‹ Histoire de la liberté en FranceChapitre 5 sur 72 · POPULAIRES · texte numérisé non relu

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L'histoire politique de la Gaule se divise en trois périodes : théocratie des druides, aristocratie militaire des chefs, et conslilutions populaires.

Pendant ces trois périodes, Tordre social que nous venons d'exposer ne se modifia guère.

Sous la théocratie des druides, ceux-ci profilèrent aniplement de la croyance des Gaulois, qui les regardaient comme des « interprèles de la divinité ». Pour eux point d'impôts ni de service des armes. Ils concluaient les traités; ils étaient à la fois législateurs et juges; ils dirigeaient l'éducation, donnée uniquement à des initiés.

Guerriers, nobles, riches, artisans, dévoués, clients, colons, esclaves, chacun trembla devant eux. Les druides frappaient d'une sorte d'excommunication quiconque avait désobéi à leurs prescriptions sur toutes choses.

C'était déjà Temploi de l'arme spirituelle, si terrible plus tard aux mains du sacerdoce catholique. Les druides régnaient de par leurs dogmes mystiques.

Lorsque l'aristocratie militaire domina, il en résulta une perpétuelle anarchie, une longue rivalité de petites ambitions, une guerre incessante parmi les rois, ou plutôt parmi les chefs de la Gaule.

Si Tautorité absolue des théocrates avait disparu, les druides n'abdiquèrent pas complètement. Beaucoup d'entre eux, recrutés parmi la caste des chevaliers, marchèrent avec les nouveaux maîtres dans la voie aristocratique. Ils s'identifièrent avec les guerriers sous le rapport des intérêts généraux, en leur laissant, incontestée, la plus belle part du pouvoir, d'un pouvoir qui était devenu le prix de la force et de la renommée militaire.

N'espéraient-ils pas reprendre peu à peu, indirectement, avec des alliés, le sceptre arraché aux autels ?

Mais leur manœuvre échoua. Les dominations par l'épée n'avaient pas eu le temps de se bien constituer, quand l'influence sacerdotale, déjà très amoindrie, fut presque réduite à néant. Les villes, ces centres de population dont nous avons signalé l'importance, profitèrent de l'avilissement dans lequel

étaient tombés leurs prêtres, et des querelles qui divisaient les chers de nations.

Vainement ceux-ci, toujours occupés de guerre ou de chasse, par conséquent toujours en armes, avaient fait appel à leurs clients ou à leurs colons des campagnes pour marcher contre les villes, dont les habitants aspiraient à Tindépendance.

On se comptait, — loin du maître en expédition ou retranché dans son domaine fortifié. Les villes s'étaient étendues, peuplées, remarquablement multipliées. La plupart étaient fort habilement administrées, selon le principe de Télection populaire.

En remplacement des chefs absolus qu'elles avaient renvoyés, elles choisissaient librement des magistrats; elles obéissaient à des lois comparables aux lois municipales actuelles.

Ces instincts libéraux des villes méritent d'être constatés. Les centres populeux de la Gaule se distinguaient des campagnes, d'une manière qui promettait les faits rappelés plus tard.

Être nombreux, être unis pour devenir indépendants, voilà la devise des villes, où le bon accord existe entre tous les habitants, — nous pourrions presque dire entre tous les citoyens, puisque, loin de ressembler à la clientèle rurale, chose forcée, la clientèle urbaine était personnelle et volontaire.

Les patrons, dans les villes, agissaient d'ailleurs selon leurs propres intérêts en un pareil ordre de choses. Ils protégeaient les hommes qui s'étaient dévoués à eux, de peur d'en voir diminuer le nombre (1).

Avec ses clients ruraux, la caste militaire attaqua rudement les villes. Cette caste, qui avait dépossédé les druides et s'appuyait sur la force des armes, ne voulait pas perdre le pouvoir. Ici, elle défendait ses privilèges; là, elle prétendait recouvrer toute son influence.

Ses clients, qui vénéraient les forts, abdiquaient entre leurs mains toute indépendance.

(I) CflBsar, De Be//o ^a//., 11b. VI, cap. xi«

La lutle fut longue, pleine de péripéties. D'un côté combattait une aristocratie désespérée; de Tautre, on voyait une population aussi enthousiaste que disciplinée. En certains endroits, les urbains étaient favorisés par les prêtres.

Grâce à celte lutte, la caste sacerdotale tentait de ressaisir son autorité passée. Tout au moins se vengeait-elle avec joie de la classe ambitieuse et insatiable des chefs militaires.

Les villes réussirent, avec Tappui calculé ou désintéressé des druides. Ceux-ci eurent encore, sous le régime des constitutions populaires, une influence morale et, jusqu'à un certain point, patriotique, dont les traces ne s'effacèrent pas même après la conquête romaine.

Sous les constitutions populaires, Tassociation fut la principale règle politique en Gaule. Les peuples se rassemblèrent, se confédérèrent par des traités offensifs et défensifs. En un mot, ils devinrent frères, — fraternité basée sur l'intérêt.

Mais toujours des esclaves, volontaires ou forcés; toujours des paysans colons soumis au joug des chefs protecteurs.

Quelque fraternité politique; peu ou point de fraternité sociale.

Aussitôt que César a commencé de vaincre, les constitutions populaires sont ébranlées par ce choc violent. Tous les Gaulois, éperdus, doutant d'eux-mêmes, éblouis par Taudace du conquérant, semblent vouloir implorer la protection de celui qui va les subjuguer. Des députés déclarent au Romain que, par ses succès contre les Helvètes, ils s'estiment sauvés d'une guerre cruelle, peut-être de la servitude (1). L'entraînement est presque général.

Où retrouver le farouche amour du pays pour l'indépendance? A peine l'esprit national est-il né, parmi les confédérations gauloises, qu'il s'endort, qu'il s'éteint, en conséquence de défaillances successives. Il ne possède pas encore assez de vitalité pour inspirer ces entêtements sublimes qui déGent le

(1) Cœsar, De Bello gall., lib. I, cap. xx.\.

malheur, et dout quelques héros seulement gardent le radieux privilège.

Avec la déraite surviennent les complications intérieures. La vie publique des vaincus ne conserve plus qu'une indépendance apparente ; les assemblées générales, ces antiques manirestations de la volonté commune, se font sous le patronage de César qui, à lui seul, résume Tabsolutisme des divers chers militaires gaulois.

Il importe de ne pas déplaire à César, d'éviter tout ce qui Tirrite; il importe de lui déléguer la puissance, sans élever la voix contre ses moindres volontés.

Que deviennent les élections de magistrats, dans les villes ? Les Gaulois paraissent avoir perdu le sentiment prononcé de la liberté individuelle, existant parmi eux depuis un temps immémorial. Leur sort sera réglé, désormais, selon les principes de l'administration romaine.

La guerre de l'indépendance est terminée ; la Gaule accepte sa destinée nouvelle ; Rome a brisé une nationalité de plus. Douze cents soldats romains suffisent pour garder (1) un peuple qui a été très promptement subjugué (2), et qui n'espère pas, durant un long temps, redevenir maître de lui-même.

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