ET A SAINT-QUENTIN
Déjà lu commune du Mans, — dont le sceau qui se trouve aujourd'hui dans le musée de Uoucn représente une foule de têtes placées dans un même champ, — avait cessé d^exister, probablement, lorsque celle de Cambrai s'établit.
Le désir de former une commune tourmentait depuis longtemps les Cambrésicns. Il demeura sans effet jusqu'à 1024» année où une nouvelle conjuration chassa de Cambrai les chanoines et les clercs de Téglise, démolit leurs maisons, emprisonna les plus détestés d'entre eux.
Le succès ne couronna pas plus les efforts des Cambrésiens qu'en 957. Une armée de l'Empereur restaura Tordre de choses cpiscopal. Ce fut partie remise.
En 106i, nouvelle insurrection, emprisonnement de Tévéque Liébert, et prompt rétablissement de la seigneurie ecclésiastique par trois armées qu'envoyèrent TErapercur, le comte de Flandre et la comtesse de Ilainaut.
Douze ans après, une quatrième insuirection des bourgeois de Cambrai eut pour résultat une « commune »^ par eux jurée en Tabsence de leur évé(|uc Gérard, neveu de Liébert. Ils avaient décidé que « si Tévéque n'octroyait celte commune, ils lui défendraient rentrée en la cité » (1).
Cette commune, un grand nombre de chevaliers la défirent par la force, et les bourgeois « jurèrent désormais féauté à révoque ».
(I) Chron. de Cambrai ^ Rec. tfes Ilisi. de Frannet t. XIII, p. 47G et 477.
Loin de se laisser aller au découragement, les Cambrésiens recommencent leur travail d'affranchissement, avec Taide du comte de Flandre. Mais l'œuvre est détruite en 1107 par Tempcreur d'Allemagne, qui « défit la charte de la commune », et ordonna aux bourgeois de jurer « que jamais autre ne feroient » (1).
Vers 1125, néanmoins, la commune de Cambrai se « refit », organisant d'une manière remarquable les franchises de la ville. L'évêque ou l'Empereur ne peuvent imposer de taxe, exiger un tribut, faire sortir la milice cambrésienne, à moins qu'il no s'agisse de défendre la cité. Encore- faut-il, dans ce cas, que les bourgeois ne soient pas éloignés de leurs maisons plus d'une journée.
Un corps électif de magistrature, dont les vingt-quatre membres, dits « jurés », se réunissent chaque jour dans la « Maison de jugement » ou Hôtel de ville, se partagent les affaires de l'administration et de la justice.
Tout juré doit entretenir un valet et un cheval constamment sellé, pour être prêt à vaquer sans le moindre retard aux devoirs de sa charge (2). Il revêt la cotte de mailles, lève la bannière communale contre les comtes et les chevaliers, brave Texcommunicalion épiscopale, et fait preuve de persévérante énergie.
Aussi, malgré deux abolitions de la commune de Cambrai, en 1138 et en 1180, les jurés reprennent leurs fonctions, pour les continuer jusqu'au milieu du quatorzième siècle, en guerroyant contre leurs évoques toujours disposés à renverser cette constitution achetée par tant de sacrifices, en les forçant parfois à quitter Cambrai et à chercher un refuge dans Valenciennes(3).
Comment se passèrent les choses à Beauvais, à Noyon et à Saint-Quentin, dont les habitants suivirent l'exemple donné par les Manceaux et les Cambrésiens ?
(I) Ckron. de Cambrai.
(?) Histoire de Cambrai, p. 100.
(:i) Id, p. 294 et suiv.
Dans In première de ces villes, la commune se constitua à la suite d'une conjuration tumultueuse (1); puis, les bourgeois de Beauvais exigèrent de leur évèque qu'il promit par serment de respecter la constitution nouvelle de la ville. Tous les hommes ayant domicile dans Tenceinte des murs ou dans les faubourgs, prêtèrent le même serment.
Selon les principaux articles de la charte de Beauvais, la commune élisait treize pairs, parmi lesquels un ou deux étaient créés « majeurs », et juraient d'agir avec la plus stricte équité. -
De leur côté, tous les membres de la commune '^ fraient d'obéir et de prêter main-forte aux décisions des majors et des pairs, sous peine d'emprisonnement et de conGscation des biens du coupable. Si celui-ci cherchait refuge dans un château fort, le châtelain devait donner satisfaction aux gens de Beauvais; ou bien, les habitants pouvaient se faire justice sur ses biens et ses hommes.
Les majeurs et les pairs, agissant en magistrats vis-à-vis des marchands étrangers, décidaient de la valeur de leurs plaintes. Le corps des bourgeois, allant hors de la ville contre ses enne* mis, ne pouvait parlementer sans la permission du majeur et des pairs (2).
A Noyon, depuis longtemps les mésintelligences étaient continuelles entre le clergé et les bourgeois. Les réconciliations, les « paix faites » (3), n'avaient aucune stabilité.
Baudri de Sarchainville, évèque de la ville, convoqua de son plein gré les clercs, les chevaliers, les commerçants et les artisans de Noyon, et leur présenta, comme pacte d^alliance, une charte (1108) établissant des magistrats jurés, sous lesquels les bourgeois devaient vivre en association perpétuelle.
(1) Rec. des Hist. de France^ i. XV, p. 105.
(2) Oidonn, des rois de France, t. VII, p. 6Î2.
(3) Annales de l'Église de Noyon, t. II, p. 805.
EN FRANCE. ioT
Les membres de la commune entrèrent dan» rassociation ea présence des jurés; donnèrent une somme d'argent, qui devait être employée pour l'utilité de la ville ; marchèrent à la défense de la commune, quand la commune était violée, à moins qu'ils ne prouvassent le cas d'infirmité, de maladie ou de pauvreté extrême; vengèrent, enfin, tout individu blessé ou tué sur le territoire de la commune (1).
Comme compensation, ils eurent l'entière propriété de leurs droits, et ne purent être traduits en justice que devant leurs magistrats municipaux.
Évêque et habitants de tout état jurèrent la charte de Noyon, que Louis VI « corrobora », en l'approuvant, en y apposant le grand sceau de la couronne.
Nous arrivons maintenant à la charte de Saint-Quentin, ville dont le comte Raoul s'exprimait ainsi :
« Sauf notre droit et notre honneur, sauf les droits de l'égUse de Saint-Quentin et des autres églises, sauf le droit de nos hommes libres, et aussi sauf les libertés par nous antérieurement octroyées à ladite commune, nous avons octroyé cette charte... »
Le comte Raoul cédait à la force des choses. Il reconnut à la commune le droit d'abattre les châteaux des seigneurs qui voudraient lui nuire. Si quelque ennemi trop puissant la menaçait, le comte s'engageait à prêter secours aux bourgeois pour arrêter ces entreprises. Il ne devait ni refondre la monnaie, ni en fabriquer de neuve, sans le consentement du majeur et des jurés.
Ces magistrats de la commune pouvaient fortifier Saint- Quentin partout où ils le jugeraient convenable, et sur quelque seigneurie que ce fut. Enfin, les hommes de la ville pouvaient moudre leur blé et cuire leur pain partout où ils voudraient (2).
Assurément, les franchises de Beauvais, de Noyon et de
(1) Ordonn. des rois de France, t. XI, p. 224.
(2) Ordonn, des rois de France, t. XI, p. 210.
i:;8 HISTOIRE DE L\ LIBERTÉ
Saint-Quentin devaient tenter d'autres cités voisines. La traînée de poudre s'enflamma.
V. — COMML'NE DE LAO\ ; PÉRIPÉTIES; RÔLE DE LOUIS VI. ÉTAULISSEMENTS DE PAIX. RÔLE DE LOUIS VII, DE PUILIPPE -AUGUSTE