LES ARTISANS
A côlé (lu labeur agricole , rendant les hommes nécessaires à la société, pour obtenir les mêmes fins avec le temps, seplacèrent le travail inlcllectuel et Thabileté manuelle.
En créant des écoles, surtout des écoles populaires, Charlemagne contribua h Témancipation des classes inférieures, au dé\eloppernent des classes moyennes, à Télévation des unes et des autres.
Suivant ce prince, les nobles négligeaient l'étude /les lettres, s'adonnaient au jeu, à la paresse, à la débauche ou à des exercices frivoles, tandis que le clergé s'instruisait de manière à pouvoir s'occuper de plus en plus des affaires politiques.
Par la dilTusion des connaissances, on prépara, dans une certaine mesure, les voies qui conduisent à la liberté, à Tégalilé, à la fraternité; on commença du moins à débrouiller le chaos intellectuel dans lequel se trouvait la société franque.
Les bienfaits de rinslruclion, très rudimentaire encore, ten* dirent à relever le niveau moral des populations.
(I) Cartulairc deVaibaye de Marmoiititrs.
Assurément, les Clément le Scott, les Pierre de Pise, TAnglo- Saxon Alcuin, les Eginhard, et plusieurs autres lettrés et savants, travaillèrent à donner un contre-poids à Tépée, à opposer les célébrités de Tintelligence à celles de la force brutale. •
Il s'opéra une sorte de renaissance, malheureusement trop hâtive pour Tépoque, mais posant des jalons pour Tavenir de la civilisation. Les lettrés et les savants, moines ou laïques, eurent des imitateurs à différents degrés; de leur sein devaient sortir tôt ou tard plus d'un initiateur de nouveautés scientifiques, religieuses, politiques ou sociales.
Par des dispositions relatives au travail manuel, de même on améliora quelque peu le sort de l'ouvrier des villes. Si Ton ne servait pas la cause de la liberté, puisque le travail ne s'émancipa que fort tard, si Ton ne faisait rien dans le sens de Tégalité, on rendait pratique pour beaucoup de gens le principe de fraternité, toujours prêché par TÉglise, mais jusqu'alors inobservé.
Charlemagne restaura des collèges d'artisans ; il maintint ces associations partout où il en trouva des vestiges. Il enjoignit aux comtes de faire compléter les collèges de boulangers (1), et confirma l'existence de collèges d'orfèvres-monnayeurs (2).
Avec les nouvelles voies de communication, les associations <lc marchands reprirent un peu de vie, en exerçant un monopole dans la circonscription que chacune s'était réservée, et probablement sous la surveillance d'un officier du palais.
L'administration impériale n'oubliait pas les métiers, qu'elle réglementait quelquefois, qu'elle maintenait toujours dépendants <le l'Empereur.
A Charlemagne remonte l'interdiction de travailler de nuit, qui se rattachait peut-être à la loi de police connue plus tard sous le nom de « couvre-feu ».
(1) CapiluL an 800.
(2) CapUul. de Pistes, 804.
i08 UISTOIRE DE LA LIBERTÉ EN FRANCE.
Charleniagnc, dans ses Capittil aires ^ renvoyait devant les juge» séculiers les Francs qui ne payaient pas ]a dime ecclésiastique. C'était augmenter considérablement le temporel des paroisses^ faire au clergé une grande concession aux dépens des laïques.
A la fin des Carlovingicns, le clergé profita de ses avantages intellectuels autant que de ses richesses accrues, pour marcher à la conquête du pouvoir effectif sous les rois. Il dépouilla les grands de leur influence, et prit la puissance législative. On put dire : «L'État, c'est l'Église. »
La noblesse, essentiellement guerrière, forma un faisceau de forces matérielles dont elle menaça souvent les rois de la troisième race. Quelques évéqucs l'imitèrent, pour dominer, eux aussi.
Voyons, dans le chapitre suivant, ce que la liberté, en général, gagna aux violences de la féodalité, aux abus de la puissance militaire, comme à ceux de la puissance épiscopale.