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GRAVES ÉMEUTES

Le nom de communes se rencontre bien moins souvent dans les cités du midi que dans celles du nord. Mais, sous ce nom ou sous un autre, beaucoup de villes méridionales firent renouve-

(1} Êdit do 13IÔ.

1er d'anciens privilèges et reconnaître les libertés qu'elles possédaient depuis TEmpire romain.

D'après le droit municipal, à cette époque, les habitants de la cité choisissaient les magistrats destinés à administrer les affaires locales et à surveiller les intérêts communs.

Les deux premières dynasties de nos rois conservèrent ce droit, que la troisième reconnut expressément.

Donc, la liberté gallo-romaine ou germanique précéda la liberté d'octroi royal ; la municipalité des Romains exista avant les franchises communales. La royauté capétienne ne créa des « citoyens », — ne pas prendre cette expression dans son sens moderne, — qu'avec des germes qu'elle trouvait dans le passé. Le peuple avait en lui-même de quoi conquérir sa liberté, soit qu'il s'inspiiût du droit municipal romain, soit qu'il cherchât ù continuer les antiques associations germaines.

Cependant, l'oppression et les exigences des grands augmentèrent à un tel point, sous le régime féodal, qu'une organisation comme celle du droit municipal ne pouvait suffire. 11 fallut recourir au roi pour avoir une organisation plus forte et une législation spéciale; il fallut renouveler en quelque sorte les institutions du passé.

Dans les villes où l'autorité municipale ne suffisait pas, des communes se fondèrent: dans celles qui possédaient de réelles franchises, il n'y eut pas lieu d\Hablir la charte communale.

Le privilège de commune n'avait pas besoin d'être ajouté au droit municipal; mais il ne. pouvait, lui, se passer de ce droit. Aussi remarque(-on que la plupart des villes de France, notamment Paris, n'ont jamais eu de chartes de communes.

Ouelques-unes ajoutèrent de nouvelles concessions aux anciennes. Les autres commencèrent seulement à obtenir des franchises pendant le douzième siècle. Ici se trouvaient des villes libres, les « républiques provençales », s'alliant, comme Grasse, par exemple, avec les républiques d'Italie (1179), et demeurées à peu près ce qu elles étaieut au cinquième siècle.

Là, des villes communales proprement dilcs faisaient leurs insurrections, obtenaient des franchises par la force, et, revendiquant la liberté, comptaient à leur tête Monlauban.

Elles comprenaient plusieurs localités moins importantes : Saint-Nicolas, obtenant une commune (H35) de l'abbé de Moissac (1); Clermonl, constituant une commune ou « université », avec la permission du comte Guy II; Bagnères, se faisant accorder par le comte Centule III des franchises et coutumes, ainsi que la faculté de se choisir des juge annuels.

Au midi, simultanément ou successivement, s'établit le consulat, à Arles et à Béziers (1131).

Celui de Montpellier, fondé en 1141, puis renversé, revécut après soixante années. Guilhem, seigneur de Montpellier, ayant attenté aux privilèges des bourgeois, fut chassé par les consuls et ne rentra dans sa ville qu'après avoir juré de se mieux conduire.

Le consulat fut institué à Nîmes, à Narbonne, à Toulouse, à Perpignan, à Grasse, à Tarascon, à Aix, à Vienne, etc., dans la seconde moitié du douzième siècle.

A Toulouse, outre les consuls, à qui Philippe le Bel attribua la connaissance des crimes commis dans leurs ville, faubourgs et viguerie, et qui furent exemptés de la torture, eux et leurs enfants (2), on voyait des « capitouls », magistrats municipaux tirant leur nom du a capitole », hôtel de ville où ils se réunissaient, et administrant des quartiers appelés « capitoulats ». La dignité de capitoul était si recherchée qu'un proverbe méridional ne tarda pas à dire :

Cil de noblesse a grand titoul (titre) Qui de Toulouse est capitoul.

Les magistrats municipaux de plusieurs villes se nommaient

(1) Gallia Christiana^ t. loc, Instrumenta, p. 165.

(2) Ordonn. des rois de France, t. !«', p. 392, 397 et 553.

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'( Jurais » ou Jurés » (1). On désigna ainsi ceux de Bordeaux^ de La Iloclielle et de Dijon, parce qu'ils avaient prêté serment.

Sans aucun doule, les fors ou fueros du Béara suppléaient à la loi romaine, dans les cas non décidés par elle» a nommément en ce qui regardait les droits de vassclage et de seigneurie inconnus au temps de l'Empire » (2). En 1213, on établit douze « jurats perpétuels en la cour majour du Béarn », pour contrebalancer Taulorilé du vicomte. Précédemment (1170), les Béarnais avaient déposé la vicomtesse Marie, qui avait fait hommage au roi (KAragon. Réunie ù Pau, la cour majour choisit successivement deux autres seigneurs, qui furent tués parce qu'il» portaient atteinte aux privilèges du Béarn.

Entre les seigneurs et les bourgeois, dans les villes du midi^ les luttes Turent parfois aussi tragiques que celles dont nous avons parlé, à propos des communes du nord.

Lors d'un choc sanglant entre les bourgeois du Puy«-Saint- Front et la cité de Périgueux, un chevalier de haute naissance périt frappé par un bourgeois, Pierre Vivota, lequel tomba sousles coups du fils de sa victime.

Le (ils de Pierre Vivota, à son four, tira vengeance du meurtrier de son père en lui abattant la léte (3).

Peu après, les bourgeois deliéziers massacrèrent dans Téglise de Sainte-Madeleine le vicomte Raymond-Trencavel, qui leur avait dénié la justice (1 1 octobre 1 107). Roger, fils de Raymond, accompagné de chevaliers et de mercenaires aragonnais, vînt assiéger la ville. Il lui fut impossible de prendre Béziers. Roger jura alors aux bourgeois, reçus à composition, qu'il ne recher* cherail personne pour les actes passés. On ouvrit les portes.

Pendant que les habitants se croyaient dans la sécurité la pluscomplète, les Aragonnais tombèrent sur eux, les pendirent ou

(r Du Cango, Glossaire^ au moi Jwati,

(2) P. (le Marca, HiU, du Béanu Hv. V, p. n4i.

(3j Chionic. Gaufredi prions Vosiensis, cap. xLiv, p. 402.

massacrèrent, en n'épargnant que les juifs, — et les femmes, réparties entre les soldats (i).

Les citoyens indépendants de Limoges repoussèrent le roi -d'Angleterre à coups de flèches.

À Martel (Lot), le dernier dimanche de septembre 1178, Jean Casan, à la tête do sa famille, saisit en plein jour Raymond Y, •qu'il enferma dans une tour (2).

Combien de gentilshommes « sans avoir », combien de cadets <ie petite noblesse, nayant plus de château, n'ayant plus de moyen d'en construire un, manquant d'argent pour entretenir des sergents d'armes, quittaient les campagnes et se retiraient •dans les villes, où ils prenaient parti en faveur des puissants seigneurs contre les bourgeois!

Ceux-ci les déclaraient « nobles par leur naissance, mais très ignobles par leurs actions » (3).

D'autres gentilshommes, au contraire, se donnaient aux bourgeois pour se venger des seigneurs qui les avaient dépouillés.

Parfois, des querelles divisaient les bourgeois eux-mêmes, •discutant violemment à propos d'élection. A Beauvais les riches commerçants, changeurs et banquiers, entrèrent en lutte avec les gens de métiers (1252).

Saint Louis intervint. Malgré les usages de toutes les communes, le roi choisit un majeur nommé Robert de Moret, homme de Sentis, étranger à Beauvais. Les riches et les magistrats municipaux se soumirent; mais la population infime se souleva <ît chassa l'intrus. Quarante citoyens notables trouvèrent la mort durant l'émeute, après avoir déchiré la robe d'hermine que portait Robert, et l'avoir promené en criant : « Voilà que nous te faisons maire. »

On exila quinze cents habitants, on démolit les maisons des

(1) HisL du Languedoc f liv. XIX.

(2) Chronic. Gaufredi pnot*is Vosiensis, cap. lxiii, p. 315.

(3) Goffridus vindoc, lib. I, cap. ii.

17i HISTOIRE DE LA LIBERTÉ

chefs révolti'^s, dont quelques-uns furent condamnés à de fortes amendes. Les ofiiciers royouv saisirent jusqu'aux domaines de révèque.

Nuvon, Soissons et lleinis eurent tour à tour leurs émeutes. Les [)irt(>\(es, bons ou mauvais, ne manquaient pas aux bour- ^'(M)is, — aujourdliui pour soutenir le roi contre le clei^é, demain pour frapper les nobles, et, le plus souvent, pour se disputer le |)ouvoir à main armée.

deux diî Noyon (M'iaient : « Commune! commune! » Ceux de Soissons criaient : « llaros as clers (1)! » Les gens de Reims construisirent {12X\] des ouvrages de fortification avec les pavés des rues, les tombes des cimetières et les pierres préparées pour bâtir la cathédrale. Ils assiégèrent Henri de Braine, leur archevéipie, dans son château de Porte-Mars qu^il avait fortifié extraordiuaireinent.

Fax fui de compte, saint Louis soutint les privilèges de Tarchevéque, (condamna les bourgeois à réparer à leurs frais les (légats qu'ils avaient commis, et restreignit leurs droits (janvier, février i2.'3(>).

Néanmoins, jusqu'à la mort de Henri de Braine (1240) Reims demeura en proie à des troubles civils d'une grave portée. Les bourgeois, longtemps après, étaient encore appelés par Tarchevéque « chétives gens » ou « gens de néant u, n'ayant pas le droit de posséder un sceau.

La commune de Beauvais, en 1305, déclara la guerre à son évéque, Simon de (ilermont-NesIe, lequel n'osa plus entrer dans la ville. Ueduulable était la force de ces communiers, qui ne se laissaient pas abattre par les insuccès, et ne ménageaient pas leur sang pour atteindre le but proposé.

(1 J. J.(i Vasftcur, Ann, de Véglise de Noyon, t. H, p. 083; Cl. Dornay, Hist,

de SoissonSf l. U, p. 290.

vm. — AGRANDISSEMENT DE LA BOURGEOISIE. LES MUNICIPALITES

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