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AU MOYEN AGE

Au bout (le tanl de sacrifices^ une partie de la population française triompha et forma un corps.

Du douzième au quatorzième siècle, Tagrandissement de la bourgeoisie se manifesta de toutes parts. Dans le langage du quatorzième siècle, fonder une ville et fonder une charte de commune, étaient des expressions synonymes.

Par concessions du clergé, des seigneurs ou du roi, le mouvement se dessinait et prouvait les aspirations générales.

Le 16 novembre 1380, le chancelier de Dormans, annonçant à la foule les concessions royales, terminait son discours par cette phrase, la seule dont nous ayons connaissance :

(( Les rois auraient beau le nier cent fois, c'est par la volonté des peuples qu'ils régnent et c'est la force des peuples qui les rend redoutables (1). »

Notre histoire est pleine des promesses faites par les souverains aux villes ou aux provinces entières réunies à la France, de respecter les libertés étabhes.

Cela entrait dans le programme capétien. Il fallait garder les possessions, après avoir conquis.

Bien des communes existaient avant Louis le Gros. Déjà la royauté, dans son intérêt exclusif, avait signé des compromis avec les classes roturières, aux jours de pénurie et de faiblesse. Elle avait respecté, notamment, les privilèges des marchands de l'eau, — et ceux de la corporation des bouchers, qui constituèrent, jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, une sorte de noblesse de l'état de boucherie.

Une charte de Philippe-Auguste (1187) sanctionna les usages

(1) Docum inéd, de VHist. de France. Religieux de Saint-Denis^ 1. 1, p. 51.

e( couliimos qui ffofivernaiont les habitants de Tournai, «avant rinstitiilion do la eoiiimiinc il). »

l/arlicle 29 de la charte de Mcaux portait : « Les hommes de la commune joiiiroiit, pour leurs personnes, de la même liberté dont ils jouissaient, avant que la commune fût établie (2). »

Louis XI, dans son lestament, disait à son fds :

« Regarde avec toute dili^^ence comment tes gens vivent en paix dessous toi, par espéciai es bonnes villes et cités : maintiens les franchises et libertés esquelles les anciens les ont gardées ; plus (*lles seront riches et puissantes, plus tes ennemis et adversaires douteront di; l'assaillir et de méprendre avec loi, espécialement les pareils (»l t(»s barons. »>

Des lettres déclarèrent qu^ul ne pourrait établir dlmpôts dans le comté de Ponthieu qu à la re(|uétc et du consentement des maires et échevins des villes. Même déclaration en faveur des habilanls du Crol(»y et de Uo(h?z (février, mai 1369).

Nulle v(tlonté contraire ne sut arrêter le flot envahisseur des volontés bourgeoises, des prétentions du tiers état à ses débuts.

Dans les villes de c(unmune, si les riches bourgeois ne se battaient i>as entre eux pour saisir le pouvoir, ils s*unissaient pour rex|)loiler, à Texclusion des classes pauvres. Aucun sentiment d'égalité ne les guidait, et ils commençaient a fonder une aristocratie nouvelle, inférieure à la noblesse, supérieure au populaire. La bourgeoisie naquil avecTappétit des honneurs et des privilèges.

D'une part, désordre ; d'autre pari , oppression. Bien rarement, aux jours de conflit, on respectait Tindépcndance individuelle des habitants d'une localité. Ui plèbe, quoi qu'il arrivât, végétait sous le joug; l'ambition de quehpies familles se riait deTinlérél général. Le népotisme florissait dans la bourgeoisie naissante.

Ijuanil le (( commun ^) voulait avoir des comptes des derniers

, 1 ) D\i ch'ry sp icilcg 1 7/ i/i , t . I II , p . 5 .'► I .

('2} Du Plcssis. nut. di Cétjlisc de Mcaiu\ t. II» p. C8ô.

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municipaux, les riches répondaient : « Nous avons compté entre nous (1). » Les exigences du haut commerce se montraient à découvert. Beaucoup de gens tendaient à faire de l'argent un rival de répée.

Jugeons, au reste, de Tétat des choses par un coup d'œil jeté sur l'administration communale.

En Languedoc, à Sommières, voici comment avait lieu Télection des magistr<its municipaux :

La ville se divisait en quatre quartiers, suivant les corps de métiers. Elle avait quatre magistrats supérieurs et seize conseillers municipaux, dont les fonctions duraient un an. Après Tannée, magistrats et conseillers se réunissaient et choisissaient eux-mêmes douze notables, dans les quatre quartiers de la ville. Les notables, autrement dit les principaux, les personnes les plus considérables. Douze enfants entraient dans la salle d'assemblée, où se trouvait une urne renfermant douze boules de cire. Chacun des enfants tirait une boule, que Ton ouvrait. Sur quatre il y avait un E signifiant elecius j[choisi). L'enfant qui d'une main avait tiré la boule ainsi marquée désignait de l'autre main un notable, lequel était proclamé élu.

A Marseille, la ville supérieure appartenait à l'évèque ; la ville inférieure avait ses « recteurs » ou consuls. Après la domination des vicomtes (1246), Marseille donna à son premier magistrat le nom tout italien de « podestat )>, {podestdy puissance), dont le viguier fut chargé de l'administration municipale.

Le viguier, ici juge municipal, remplissait les mêmes fonctions que le prévôt royal.

Trois clavaires faisaient office de trésoriers; trois archivaires gardaient une clé des archives. Les autres clés restaient entre les mains des syndics.

On comptait quatre-vingt-trois conseillers, et cent chefs de métiers consultants, à tour de rôle. Six étaient consultés à la

(1) Beaumanoir, ch. i, §§ 5, 7.

rois, chaque semaine, et opinaient sur une pierre {iapis pariatoris){l).

Cette organisation ne résista pas au temps ; peu à peu Titalianisme de l'administration marseillaise s'effaça.

Dans quelques villes, les municipalités exerçaient exclusivement les fonctions de notaire, recevant et passant les contrats. Généralement, elles élisaient leurs maires, votaient leurs impôts, levaient et dirigeaient leurs milices, dont nous ne tarderons pas à parler. Elles administraient même la justice.

Leurs privilèges dépendaient de leurs chartes. Tantôt elles avaient une constitution toute républicaine; tantôt elles ne possédaient que des droits secondaires, et demeuraient soumises à Tautorité des magistrats royaux. La basse justice, la répartition et la perception des taxes municipales, la surveillance des voies publiques, étaient leur partage, et elles présentaient au roi les candidats parmi lesquels celui-ci choisissait les administrateurs de la cité.

Nous voyons ainsi les relations des communes avec les rois de France, et comment les bourgeois s'entendirent avec le souverain, pour en obtenir des privilèges et des honneurs.

L'assistance mutuelle devait l'emporter sur tout, dans la commune. Le beffroi, dont il a été question plus haut (p. 164), renfermait la cloche communale, que les rois enlevaient quand ils voulaient punir une ville.

Il fallait que les habitants rachetassent le symbole de leur liberté, le plus souvent au prix de réels sacrifices.

Le beffroi s'appelait parfois « cloche banale, bancloche ou bancloque ». Il tirait son nom, sans doute, de la langue germanique : Bell et Fried ou Frieiid^ cloche de la paix ou cloche des amis. Là, d'en haut, le a guetteur » donnait le signal d^alarme et, au besoin, invitait les bourgeois à prendre les armes. Ou bien, il les avertissait de se rendre aux assemblées.

(i) Rura, Hist, de Marseille, p. 237.

Au guetteur aussi de sonner le a couvre-feu », le « carfou » (peut-être gnre-feu), à huit heures ou à neuf heures, selon les saisons. Chacun se retirait immédiatement dans sa maison, y éteignait feu et lumière.

Celte mesure de pohce prévenait les meendies, comme elle espérait empêcher les conspirations nocturnes.

Conspirations contre les libertés de la ville, lorsque les municipalités étaient en pleine vigueur; contre les rois, les seigneurs ou les évêques, quand les chartes avaient été abolies.

Déjà les cités possédaient des armoiries, devenues assez nombreuses après les croisades.

Leurs sceaux, qui le plus souvent donnaient Tauthenticité aux actes, rappelaient généralement les idées de force et de défense. Celui de Toulouse représentait des tours et des remparts; celui de Pontoise, un pont et un bateau ; celui de Senlis, un homme armé ; celui de Dijon, une couronne de têtes, au milieu de laquelle un cavalier caracolait. Lyon imagina la figure du pont de la Saône, avec ses tours à Tentrée et à la sortie, et, au centre, une croix accompagnée d'un lis et d'un lion rampant, inondée des rayons de la lune et du soleil. Le sceau de Meulan (1188) portait d'un côté les tètes des douze pairs de la commune, de Tautre Teffigie du majeur, avec un lis sur les deux faces. Limoges laissa le portrait de son évêque sur le sceau communal.

Pour armoiries, Paris reçut de saint Louis une barque à voile sur un champ fleurdelisé, avec ces mots : « Scel de la marchandise de Teau de Paris. » La barque ne larda pas à se changer en un navire, souvent ballotté par le flot des révolutions, mais toujours insubmersible.

Les 1 résors des cités étaient abondamment pourvus. Les riches bourgeois, d'ordinaire avares de leur or, ne manquaient pas d'y verser le nerf de la guerre. Quant aux hôtels de ville, ils étaient le rendez-vous des communiers aux jours de péril; ils contribuaient à la puissance de la cité, avec les tours, les rem-

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paris, les fossés et les souterrains qui Tenceignaieiit. La bourgeoisie avait ses châteaux forts.

On comprend Tenivrement qui dut s'emparer des premiers magistrats municipaux, ou seulement des premiers membres d*unc commune pourvue d*un droit fondamental, — le privilège de se gouverner elle-même. Placés à la tète d^un petit État presque indépendant pour ses affaires intérieures, ils trônaient dans les assemblées publiques, et se mettaient fréquemment, par droit de richesse, au lieu et place des seigneurs, si bien que la commune n'assignait point de terme aux charges féodales des habitants.

Dans plusieurs communes, les bourgeois jouissaient de pré* rogatives seigneuriales : ils pouvaient épouser des serves sans déroger; leur domicile était inviolable durant la nuit; ils avaient la liberté de moudre leur blé et de cuire leur pain où bon leur semblait. Dans d*autres communes, ils étaient autorisés à se faire armer chevaliers. Dans d'autres, ils vendaient des propriétés sans autorisation du seigneur, et disposaient de leurs biens selon leur volonté. Dans toutes, ils avaient lieu d'être fiers de leur situation, et ils s'exagéraient leur importance.

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