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IV. — ORGANISATION INDUSTRIELLE. CORPS DE MÉTIERS

l'ouvrier URBAIN.

Dans Tindustrie, lors du mouvement communal, quand les corps d'état s'organisèrent, le maître de l'œuvre ne fut plus moine : il fit partie d'une corporation. Les ouvriers auxquels il commanda formèrent aussi un corps, avec salaires réglés et garantis, avec fixation des heures de travail.

Le inaitre de Toeuvre, absolument laïque, établit des devis, passa des marchés, se reconnut responsable. L'émulation activa les travaux, les traditions se suivirent ou se complétèrent. L'artiste apparut, enfin, sous Tartisan.

Quoique toujours grossier, le luxe royal ou seigneurial ne s'ciTaça pas, malgré les misères pubHques. Sous l'influence de la liberté communale, le travail des ateliers perdit cette langueur qu'on eût pu croire mortelle au dixième siècle et au commencement du onzième.

Ainsi, dans la charte de MontpeUier furent inscrits ces mots : « Point de monopole. » Il n'y eut pas de péages; aucuns droits d'exportation ni d'importation. Respect profond des personnes et des propriétés. Montpellier admit la concurrence étrangère dans toutes les professions, et cette libéralité concourut à sa glorieuse carrière, parmi les villes du Languedoc.

Les artisans obtinrent la liberté civile, la franchise pei*soniieIle et réelle, promptement amoindries, toutefois, par les exigences royales succédant aux exigences seigneuriales.

Le droit de travailler est une propriété qui repose sur la liberté individuelle, si bien que la liberté personnelle, celle du

travail et celle de la propriété dérivent d'un droit unique naturel, indiscutable : la possession de soi-même par chaque citoyen, qui développe comme il veut ou comme il peut son activité,qui doit jouir sans conteste du fruit de son travail, au moyen duquel il se crée des biens, une fortune quelconque.

En vendant aux Français le droit de travailler, la royauté leur vendait le droit de vivre. De là les réglementations, les fiscalités.

D'abord, dans la bourgeoisie naissante, il n'exista guère de distinction entre le marchand et le commis, le fabricant et Touvrier. Chacun travaillait de ses mains.

Mais, ensuite, les parvenus du travail manuel ou leurs héri> tiers, de même que les hommes habiles à exploiter le travail manuel des autres, contribuèrent à former, avec les représentants du travail intellectuel, cette bourgeoisie dont nous avons déjà exposé les prétentions à posséder de nombreux privilèges, et qui ne devait pas cesser de réclamer pour elle une foule d'avantages.

Les chartes, les coutumes les plus libérales, celles de Lorrls et de Laon, entre autres, maintenaient dans une situation de dépendance politique les hommes libres qui travaillaient pour autrui et habitaient son domicile, les domestiques ou ouvriers, les « mercenaires » travaillant pour de l'argent.

S'associer, se mettre en sûreté par la corporation, s'assurer une sorte de mutualité, d'assistance, voilà ce que cherchèrent les artisans. Sans doute ils comprenaient que le but essentiel de toute association est double : acquisition et conservation de la liberté.

Les corps de métiers avaient devancé les communes. Renaissants, avec le mouvement communal qu'ils aidèrent, ils eurent le sort de la bourgeoisie tout entière. Leur union fraternelle protégea leur travail.

L'Église prit ombrage, à propos de ces associations laïques. Sous peine d'anathème, un concile défendit d'en créer, ou

de conserver celles qui existaient déjà (1). Elle en redoutait la future influence, et quoique sous' certains rapports les corporations acceptassent le patronage du clergé, TÉglise prévoyait Talliance des associations de métiers avec les chefs du tiers état.

Malgré les infinies variétés que présentait Torganisation des corps de métiers, quelques règles générales existaient, soit pour la défense des droits de chacun, soit pour les secours donnés aux vieillards, aux malades^ aux orphelins et aux veuves^ soit pour le contrôle sur les fabrications, afin de prévenir les fraudes et d'exiger un soin consciencieux dans Texécution des travaux.

Le corps de métier avait un caractère à la fois industriel et social. C'était une commune au petit pied, une association de tous les artisans exerçant la même profession dans une même ville. Il possédait son administration intérieure, ses lois, ses privilèges « pour le fait des marchandises, » ses magistrats^ ses revenus, son trésor.

On élisait annuellement des chefs, — syndics, jurés, visiteurs,, gardes du métier ou prud'hommes, — chargés de faire respecter les règlements et de défendre les intérêts de la communauté. Dans le midi, ces chefs s'appelaient consuls.

Plus leur importance grandit, plus ils tendirent à former une aristocratie relative. Les maîtres, ayant acheté cher « le métier du roi, » se réservèrent les privilèges de la corporation et devinrent notables, principaux habitants. A Metz, les dix maitres des métiers élurent chaque année un grand maître qui, jusqu'en 1336, exerça dans la ville une juridiction très étendue. A Arles^ les chefs des métiers délibérèrent sur les affaires intérieures et tinrent conseil dans la maison commune. A Marseille, des pouvoirs semblables furent attribués à cent artisans élus par les métiers.

Plusieurs métiers du domaine royal étaient extraordinaire-

(1) Concile de Rouen, ann. 11S9.

ment privilégiés. Le grand pannelier du roi avait pleine juridiction sur les boulangers de Paris, comme le grand bouteillier sur les marchands de vin, comme le grand chambrier sur tous les métiers concourant à Tameublement et à Thabillement. Le grand maréchal du palais, le maitre-queux, le premier barbier du roi étaient, pour ainsi dire, les maîtres des serruriers, des ouvriers en métaux, des poissonniers, des rôtisseurs et des barbiers de toute la France. Ils confirmaient, moyennant finance, les contrats d'apprentissage, les brevets de compagnons et les lettres de maîtrise.

Avec les métiers — boucheries et compagnie de l'eau — qui étaient la propriété héréditaire de certaines familles privées, ces monopoles donnaient au souverain une force matérielle considérable, en retirant beaucoup de liberté aux artisans.

Bien que généralement composées d'hommes libres, les corporations étaient parfois, mais rarement, organisées entre serfs ou vilains. Dans ce dernier cas, elles appelaient un affranchissement presque immédiat; elles aidaient ainsi au progrès de la Jiberté, en décuplant les moyens d'action pour l'individu.

Toute corporation comprenait des apprentis, des compagnons «t des maîtres, profitant plus ou moins des avantages de Tassociation. Toute corporation tendait à perfectionner ou à conserver les procédés du métier.

D'après le serment professionnel, la loyauté dans Touvrage devait exister. Les compagnons s'engageaient à garder le repos des dimanches, à observer les pratiques extérieures du culte.

Des règlements fixaient le commencement et la fin de chaque journée, ainsi que le temps de chaque repas, et les ouvriers, dans un moment de presse, ne pouvaient se refuser à un travail de nuit. Après la sortie du lieu où ils travaillaient, ils étaient astreints à rentrer dans leur logis à heure fixe. Ils devaient assister le dimanche à la messe.

Défense de travailler en chambre et pour une pratique. A

défaut (rcmbauchage ou d^ongagemcnt dans un atelier, le coiiipagn'on restait oisif, dùl-il mourir de faim.

Les compagnons étaient serfs de Tatelier, c< serfs du compagnonnage, » selon Texpression de Turgot.

Lié par un contrat verbal conclu devant témoins, Tapprenti menait à plus forte raison une existence très dure, qui sentait vraiment le servage. Sa servitude temporaire durait parfois sept années, et plus, quoiqu'il payât un droit d'entrée dans la corporation. Il logeait dans la maison du maître; s'il quittait ce maître pour aller chez un autre, les statuts le déclaraient « déchu du métier. » On fermait pendant six mois la boutique du maître qui Tavait reçu, et on ramenait de force le fugitif au logis de son patron.

Quelques avantages moraux et matériels ne compensaient pas, pour Tapprenti, sa dépendance effective. Il ne pouvait se marier. Quelle sujétion ! Il devait être catholique. Quelle négation de la liberté de conscience ! Logé, vêtu, nourri, Tapprenti obéissait à tous les ordres du maître, essuyait les effets de son avarice ou de sa brutalité. En un mot, il vivait dans une sorte de domesticité non payée.

Plusieurs corporations permettaient qu'un fils succédât à son père, sans avoir été apprenti. Espèce de népotisme autorisé.

Remarquons, en passant, que Tapprenti d'aujourd'hui subit encore quelques-unes de ces façons qui l'assimilent presque au domestique.

En sortant d apprentissage, on devenait <( valet ». La liberté était plus grande. Les valets se rendaient le matin au lieu ordinaire de leur réunion, où les mailres les venaient embaucher à la journée, à la semaine ou à Tannée. Un petit nombre avaient le logement et la nourriture chez leur patron, comme les apprentis. A quelques nuances près, c'était l'ouvrier de nos jours.

Les grands métiers procurèrent promptement l'aisance à ceux qui les exerçaient; les petits métiers laissèrent leurs

membres dans une situation précaire, mais trouvant pourtant un point d'appui dans les nombreux journaliers déclassés, sans profession et sans emploi fixe.

L'inégalité sociale se manifestait à chaque instant dans les classes laborieuses des villes, où les ouvriers incorporés, fort dépendants, menaient une existence matérielle supérieure à celle des ouvriers non classés de la population, lesquels, vivant au jour le jour et sans liens véritables, expiaient leur indépendance par la misère.

Le total des artisans ne forma bientôt qu'un seul corps. La franc-maçonnerie, au treizième siècle, développa les ressources de la classe ouvrière avec ses apprentis, ses compagnons, ses maîtres. Le compagnonnage ne tarda pas, non plus, à prendre une place dans la vie sociale par ses passants et étrangers, ses aspirants, jeunes hommes, compagnons, maîtres, affiliés, reçus, finis et initiés; par ses sobriquets emblématiques et ses usages; parTembauchage, le levage d'acquits, le topage et la conduite ; par ses cérémonies et ses fêtes patronales.

Beaumanoir n'a pas manqué d'observer « que le travail libre vaut mieux que le travail esclave ; » il écrivait dans la seconde moitié du treizième siècle. Son observation, si juste, a été sanctionnée par les faits, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours,

V. — L'OUVRIER DES CAMPAGNES. COMMUNAUTÉS AGRICOLES. MÉTAYERS ET FERMIERS. SOCIÉTÉS TAISIBLES.

Quoique la situation de l'ouvrier urbain laissât beaucoup à désirer sous le rapport de l'indépendance, le sort de l'ouvrier des campagnes était tellement pénible que le séjour des villes commençait déjà à tenter les paysans, attirés par les centres de population.

Les mainmortables, ou hommes de « liberté limitée », étaient fort nombreux en dehors des villes. De plus, les campagnes

renfermaient encore des serfs proprement dits, qui appartenaient à leurs moilres corps et biens, ne « savaient le vèpre (soir) de quoi ils serviraient le matin (1), » et pouvaient être fustigés, emprisonnés, châtiés à volonté par les seigneurs, (c sauve à eux la vie et les membres entiers. »

Le pouvoir absolu des maîtres, au treizième siècle, n'avait de limites que celles de Hiumanité et de la charité chrétienne, quand il s'exerçait sur les serfs proprement dits, devenus rares. La classe des maininortables, elle-même, diminua, sous saint Louis, époque où la liberté personnelle des cultivateurs prit quelque essor. Les mainmortables maintenaient rintégrilé de la seigneurie, dans un but tout politique.

La révolution communale et les idées de liberté individuelle augmentèrent la classe des tenanciei*s libres, ayant la pleine et entière disposition de leurs biens. Mais les tenanciers libres, les « vilains», non aiTranchis des obligations de poursuite et de formariage, demeurèrent assujettis aux droits seigneuriaux, aux redevances, aux services attachés à la tenure (2).

Leur condition ressemblait quelque peu à celle des bourgeois des villes. Les uns et les autres étaient « roturiers », « cottiers » ou « coutumiers, » exerçant des droits différents selon les différentes provinces.

D'ailleurs, par les lois féodales comme par les usages, Taffranchissement des Français ruraux se faisait rarement, et ne changeait pas rétat des populations. Les hommes libres les plus pauvres se vendaient pour subsister, ou par piété se donnaient aux églises.

Les débiteurs insolvables, d'après les Assises de Jérusalem (3), étaient serfs temporaires de leurs créanciers, qui les faisaient travailler et percevaient le fruit de leur travail jusqu'à entier payement des dettes.

[) The Myrror of justice t coiumontairc anglais de Bcaumanoir. 1.2: 0//m, arrôl do I2îl.

'3} Assises de Jérusalem j art. 191.

Au treizième siècle et au quatorzième, il y eut quelques progrès de la liberté dans les campagnes. Le roi, sur son domaine, les seigneurs et les abbés, sur leurs terres, comprirent enfin, sans doute, que la besogne des hommes libres valait mieux que celle des serfs.

Mais ne se peut-il pas que les tenanciers affranchis aient été moins libres en réalité que leurs pères, à cause des mesures prises par les seigneurs pour assurer le payement de leurs créances? Ne se peut-il pas que, comme cela s'est récemment produit en Russie lors de Témancipalion des serfs par Alexandre II, les cultivateurs aient payé leur liberté par Tisolement, par Tabsence de protection et de secours?

L'affranchissement, par suite du besoin d'argent chez plusieurs rois, devint une chose forcée, un instrument de vexation, une sorle d'impôt. Les paysans que Ton soupçonnait de posséder un peu d'aisance, étaient contraints d'acheter leur affranchissement au prix que des commissaires nommés par le suzerain jugèrent à propos d*y mettre.

Souvent des mainmortables s'associaient, famille par famille. Ils cultivaient les terres que leur concédaient quelques seigneurs^ renonçant au droit de mortaille. Les seigneurs tiraient profit de ces associations ; les serfs, assurés de ne pas être dépossédés, cultivaient mieux le domaine. Chacun y trouvait son compte, car les sujets associés étaient plus en état de payer au seigneur que s'ils faisaient des ménages séparés (1).

On a même prétendu qu'une « prospérité plus grande existait en «lieux mainmortables qu'en franchise (2). » Ces associations ressemblaient à des communautés, où les membres d'une même famille vivaient « à même feu, pain et sel. » Mais quand elles venaient à se dissoudre, le droit seigneurial, la mortaille reparaissait.

Bon gré, mal gré, quelles que fussent les jalousies, les haines,

(1) Danod, Traité de la mainmorte, cli. HI.

(2) Coutume de Bourgogne, ch. v, art. 17.

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les ardeurs cupides, les discordes violentes entre les associés, que Ton appelait « parsonniers » ou « comparsonnîers, » ces compagnies {compani^ gens vivant du même pain) ne pouvaient jouir d'aucune liberté véritable, et constituaient seulement le servage en copfimun. Lorsque les parsonniers cessaient de vivre à feu, à pain et à sel; lorsque pendant une année ils avaient des domiciles distincts (1), ils retombaient sous le coup de la uiorlaille. L'enfant qui allait demeurer hors de la maison paternelle, perdait son droit de succession (2) ; la jeune épouse qui allait demeurer avec son mari, perdait son droit de succession.

Quelques coutumes n'attendaient pas Tan et jour : elles prononçaient la déchéance immédiate, aussitôt qu'un parsonnier était « hors de pain et de pot. » Maison, foyer, instruments du ménage, il fallait que tout restât en commun, sans qu'uif seul des associés se mit à ménage séparé. La compagnie une fois rompue, d'après la coutume de Nivernais, ne pouvait être (( rassemblée pour succéder les uns aux autres, sans le consentement exprès du seigneur. »

« Cet article semble rude, remarque le commentateur Goquille, parce que les sociétés et communautés sont libres et dépendent de la pure volonté. Mais les gens de condition servile n'ont pas leurs volontés du tout libres et franches. Et est cet article comme une bride pour retenir les parsonniers, à cequ^ils ne soient faciles à se mouvoir pour faire partage. »

Somme toute, les communautés agricoles, et les dispositions législatives qui les régissaient, parvenaient à éluder en partie les mauvais effets de la mainmorte. Les profits des biens et du travail formaient une masse qui appartenait à rassociation. En usage surtout dans les pays de coutumes serves, les associations de mainmortables procuraient d'énormes avantages aux seigneurs, car tous les parsonniers payaient solidairement le cens et les renies seigneuriales.

(1) Coutume de Nivet-naiSf ch. viii, art. 13.

(2) Ibid. art. 14.

Elles étaient une garantie contre rinsolvabilité et la misère. Elles étaient avantageuses aux paysans, car les mainmortables associés pouvaient tester et hériter les uns des autres.

L'institution des compagnies développa Tespril de famille chez les parsonniers par l'indivisibilité des tenures collectives et héréditaires, comme l'esprit de famille a été développé chez les seigneurs par l'indivisibilité des seigneuries.

Dans les communautés agricoles, les hommes élisaient euxmêmes leur maître ou ministre, qui tenait à table la première place, « allait aux affaires qui se présentaient es villes ou es foires et ailleurs^ » (1) et, seul nommé dans les rôles des tailles et des subsides, était seul en relation avec le seigneur.

Il portait le nom d' (( atné » dans les associations agricoles, lesquelles, au douzième siècle, avaient lieu aussi entre les vavasseurs déjà libres à cette époque. Trop souvent il administrait sans travailler, il consommait sans produire ; en un mot, il exploitait les parsonniers, qui devenaient pour ainsi dire ses clients, et sur lesquels il exerçait, en maintes occasions, une mfluence décisive.

Ajoutons que la domesticité, très commune parmi les populations rurales, se recrutait d'anciens esclaves, des mainmortables, et de quelques hommes libres sans initiative personnelle.

Enfin, comme la liberté des paysans était insuffisante, dans quelque condition qu'ils se trouvassent ils entrevoyaient la possibiUté de ne plus servir seulement d'instruments de culture, de ne plus travailler au compte de leurs maîtres, à la manière des simples domestiques.

Ils pratiquèrent l'association de la terre et de l'industrie. Métayers ou colons partiaires, ils partagèrent avec leurs maîtres les produits du sol cultivé par eux; ou bien, ce qui était un progrès sur le métayage, ils devinrent fermiers, intéressés

(I) Guy Coquille, Questions et réponses, &8.

â44 HISTOIRE DE LA LIBERTÉ

directement à ramélioration du sol, opérant aux seigneurs des payements en espèces, et jouant presque le rôle de propriétaires, grâce à des baux plus ou moins longs.

La multiplicité des juridictions nuisait au développement de la liberté et du travail dans les campagnes, et les populations agricoles étaient livrées sans défense à toutes sortes d^exac* tions, dont elles espéraient se délivrer par des révoltes qui, comprimées, amenaient de nouveaux abus de la part des seigneurs.

Reconnaissons qu^il se forma, au moyen âge, des associations véritables, des « sociétés taisibles )> ou tacites, librement organisées entre des hommes libres. C*étaient des compagnies dont la constitution différait selon les coutumes. Ici Ton n'y voyait que des frères ; là, que des frères ou sœurs, ou autres demeurant ensemble. Tantôt se réunissaient des personnes de condition roturière, tantôt la société avait lieu entre nobles.

Ces compagnies s'appliquaient au commerce comme à Tagriculture ; elles ressemblaient à nos modernes associations coopératives de production, et leurs compagnons (compains) travaillaient fort, se suffisaient à eux-mêmes, n'employaient pas de salariés, agissaient en coopérateurs.

Les sociétés taisibles disparurent en partie au xvi* siècle, parce que rordonnance de Moulins exigeait la preuve par écrit des contrats; elles disparurent totalement en 1789, quand la Révolution abrogea les anciennes coutumes locales.

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