DU MANS
Aucune (lato précise, pour le commencement de la révolution (les communes. lj\ seconde moitié du dixième siècle en vit éclater les premiers mouvements.
Ici, Ton sï'tait insurgé contre Tautorité épiscopali!, là, on avait voulu s*opposer ù l^exercice de droits féodaux Irop vexatoires.
Les bourgeois de Cambrai, depuis longtemps en guerre ouverte contre les évêques, mirent à profit l'absence d'un d'entre eux (957), parti pour la cour de l'empereur d'Allemagne. Ils se liguèrent, firent serment de ne pas laisser rentrer le prélat dans la ville, dont ils fermèrent les portes et gardèrent les murailles.
Voyant prospérer à côté d*eux les communes flamandes, ils étaient tentés de les imiter.
L'évéque apprit la détermination des bourgeois et ne se présenta devant (lambrai qu'avec un bon nombre de soldats allemands et flamands, fournis par TEmpereur.
A la vue de ces troupes, prêtes à réduire la ville, les Cambrésiens ne songèrent pas h résister; mais, par prudence, ils reçurent leur évéque, en se prcunettanl bien de recommencer, pendant que le protégé de Tempereur d'Allemagne remettait sa vengeance à une épo^iue opportune.
L'association des (lambrésiens fut dissoute, et les soldats allemands frappèrent sans pitié les bourgeois. Pour ceux-ci, les égbses mûmes irétaieni pas des asiles inviolables. Quiconque devenait prisonnier avait les mains ou les pieds coupés, les yeux crevés; ou bien le bourreau lui marquait le front d'un fer rouge (I).
(!) Balderici chronic.^ Uec. des fJist. de France, t. VIU, p. 281.
EN FRANCE. loi
IMiis tard, en 997, les paysans de la Normandie, cultivateurs et villains, lassés ou irrités de leur pénible condition, se rassemblèrent en plusieurs conventicules. Ils délibérèrent, résolus « unanimement de vivre à leur gré et de se gouverner suivant leurs propres lois, sans s'embarrasser des droits établis sur l'usage des eaux et forets. El pour que ces conventions lussent confirmées, chaque réunion de ce peuple furieux élut deux envoyés qui devaient se former en assemblée tenue au milieu des terres (1). »
L'assemblée, générale et centrale, organisa des discussions, prit des résolutions, fit des serments de résistance. Les manants et les serfs, réunis, se disaient :
« Les seigneurs ne font que du mal ; chaque jour on prend nos botes pour les corvées, puis ce sont les justices, des procès et des réclamations sans fin... Nous n'avons contre eux aucune garantie, et nul pacte ne tient avec eux... Pourquoi nous laisser traiter ainsi? Ne sommes-nous pas des hommes comme eux? Levons-nous donc, jurons de leur résister, et nous ferons ensuite notre volonté dans les champs et dans les bois... » Mais Raoul, comte d'Évreux, fut averti de ces projets par des espions. Richard II, « le Bon », duc de Normandie, envoya quelques chevaliers contre les insurgés. Plusieurs paysans et tous les députés furent faits prisonniers. Aux uns on arracha les dents ou les yeux, on coupa les poings, on brûla les jarrets. On empala les autres. On ordonna de cuire à petit feu ceux-ci, d'arroser ceux-là de plomb fondu. Les malheureux qui survécurent à ces tourments, furent renvoyés ainsi à leurs familles, « afin que leur supplice détournât le reste de pareilles entreprises (2). »
Épouvantés, les paysans renoncèrent à leurs assemblées.
(1) Guillaume do Jumièges, Hist, des Sormnnds, Uv. V, ch. u. Coll. Guizot ; Robert Woce, Roman de Rou,
(2) /rf., ibid.
Chacun creux s*cmpressa de retourner à la charrue. Les plus riches furent taxés à de fortes sommes.
Cette révolte, si l)arbarement étouflec, n'empêcha pas les paysans bretons de se soulever (1024) en masse contre leurs seigneurs, de tuer beaucoup de nobles, d'incendier un grand nombre de châteaux. Hien du sang coula, avant qu^ils ne fussent réduits.
Le M;iin(% territoire que Guillaume le Bâtard avait conquis, s^affraiicliit de la doniiiuitiou de ce duc, pendant son expédition en Angleterre.
Par haine de TAnjou, le comte du Maine, Herbert, surnommé Kveille-Chien, avait reconnu Guillaume pour suzerain. .Mais les Manceaux étaient mécontents de leur sort. Us s'emparèrent des châteaux occupés par les soldats normands, entrèrent (l;uis la citadelle du Mans, exercèrent quelques représailles contre les honmies d*arnies du duc de Normandie, restituèrent le Maine à ses seigneurs nationaux, le rendirent indépendant.
Cette expédition patriotique donna des idées politiques aux bourgeois du Mans. Leur triomphe sur la tyrannie étrangère les porta à se roiclir contre les vexations intérieures^ jusquelà par eux tolérées.
La grande jeunesse de leur comte offrait des chances favorables. L^occasion ne tarda pas. On leur imposa une taille assez lourde, et ils se révoltèrent, se formèrent en association jurée, en couunune (1) à laquelle le comte et son tuteur, révéqne et les nobles Manceaux prêtèrent aussi serment. Des seigneurs voisins ayant refusé de reconnaître les nouvelles institutions de la ville, les bourgeois attaquèrent leurs châteaux, les traitèrent cruellement et les forcèrent à se rendre (2).
De cett(î manière, la commune du Mans fut fondée.
Cependant cette victoire, entachée de violences, n*aboutit &
(I) Gcsla ponl'fiC. cefioman., /.Vc desUUt.de France, t. XU, p. 510.
EN FRANCE. lî>3
rien de définitif. Les bourgeois avaient montré une sauvage énergie. Ils ne craignaient pas de se battre pendant le carême ■et la semaine sainte, chose encore plus grave, d'apfès lesidées du temps, que d'attacher au gibet leurs ennemk, sans* jugement et sans distinction de rangs, ainsi qu'ils avaient coutume de faire.
Bientôt (1073) Guillaume le Bâtard, surnommé aussi « le Cotiquérant », songea à recouvrer la possession du Maine, lui qui venait de vaincre une formidable insurrection saxonne.
Il passa le détroit et s'avança, avec des bandes armées de race anglaise, contre les Manceaux communiers. Ces bandes arrachèrent les vignes du pays, en coupèrent les arbres, en pillèrent les habitations, en brûlèrent les hameaux, commirent de telles rapines que les bourgeois effrayés apportèrent les •clefs de leur ville à Guillaume, l'acceptèrent par serment pour souverain légitime, et reçurent de lui l'assurance qu'ils conserveraient leurs anciennes franchises municipales (1).
En plusieurs endroits, ces franchises furent respectées par les seigneurs les plus renommés pour leur audace guerrière. En 1087, on inhuma Guillaume le Conquérant à Caen. La messe étant terminée, comme on s'apprêtait à descendre le •corps du défunt dans sa sépulture, un homme poussa soudain le cri de haro! et dit aux assistants étonnés :
<c Clercs, évêques, sur cette terre où vous êtes s'élevait la maison de mon père ; celui pour l'âme de qui vous priez me l'a prise de force pour y bâtir son église. Je réclame cette ierre, que je n'ai ni vendue, ni engagée, ni perdue par suite <le haute trahison, ni donnée. Au nom de Dieu, je défends que l'on couvre de ma glèbe le corps du spoliateur! »
Chacun reconnut le droit de cet homme, qui cessa de s'opposer è l'inhumation, parce que les cvéques lui payèrent soixante sous pour le lieu de la sépulture, et lui promirent un dédom-
(1) Gesta pontifie, cenoman., Rec. des Bist, de France^ t. XII, p. SU.
lo4 HISTOIRE DE LA LIBERTÉ
ningemont pour toullc terrain que Guillaume lui avait arraché. Un pareil fait indique la ferme volonlé, chez quelques bour- *gcois, lie ne pas abandonner à la noblesse ou au clergé une parcelle de leurs droits.