiques des |Hnidents, enfin l'abolition des actions de la loi.

4i. Établisfenieiit dès provîncef.

225. Quelques-uns des pays nouveaux furent attachés au système politique de Rome par des traités d'alliance, mais la plupart forent réduits à la qualité de provinces (1) ; de ce nombre sont la SicUe (A. de R. 513), la Sardaigne (A. 526), la Gaule cisalpine, rniyrie, l'Espagne, l'Afrique carthaginoise (A. 608). Les provinces furent enchaînées sous la domination directe de Rome,

(i) Fbstos, dans son sbréviatenr Pmd, au mot Promndœ : ê Provincias «ppelUntnr, quod popolus Romanns eas providt, îd est ante vicit. b A cette étymologie tant soit peu équivoque, Ntebubr eu substitue nue autre qui ne Test pM moins, n (ait venir le mot de proomitui^ à cause du triimt on revenu tiré des provinees.

Ton I. i3

194 HISTOUE. DlUUfcn iPOQUB. Là EftPlIBUQUB, § III.

gouiernées par des magistrats romains , suivant la loi , plébiscite

ou sènato»«consDlte , qui avait réglé leur état (/artmUa provàh'

'\^ir' ^ cfl ^^)' C*^^^^ ^^ principe du droit de conquête ches les Romains,

*K ;| ^(U-^jif <]u® 1^ propriété du sol provincial , même pour la portion dont on

/>\A;cv^(i&4^ '^ jouissance aux anciens détenteurs, passait an peuple

I romain. Les détenteurs en étaient donc , non pas des propriétaires,

mais seulement des possesseurs^ et pour prix de cette possession

qui leur était laissée , comme droit de ce domaine supérieur retenu

en principe par TÉtat, le sol était soumis à une redevance on sorte

de tribut annuel (veetigal). Outre cet impôt foncier résultant de

la condition du sol provincial, les habitants étaient assujettis à un

impôt personnel à répartir entre eux. Ils étaient, non pas des

citoyens, mais des sujets, des tributaires.

226. Du reste, il y avait entre les diverses provinces des diffé- /(^'^{.Vt^wrences, suivant la loi accordée à chacune d'elles. Il y en avait ~jl{, //,.t^ aussi, toujours suivant les concessions plus on moins favorables,

entre les villes ou les localités d'une même province. Des colonies, soit romaines, soit latines, y furent fondées; des villes libres y furent reconnues, érigées en municipes, se gouvernant ellesmêmes , avec une participation plus ou moins large , soit pour les . habitants, soit pour le territoire, aux droits de cité romaine ; des

^^ f ^^ préfectures, dans lesquelles la justice était administrée par on ^ préfet envoyé de Rome. Il faut se reporter pour ces conditions des cités à ce que nous avons dit ci-dessus, n** 186 et sniv. Tout sol qui avait reçu le privilège de la propriété quiritaire (daminimn ex jure Quiritium) échappait par cela même k la condition du sol provincial ; les propriétaires en avaient une véritable propriété et pouvaient en disposer suivant la loi romaine, d*o(i la conséquence qu'ils n'étaient pas assujettis au veetigal ou redevance annuelle assise sur le sol provincial.

Toute la province était sans doute sous la surveillance générale du gouverneur romain; mais tandis «pie les colonies, villes libres ou municipes, s'administraient elles-mêmes, les villes et toutes les localités sujettes étaient sous son autorité.

M. Aagmeiitation du nombre des préteurs.

^^Xc^\\K^:4 S27. Les provinces furent d*abord administrées par des magist ^\ i trats que les comices de Rome nommaient spécialement pour cet

PAOCONSULS. 195

emploi. Ces magistrats prirent le nom de prêteurs : ce fat ainsi qu'en 527, outre les deux préteurs de Rome, on en créa deux nouveaux, Tun pour la Sicile, l'autre pour la Sardaigne ; en 557, /. ^ ^ ^ deux pour l'Espagne, qu'on avait divisée en deux gouvernements. X\^t^\ v D y avait donc alors six préteurs, dont quatre pour les provinces ; ^ mais le nombre de ces provinces s'étant accru , on adopta pour ; leur administration un antre système. Cette administration fui />./t^((.-^'i' «A confiée aux consuls et aux préteurs qui sortaient de charge; leurs /i^'^^vuv^^ii fonctions expiraient à Rome, ils allaient les continuer dans lenr'^^^^'^^ *^^ gouvernement sons le titre de proconsuls ou proprétenrs {jpro coMule, pro prœtore). Quant aux quatre préteurs créés primitivement pour les provinces, ils commencèrent à rester une année à Rome, où, sans avoir une juridiction spéciale « ils aidaient leurs collègues dans l'administration de la justice.

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