‹ Histoire de la lithotritie précédée de réflexions sur la dissolution des calculs urinairesChapitre 7 sur 10 · DE IJ · texte numérisé non relu

DE IJ

l.lTHOTKiriE.

Figure 1. — Pince Civiale.

Quant à l’archet qui met le foret en mouvement, Civiale en blâmait alors formellement l’usage : « On

tenues dans l’ouvrage de 1823, M. Heurteloup s’exprime de la manière suivante ;

« M. Civiale ne s’est jamais servi,el ne se sert pas maintenant de la pince qu’il a fait lithographier, parce qu’elle ne peut pas servir, mais de celle présentée à l’Académie par son compétiteur, M. Leroy. Si M. Civiale n’avait pas, en 1823, imprimé un ouvrage et lithographié de.s instruments, nous pourrions croire qu’il prétend justement à l’invention de ceux mis en usage; mais il en a dessiné d’inutiles, qui constatent qu’il ne connaissait pas alors d’autres moyens desaisir la pierre dans

IlSTOlltE

« attaque le calcul, dit-il (1), au moyen du stylet, « que l’on fait tourner entre ses doigts ou avec l’ar- « chet proposé par M. Leroy; la main vaut mieux. « Pour peu que l’on ait de patience et un bon stylet, on « parvient toujours à réduire le calcul en parcelles assez « petites pour en obtenir la sortie d’une manière face cile. » La réprobation dont l’archet était frappé devait atteindre nécessairement l’étau; et pourtant nous les retrouvons l’un et l’autre, l’année suivante, faisant partie de l’appareil et du procédé auxquels Civiale prétendait imposer son nom.

Poussons plus loin encore la complaisance : supposons que l’instrument à quatre branches articulées dont Civiale nous a tracé la figure, ne soit pas le seul qu’il ait imaginé; acceptons comme vrai le petit roman qu’il nousa donné, enl856, de ses travaux et de ses expériences de 1818 à 1823; nous n’y trouvons point encore le lithotribe dont il fit usage en 1824; toutes ces pinces que nous voyons successivement se former sous la plume

la vessie. Si nous pensions autrement, nous ne pourrions le faire qu’en supposant que M. Civiale, ayant imaginé les instruments de M. Leroy avant que ce dernier ne les eût présentés à l’Académie, avait jugé à propos d’en donner de défectueux au public. Or, cette supposition n’est pas admissible : car une personne délicate, comme le peut être notre confrère, n’aurait pas voulu, en privant l’humanité d’une invention utile, mettre les autres médecins dans le cas de produire les grands accidents qui naîtraient nécessairement de l’usage de l’appareil lithontripteur qu’il proposait alors. Certes, il ne peut alléguer cette raison, qni cependant serait son seul refuge, pour avoir gain de cause sur ce point ; et il ne l’alléguerait pas si la supposition était juste ; car ce serait avouer une action odieuse. » [Lettre à l’Académie des Sciences, pag. 99,1827.) i l) Nouvelles Considérations sur les rétentions d’urine, pag 1.59.

DE I.A LITHOTniriE.

de son historien, ont quatre divisions. Mais, dira-t-on peut-être, il importait peu que le lithotribe eût trois ou quatre branches ; cette quatrième branche devait même fixer plus solidement le calcul. Cela serait vrai si, avant de fixer la pierre, il ne fallait pas la saisir; et cette quatrième branche empêchait quelle pût l’être. La vessie, toujours plus ou moins contractée par la présence du calcul, permet rarement un développement de la pince suffisant pour qu’il s’engage par la base du cône qu’elle forme lorsque l’instrument est ouvert ; c’est presque toujours par côté, entre deux branches, que se prend la pierre; d’où l’on peut conclure que, pour la saisir et la fixer convenablement, ce n’était pas assez de deux branches, et que c’était trop de quatre. Cela est si vrai, que plus tard Heurteloup, construisant sa pince à quatre branches indépendantes , sentit la nécessité de rétracter l’une de ces branches pour se ménager un espace latéral ; plus tard encore, il en fut de même pour Meyrieux et Tanchou. Cette quatrième branche établissait donc entre l’instrument de Civiale et le troishranches de Leroy, toute la différence qui existe entre une chose applicable et une chose qui ne l’est pas.

En résumé, acceptant tous les dires de Civiale, il en résulte qu’en 1823 il n’avait l’idée que d’une pince à quatre branches sans étau et sans archet ; que l’année suivante il fit l’application d’une pince à trois branches avec un archet et un étau ; que par conséquent ce n’est pas son instrument, mais celui deLeroy-d’Etiolles,qui le premier a rendu la lithotritie praticable (1).

(t) Toiitpn (i(‘fen(Iam ma p,irt dans l'invention de la lilhoiritie conlte

HISTOIRK

La nécessité d’apprécier à sa juste valeur le manuscrit de Civiale nous a forcé de franchir les époques, et de juger ses découvertes de ISIS par celles de 1825. Il nous faut maintenant retourner d’une année en arrière.

En 1822, au mois de juillet, deux instruments destinés à détruire mécaniquement les calculs de la vessie furent soumis à l’examen de l’Académie de Chirurgie, le même jour, à la même séance : l’un était le lithoprione de Leroy-d’Etiolles ; l’autre était le brise-pierre à encliquetage d’Amussat. Différents par la manière d’agir et le mécanisme, ces deux instruments n’occasionnèrent entre leurs auteurs aucune discussion de priorité ; Leroy avait, comme on peut le voir par les figures, développé, sans les connaître, les idées de Gruithuisen, et, par le croisement de deux lames métalliques, rendu possible l’assujettissement du calcul (1).

des prétentions rivales, je reconnais et je proclame ce qu’il y a de glorieux dans cette démonstration pratique d’un moyen de guérison regardé jusqu’alors comme une chimère. Pourquoi faut-il que l’homme auquel la science est redevable d’un fait aussi important se soit laissé aveugler au point de croire qu’en lui se trouvait résumée la méthode nouvelle ! pourquoi, par ses folles prétentions et son entêtement aveugle ou calculé, faut-il qu’il soit devenu un obstacle à son développe-

(1) Si dans cette narration j’ai parlé de moi à la troisième personne, comme l’eût fait un historien désintéressé dans la question, j’ai eu pour but d’éviter la difficulté qu’éprouve toujours un auteur en citant scs travaux , ainsi que la fréquente reproduction duye et du moi, qui déplaîtgénéralement dans les livres de science ; en tout cas, mon intention n’a point été de me singulariser ; si je n’ai point atteint le but que je me proposais, je prie mes lecteurs de me pardonner celte innovation.

DE LA LITHOTRITIE.

Son lithoprione était formé de deux tubes, entre lesquels glissaient quatre lames minces faisant ressort, allant se

Figure 8.

Figure 9.

réunir sur un bouton, et formant une sorte de cage dans laquelle la pierre était incarcérée; une tige d’acier dentée passant dans le centre, obéissait au mouvement d’une manivelle pour attaquer le calcul. (F. Fig. 8, 9.)

L’instrument d’Amussat, au lieu d’user graduellment la pierre, devait l’écraser par une action combinée de pression et de frottement, comme nous le dirons tout à l’heure. (F.Fîg.10.)Toutefois une disposition étaitconmune à ces deux lithotribes : je veux parler de la rectitude; mais à cet égard encore il n’y eut point de débat, car Leroy reconnaissait avoir d’abord fait construire par M. Morette un instrument courbe, et devoir à Amussatla connaissance de la possibilité du cathétérisme rectiligne.

Pendant huit années la sonde droite a été considérée comme tellement capitale en lithotritie, que, suivant quelques personnes, elle constituait à elle seule la moitié de l’invention; aussi la propriété de cette forme d’algalie fut-elle vivement attaquée et défendue. Après avoir, en 1823, réclamé contre Amussat l’invention de la sonde droite (1), Civiale s’est efforcé de démontrer (fil’elle n’était ni àl’un ni à rautre(2). La pos-

(1) « Il est une troisième manière de sonder (jui nous est propre, » ou du moins nous ne sachions pas qu’elle ait été décrite nulle

(Civiale,iVouueWes Considérations sur les rétentions d’urine, p. 50, chapitre des sondes droites, Paris, 1823.)

(2) « L’usage des sondes droites date évidemment d’un temps im- » mémorial. Les musées où Ton a réuni ce qui nous reste des produits » de l’industrie des anciens, contiennent plusieurs instruments sembla- » blés. »

(Civiale, Parallèle des divers moyens de traiter les calculeux, pag. 19, in-S”, Paris, 183G. )

BE LA LITIIOTIUTIE.

sibilité d’introduire de telles sondes fut connue, en effet, à toutes les époques de la chirurgie; mais leur emploi est demeuré tout-à-fait exceptionnel, parce qu’il était alors sans avantage : si le cathétérisme rectiligne n’eût été pendant quelques années identifié avec la lithotritie, probablement il ne serait point sorti de l’oubli dans lequel il est retombé depuis que tes instruments lithotribes sont redevenus courbes. Toutefois, comme c’est par un instrument droit que ta lithotritie fut rendue pour la première fois praticable; comme il est constant, même d’après le dire de l’auteur de cet instrument, et nonobstant les prétendues expériences publiques de Civiate, que personne n’a vues (1) ; comme il est constant, disons-nous, que l’on doit à Amussat d’avoir appelé en France l’attention sur la ' possibilité d’introduire des sondes droites; enfin, comme le brise-pierre à frottement et à pression, bien que resté sans application, est cependant l’un des points de départ ^ du procédé de l’écrasement ; il est impossible de séparer le nom d’Amussat de l’invention de la lithotritie. Ce sentiment paraît avoir dicté le jugement de la commission des prix Monthyon , appelée pour là première fois en 1825 à prononcer d’une manière solennelle sur la nouvelle méthode (2).

(1) « Nos essais ont été répétés à l’infini sur le cadavre d’abord, et » ensuite sur nous-même. »

( Civiale, Nouvelles Considérations, pag- 32. )

(2) Le secrétaire perpétuel de l’Académie pour les sciences naturelles certifie que ce qui suit est extrait du rapport fait par M. Duméril et adopté par l’Académie, dans la séance du 30 mai 1825.

La commission croit devoir faire une mention très-particulière d’un nouveau mode d’opération, à l’aide de laquelle on briserait ou détrui-

mSTOIilE

L’Académie de chirurgie avait désigné une commission composée de MM. Ribes, Roux etBéclard, pour lui faire un rapport au sujet des deux instruments qui avaient été soumis à son examen. MM. Hervez et Lagneau étaient

rait dans la'ves'sie les calculs qui s’y forment et qui s’y développent. Comme cette opération a besoin de la sanction du temps et de l’expérience, la commission n’accorde pas de prix cette année aux auteurs, auxquels elle réserve tout le mérite de leur procédé ; et sans décider ici positivement du droit de l’invention, elle a chargé son rapporteur de citer honorablement les noms de MM. Amussat, Leroy-d’Étiolles et Civiale : ce dernier comme ayant pratiqué avec succès quelques-unes de ces op'érativns sur le vivant ;le premier pour avoir mieux fait connaître la structure de l’urètre, qui permet l’action libre des instruments; et le second pour les avoir imaginés, les avoir fait exécuter, et pour avoir fait connaître successivement les perfectionnements que ses essais lui ont suggérés.

Potir extrait conforme, le secrétaire perpétuel, Baron Cüvier.

Depuis lors, jamais les commissions des prix Monthyon n’ont exprimé une opinion différènte ; toujours, au contraire, mes droits à l’invention ont été maintenus. Quant à M. Civiale, c’est constamment pour avoir le premier pratiqué avec succès l’opération, que des récompenses lui ont été décernées. Ainsi, en 1826, le programme des prix s’exprimait de la manière suivante :

1826. D’après l’avis unanime de la comraissiop, une récompense de deux mille francs est accordée à M. Leroy-d’Étiolles, « qui a pubiié en » 1825 un ouvrage de lithotritie, et qui ale premier, en 1822, fait » connaître les instruments qu’il avait inventés. »

1831. « M. Leroy-d’Étiolles, quia déjà reçu de l’Académie plusieurs » encouragements, a paru digne d’en recevoir un autre encore qui fût » mieux proportionné à l’importance, chaque jour mieux appréciée, de » ses travaux, et surtout à l’application qu’il a faite à la lithotritie » de la pince à trois branches, instrument tellement essentiel, que sans » lui cette opération ne se serait jamais élevée au- degré de perfection n qu’elle a atteint. En conséquence, la commission propose d’accorder n à M. Leroy-d’Étiollcs un prix de six mille francs. »

M. Civiale suppose que j’ai altéré les jugements de l’Académie des

DE LA LITHOTIUTIE.

les commissaires pour la Société de médecine de Paris ; des expériences eurent lieu sur des cadavres dans l’amphithéâtre de la Charité, en présence des deux commissions réunies. Le brise-pierre d’Amussat, ingénieusement

Sciences, parce que j’ai dit que trois prix avaient été donnés pour ia lithotritie : l’un à lui, M. Civiale, pour avoir le premier opéré avec succès sur le vivant; un autre à M. Heurteloup, pour avoir perfectionné les instruments; un autre à moi enfin, pour avoir imaginé les instruments qui les premiers ont rendu cette opération possible. M. Civiale prétend que lui seul a reçu un prix; que toutes les autres récompenses ont été de simples encouragements. Est-ce le mot sur lequel dispute M. Civiale ? Mais le mot prix se trouve dans les deux jugements académiques concernant M. Heurteloup et moi ; il se trouve même dans sa lettre à l’Académie des Sciences, pag. 4. Est-ce l’argent qui, aux yeux de M. Civiale, constitue le prix? Il est vrai que la somme fut pour lui, en 1827, de dix mille francs, tandis que les prix décernés à moi en 1831, pour l’application du trois-branckes à la liinoiritie, et a M. Heurteloup en 1832, pour le percuteur, ne furent que de six mille, mais les motifs pour lesquels ces trois prix ont été accordés ont été' clairement exprimés ; s’il en résulte que l’Académie semblait attacher plus de valeur au travail manuel qu’au travail intellectuel, ce n’est pas à moi du moins que doit être imputé le tort de l’avoir mis en évidence : je me suis bien gardé, au contraire, de réclamer contre cette répartition pécuniaire, parce que j’attachais une valeur plus grande aux motifs pour lesquels le prix m’était décerné qu’à la somme elle-même ; libre à M. Civiale de penser autrement.

M. Civiale invoque sans cesse le rapport de Perey et Chaussier en 1824, dansletjuell’opération dubroiement est désignée sous le nom de méthode Civiale ; mais ce rapport qui n’exprimait qu’une opinion personnelle, qui n’a pas été fait d’après un débat contradictoire, puisque mon travail n’avait pas encore été présenté à l’Académie des Sciences, a été mis au néant dès l’année suivante, comme nous venons de le faire voir par une série de décisions solennelles. Chaussier faisait partie de la commission des prix pour 1825. Quant à Perey, auquel M. Civiale avait fait voir au centre d’un calcul, « ün habicot portant un germe saielant assez i> GROS ETFHAis COMME EN PLEINE GERMINATION, » {Rapport à V Académie des Sciences , pag.29), cet illustre vieillard semblait lui-même fort

niSTOlRlî

conçu, mais grossièrement exécuté, se rompit sans pouvoirmordre sur une pierre, un peu dureàla vérité, quel’on avait choisie pour les épreuves. Le lithoprione, à son tour, embrassa cette même pierre et la perfora dans plusieurs sens, d’où il sembla résulter que le procédé de l’usure progressive présentait plus de chance de réussite que celui de l’écrasement. Quelques années plus tard, on put se convaincre que,cet insuccès tenait seulement à des défauts de construction.

Cependant Leroy, loin d’ètre satisfait de l’instrument qu’il avait produit, s’efforça de faire disparaître les vices que la réflexion ainsi que l’expérience lui avaient signalés; et l’année suivante, 1823, au mois d’avril, il présenta à l’Académie, non pas seulement un instru-

cinbarrassé do l’opinion qu’il venait d’émettre, car son rapport fut modifié après la lecture à l’Académie, et huit jours plus tard il m’écrivait une lettre que j’ai publiée en 1825 (1), dans laquelle se trouve la plirase suivante : « Lisez notre rapport, et vous y verrez que c'est le » 'docteur Gruithuisen, Bavarois, qui a le mérite de l’antériorité , » et que M. Civiale n'est venu que dix ans après lui. Il a eu la n même pensée que ce docteur, comme je crois très-possible que » vous ayez conçu, sans aucune communication ni avec l'un ni ti avec l'autre, le projet en litige. »

Je répondis à Perey que son rapport ne pouvait changer les dates ni modifier les instruments ; qu’au surplus, le broiement était loin d’être parfait; que c’était le sic vos non vobis...; et que s’il y avait doute, le véritable inventeur se révélerait parles développements qu’il y saurait apporter. Déjà depuis cette époque quatorze années se sont écoulées, pendant lesquelles la lilhotritie n’est pas demeurée stationnaire ; quelle est la part de chacun de nous dans les progrès de cette méthode? l’histoire est là pour le dire; quant à l’avenir, s’il ne nous fait pas défaut, nous saurons ce qu’il nous prépare.

',l j Exposé des procédés pour quérir de la pierre, pag, iii.

DE LA LITHOTRITIE.

ment, mais un procédé nouveau comprenant la pince à trois branches, l’archet, l’étau, les forets excentriques pour évider la pierre, et une pince à écrou pour écraser les fragments. Comme cette communication est de quelque intérêt dans l’histoire du broiement de la pierre, puisqu’à partir de ce moment il cesse d’être une idée spéculative pour devenir un procédé applicable, nous reproduirons textuellement le mémoire lu dans cette séance, lequel se trouve dans les cartons de l’Académie de médecine (1).

(1) MÉMOIKE LU A l’académie DE CHIRÜBGIE PAR LEROY-D’ÉTIOLLES, LE 15 AVRIL 1823.

Perfectionnements apportés au Lithoprione.

« Il y a dix mois environ, j’ai mis sous les yeux de l’Académie un instrument destiné à réduire en petits fragments les calculs contenus dans la vessie. Des ressorts de montre glissant entre deux tubes, allant se fixer sur un bouton et formant une sorte de cage dans laquelle est enveloppée la pierre; une tige de fer placée dans le tube interne, armée d’une couronne de trépan, et munie d’une manivelle : voilà quelles étaient les parties principales et la disposition de cet instrument, que j’ai l’honneur de présenter de nouveau à l’Académie. Des expériences faites sur le cadavre, en présence de MM. vos Commissaires, ont, je crois, démontré que l’on peut avec cet appareil saisir unp pierre, la perforer à plusieurs reprises et la mettre en morceaux. Cependant de nombreuses objections ont été dirigées contre le Lithoprione; je me suis efforcé par des modifications de répondre aux principales. »

«1“ Des craintes ont été élevées sur la solidité des ressorts démontré, et CCS craintes n’étaient pas sans fondement; de plus, leur vacillation pouvait faire appréhender que la couronne de trépan dépassât la pierre et, ne rencontrant pas le bouton, blessât la vessie. Je reconnus sans difficulté la justesse de ces reproches, et je cherchai dans l’arsenal de la chirurgie, si quelque instrument pourrait me fournir des idées et les moyens de parer à ces inconvénients; je reconnus bientôt que je m’étais donné beaucoup de peine pour trouver ce que j’avais pour ainsi

L’année suivante, 1824, Civiale fit avec succès, sur un calculeux, l’application de cet appareil, et la lithotritie reçut le complément de l’existence.

L’histoire que nous venons de tracer de l’invention de

dire sous la main. En effet, le tire-balle d’Alphonse Ferri {flg. 11 et 12) me fournissait un moyen simple et solide de saisir la pierre; et

Figure 11.

pour faire arriver jusqu’à elle le perforateur, il suffisait de transformer en une canule creuse la tige qui, dans le tire-balle, porte les branches; c’est ce que j’ai fait, et voici le nouveau lithoprione que j’ai obtenu. »

« La canule extérieure, poussée et retirée comme dans la pince de Hunter et le tire-balle, détermine le rapprochement ou l’écartement des branches ou des mors; seulement cet écartement est ici plus considérable, les trois branches étant plus longues. La vis qui dans le tire-balle sert à faire mouvoir les branches, a disparu; mais, pour fixer la pierre, j’ai placé sur le tube interne qui dépasse l’externe un petit curseur muni d’une vis.»

«2“ La lenteur avec laquelle la destruction de la pierre est opérée par le lithoprione est, m’a-t-on dit, encore un obstacle à l’emploi de la nonvelle méthode. Pour rendre le broiement du calcul plus prompt, voici comment je m’y suis pris : au lieu de la manivelle, dont je faisais d’abord usage pour mettre en mouvement le perforateur, je me sers d’un archet qni rend la rotation plus rapide; un chevalet, qui se fixe sur l’instrument, sert à soutenir la tige du perforateur; ce chevalet, je ne le décrirai pas; je me contenterai de le soumettre à l’examen de l’Académie. Je suis encore parvenu, par un autre moyen, à rendre la destruction de la pierre plus prompte : j’ai fait construire des tiges de la meme grosseur que le perforateur, terminées à l’une de leurs extrémités par une sorte de petite lime en queue de rat, supportée par une

DE LA LITHOTRITIE.

la nouvelle méthode semble différer beaucoup, au premier abord, de celle que l’on trouve dans les ouvrages

portion courbe et élastique. Quand on introduit cette tige dans une canule presque de même longueur qui lui sert de gaine, l’extrémité courbe se redresse; et si la canule est un peu retirée en arrière, alors la lime devient saillante, et reprend sa courbure naturelle {flg. 13).;Main- Figure 13.

de Civiale ; et pourtant, si l’on veut analyser les faits qu’il raconte, la conclusion à tirer de l’une et de l’autre

tenant, voici comme je me sers de ce petit appareil : au lieu de faire successivement plusieurs perforations sur diverses faces de la pierre, je n’en fais qu’une seule; après quoi, je relire le perforateur : je prends ensuite l’une des limes dont je viens de parler, je la place dans sa gaine, qui la redresse; je l’insinue dans cet état dans la canule interne de la pince lithoprione, je la porte dans le trou fait à la pierre : la gaine étant alors retirée, la lime devient excentrique, elle presse contre les parois de la perforation; si elle est mise en mouvement, elle agrandit cette ouverture, et la creuse comme une coque d’œuf, qui finit par se briser, laissant des morceaux beaucoup moins nombreux que lorsqu’on fait plusieurs perforations successives ; la possibilité d’évider ainsi le calcul et do rendre sa destruction plus prompte, est due encore à la résistance que présentent les branches de la pince élastique. J’avais eu l’idée d’employer ainsi des. limes et des fraises excentriques, avant d’avoir songé à tirer parti du tire-balle de Ferri; mais les ressorts de montre n’avaient point assez de force pour résister à l’effort latéral de la fraise; ils obéissaient à son impulsion et suivaient ses mouvements, ce qui ne permettait pas d’en faire usage. »

« 3“ La troisième objection principale que l’on a faite au lithoprione, est relative à l’extraction des fragments; je ne sais pas encore si cette extraction présentera beaucoup de difficultés sur le vivant; mais sur le cadavre, je suis parvenu à les réduire jusqu’au dernier à un état de ténuité tel, qu’ils pouvaient franchir l’urètre avec facilité, en les écrasant avec une pince particulière. Cette pince est formée, ainsi que vous pouvez le voir, d’une gaine extérieure, d’une tige terminée par deux mors forts et courts, qui sont rapprochés avec beaucoup d’énergie l’un de l’autre, par une vis de rappel qui agit à l’extrémité externe de l’instrument {tig. 14) ; mécanisme que nous retrouvons encore dans le tire-balle d’Alphonse Ferri. »

«Voila, Messieurs, quels perfectionnements j’ai apportés depuis moins d’un an au lithoprione : la possibilité du broiement de la pierre dans la vessie me semble être devenue probable. Peut-êtreressaisurlevivantme fera-t-il connaître des difficultés que je n’ai point encore prévues; s’il en était ainsi, je m’efforcerais, aidé de vos conseils, de les faire disparaître.»

Pour copie conforme, le secrétaire perpétuel,

Signé, Paiuset.

DE LA LITIIOTUIÏIE.

narration est la même, c’est-à-dire que Civiale a fait l’applièation d’un instrument qui n’était pas le sien.

Si, devançant la marche de l’histoire, nous considérons la lithotritie du point où elle est parvenue, elle nous apparaît encore avec ses deux formes primitives : l’usure progressive et l’écrasement, l’action lente et la force vive; nous voyons la première, seule appliquée d’ahord, céder peu à peu devant la seconde, et disparaître enfin presque tout-à-fait. Mais, avantd’en venirà ce point, bien des essais ont été tentés dont nous devons tracer l’histoire. Suivons d’abord dans ses développements le premier des deux procédés, celui de l’usure progressive aveC'Ses instruments à forets; nous reviendrons ensuite sur le procédé de l’écrasement.

Sy'^ème des perforations successives.

La pince'à trois Branches (V. fig. \k), avec son foret, son archef et son étau, était, comme nous l’avons dit, connue depuis un an, lorsque Civiale en fit pour la première fois une heureuse application en 1824. Toutefois, nous devons ajouter que cet instrument avait reçu de lui quelques dispositions nouvelles: ainsi, des boîtes à étoupe renfermaient le liège ou le cuir destiné à empêcher le liquide de s’écouler entre les4ubes, tandis que dans l’appareil primitif ces substances étaient appliquées seulement aux extrémités des tubes par des attaches; le foret, au lieu d’être cylindrique, était terminé par une tête plus grosse formant une fraise; enfin, pour imprimer à ce fo-

ret le mouvement de rotation, Civiale, revenant sur ses idées publiquement émises, avait adopté l’étau et l’archet , changeant seulement la disposition du ressort qui

Figure 14.

DE LA LITHOTRITIE.

devait pousser d’une manière continue le foret contre la pierre.. ■

Un seul de ces changements, la fraise terminant le foret, avait quelque importance ; la possibilité de faire au calcul des trous plus larges rendait, en elfet, sa destruction plus rapide; mais, en même temps, elle reculait l’application d’un autre perfectionnement indiqué par Leroy-d’Étiolles dans le mémoire présenté en 1823 à l’Académie de chirurgie : nous voulons parler de Y évidement et de l’écartement de l’extrémité vésicale des forets.

Le système des perforations successives, qui s’exécutait avec le trois-branches et la fraise simple,-consistait à faire des trous au calcul dans diverses directions, jusqu’à ce qu’il fût divisé; c’est ainsi que Civiale a constamment pratiqué la lithotritie pendant douze années. Dans ce mode opératoire-,, il fallait saisir la pierre, la forer, la lâcher, la saisir de nouveau, la forer encore jusqu’à ce qu’elle fût brisée : répétition de manœuvres difficiles pour l’opérateur, longues et pénibles pour le malade, si l’on considère surtout combien fréquemment il arrive que l’on retombe dans l’un des trous précédemment faits. Malgré des inconvénients aussi nombreux et aussi palpables, ce procédé fut longtemps maintenu par la persistance d’un homme qui, après avoir imprimé à la lithotritie une impulsion puissante par le succès de ses premières opérations, devint ensuite, pendant quelques années, un obstacle à son développement, par la guerre toute personnellu qu’il fit à la perfectibilité de cette méthode.

Évidement. — Malgré l’exemple et les dénégations de Civiale, on finit par comprendre que l’action de saisir le

mSTOIKE

calcul étant la partie de l’opération la plus difficile pour l’opérateur, et la plus pénible pour le malade, il fallait agir le plus longtemps possible sans lâcher prise. Les prévisions de Leroy-d’Etiolles, dans son mémoire de 1825, furent donc reconnues exaotés, et^sfon revint à l’idée d’évider les pierres au moyen de forets excentriques ou à écartement (V. fig. 15 et i5J,. Heurteloup fut le premier qui entra dans cette voie,, et, selon son habitude , ce fut avec des pét-fectiounements- ingénieux (1).

Mais l’évideur d’Heurteloup ne pouvait être mis en usage qu’avec sa pince à quatre branches indépendantes, qu’il appelle pince-forceps, instrument dont son auteurluimême ne se servait que dans des cas exceptionnels, pour de très-grosses pierres, par exemple (V. pi. lOj. La pince à trois branches continuant d’être appliquée dans la généralité des cas, c’était avec cet instrument surtout qu’il convenait de faire l’évidement; de là le foret à développement à tête fenêtrée de Leroy que l’on voit dans la figure 14, G, D; de là le foret à virgule d’Heurteloup {fig. 17), le foret incliné de Pecchioli, les forets à double , écartement de Greiling, Charrière, et plusieurs autres encore.

Gnigement de la pierre. — Le procédé de. l’évidement creusant la pierre du centre à la circonférence,

(1) Dans l’un des rapports àl’Ins.titut pour les prix Monihyon, 1828, il est dit : « Le procédé de Y évidement, dont l’idée première aiîpar- 3) tient à M. Leroy-d’Étiollcs, déjà connu de l’Académie coinmcprm- )) cipal inventeur des instruments lithotrit'eurs, a été iierfectionné )> par M. Heurteloup, » etc.

DE LA LITHOTUITIE.

SI

la réduisait à l’état d’une coque dont les éclats devaient être ensuite recherchés et écrasés : pour éviter de faire des fragments qu’il supposait difficiles à rencontrer, Meyrieux imagina d’agir sur la pierre en sens inverse, c’est-à-dire de la circonférence au centre, au moyen d’un foret formé de deux ailes articulées, qu’il nomma lithorimeur. Cette idée, bonne en elle-même, ne put être exécutée d’une manière convenable : l’appareil dont ce foret faisait partie, ingénieusement conçu sous le rapport mécanique, présentait sous le rapport pratique des vices capitaux dont nous dirons un mot tout à l’heure

Rigal, pour obtenir le même effet, s’y prenait d’une autre manière ; c’était la pierre qui, emmanchée en quelque sorte sur le foret, tournait ensuite avec lui, et frottait sur les branches garnies d’aspérités, lesquelles faisaient l’office de râpe. Rigal est doué d’un trop bon esprit pour avoir songé sérieusement à mettre en pratique ce moyen de destruction de la pierre; et cependant on se ferait difficilement une idée, si l’on no voyait son instrument, de toutes les ressources d’imagination qu’il a déployées pour réaliser cette donnée. C’est à ce même système du grugeraient que peuvent encore être rapportés le mandrin denté du major Martin, l’instrument à râpe d’Elgerton, dont nous avons parlé dans l’exposition des éléments de la lithotritie.

De l’éclatement. — Si l’on ne considère que la structure des instruments au moyen desquels l’éclatement s’opère, on devra le placer dans la classe que nous venons de parcourir , à côté de l’évidement, puisque les

instruments qui servent pour l’un et l’autre sont identiquement les mêmes; cependant, si l’on réfléchit qu’au lieu d’user la pierre on en produit immédiatement la division, l’on reconnaîtra qu’il serait possible de faire de l’éclatement un système distinct : tenant à l’usure progressive par la forme des instruments au moyen desquels on l’exécute, et à l’écrasement par ses effets, il peut servir de transition entre ces deux procédés.

L’éclatement a été mis pour la première fois en usage par Fisher,sur une pierre engagée dans l’urètre; ne pouvant l’extraire même après l’avoir perforée avec la tarière d’Ambroise Paré, il imagina d’engager dans le trou une pince à pansement et de la briser par l’écartement des mors (1). Leroy, comme nous l’avons dit, avait le premier imaginé de produire l’élargissement de la partie vésicale du foret par l’interposition d’une tige en forme de coin fV. fîg. plus tard il proposa de faire servir

Figure 15.

à l’éclatement de la pierre engagée dans l’urètre ; ces forets à développements, qu’il employait pour les calculs vésicaux, comme évideurs (2); il lui arrivait bien quelquefois, en développant trop brusquement les ailes, de faire éclater la pierre; mais il n’avait pas alors apprécié tous les avantages de ce mode

(1) Haller, Disputât, chirurg., tom. iv, pag. 72.

(2) Leroy, Exposé des procédés pour guérir de la pierre, pag. 149, Paris, 1825.

DE LA LITHOTUITIE.

d’action , et ce lutRigal qui le posa en principe, comme procédé pour les calculs vésicaux , rapportant toutefois à Leroy l’idée première de l’élargissement du foret pour l’obtenir (1).

L’éclatement s’opère avec des forets à développement semblables à celui qui est représenté en G, D {Fig. 14). Ce foret est creux et contient une tige terminée par deux petits renflements dentés en forme d’ailes, qui sont renfermés dans l’épaisseur de la tête du foret, comme on le voit en C. Pour produire l’éclatement, l’on pratique un trou à la pierre, ainsi que dans le procédé des perforations successives; puis, faisant agir un écrou sur la tige du foret garnie d’une vis, l’on développe, comme on le voit en D, les ailes au centre de la pierre, qui cède à cet effort d’expansion ou de soulèvement.

Il faut beaucoup moins de force pour rompre une pierre en la faisant éclater qu’en l’écrasant; dans l’écrasement, les molécules, se prêtant mutuellement appui, résistent mieux à un effort de compression qu’elles ne peuvent faire contre une force d’expansion agissant de dedans en dehors.

Le mécanisme qui fait développer et rentrer les ailes du foret se voit dans les fig. A, B (PL 14^.

Par la division immédiate et la destruction plus rapide de la pierre, l’éclatement fut un progrès véritable; dépossédé aujourd’hui de son importance par les divers procédés d’écrasement, il n’est plus applicable qu’à certains calculs développés ou arrêtés dans l’urètre. Quant

(1) Rigal, Vestruclion mécanique des calcxds , pag. 62.

HISTOIIIE

aux gros calculs vésicaux rétractaires au percuteur, poui' lesquels on l’a proposé, mieux vaut d’ordinaire la cystitomie.

Forme des pinces.

Les moyens d’agir sur la pierre ont été, comme on vient de le voir, l’objet de nombreuses modifications, dont quelques-unes, les forets à développement, par exemple, étaient de véritables perfectionnements; les moyens de saisir et de fixer les calculs ont aussi donné lieu à un grand nombre d’essais ; ainsi la pince à forceps d’Heurteloup avait pour but de mieux saisir la pierre, de mieux la fixer, que ne le faisait la pince à trois branches. Ayant observé que rarement les trois crochets de la pince portent sur la pierre lorsqu’elle est aplatie, ce qui est le cas le plus ordinaire, Heurteloup rendit indépendante chacune des quatre branches de sa pince, afin qu’étant mobiles séparément, les crochets qui les terminent pussent tous venir appuyer sur le calcul et le fixer, quelle que fût sa forme. . '

Dans la fig. 16 on voit l’instrument ouvert, et la quatrième branche rétractée. Une petite pince à trois branches très-flexibles, passe dans le tube central, va saisir la pierre et l’amène entre les divisions. Quand elle est assujettie par les crochets, la petite pince, appelée servante par Heurteloup, est fermée, retirée, puis remplacée par le foret que l’on peut voir dans la fig. 16 bis, lequel s’incline et se redresse en obéissant à la pression alternative de deux vis sur deux plans inclinés en sens inverse {Fig. 16, n. 2).

figure 16.

«E LA LITHOTRITIE.

ot)

^VvrelGbis p..

Figure 16 ter.

HISTOIHE

Cet instrument remplissait les conditions pour lesquelles il avait été imaginé ; mais la complication de sa structure, l’attention soutenue que demandait son application, pour éviter les dangers qui résultaient du défaut de rapport constant entre la longueur des branches et celle du forêt; la nécessité d’employer un autre instrument pour achever la destruction de la pierre, ont déterminé l’abandon de cette pince, qui n’en restera pas moins dans l’histoire de la science, comme un témoignage de la féconde imagination de son auteur.

La difficulté de retrouver les fragments delà pierre brisée , la crainte de ne pouvoir tout extraire , devaient faire naître la pensée d’envelopper le calcul et d’en retenir les débris jusqu’à ce qu’ils fussent pnlvérisés. Dans ce but. Leroy fit exécuter deux instruments garnis d’un filet, s’ouvrant et se fermant comme une bourse, et disposés de manière à ne laisser échapper que la poudre fine; ces deux instruments sont représentés dans la planche V de l’ouvrage intitulé Exposé des Procèdes pour guérir de la Pierre, in-8°, 1823, Il ne fallut pas à ce chirurgien un bien long examen pour comprendre qu’envelopper une pierre dans une poche exposerait à ne pouvoir retirer l’instrument; aussi se garda-t-il bien de l’appliquer.

Cette idée d’envelopper le calcul vient d’être tout récemment reproduite par un médecin qui s’est acquis une réputation méritée dans le traitement des maladies de l’oreille. Engager la pierre dans une peau d’anguille adaptée à la pince à trois branches; ramener au-dehors par l’urètre l’extrémité de cette gaîne au fond de laquelle est poussé le calcul ; introduire un brise-pierre dans la peau

I)E LA LITHOTRITIE.

(l’anguille; saisir la pierre et l’écraser en préservant l’urètre et la vessie du contact de l’instrument : tel est le but auquel M. Deleau espère parvenir. Mais un calcul, cl moins qu’il soit bien petit, ne peut être broyé en une seule application : l’instrument est donc retiré, les débris de la pierre restent au fond du boyau dont l’ouverture dépasse l’urètre, et l’urine se fait jour en dehors ; l’opération est reprise au bout de quelques jours, et quand la pulvérisation est complète, les débris de la pierre sont extraits avec la gaine qui les renferme comme un bouchon l’est d’une bouteille.

Meyrieux, pour retenir la pierre ou ses fragments, exécuta une pince à dix branches très-flexibles, lesquelles se rapprochaient au moyen d’un cordonnet de soie, de manière à ne laisser entre elles que fort peu d’intervalle; la pierre enfermée dans cette cage était, comme nous l’avons dit, usée de la circonférence au centre, ou plutôt d’avant en arrière, au moyen du lithorimeur. La difficulté que l’on éprouve à saisir le calcul avec cet instrument, l’espace que son développement réclame, l’impossibilité dans laquelle on peut se trouver de lâcher la pierre, lorsque l’on ne parvient pas à la pulvériser dans une seule séance ; le défaut de rapprochement complet de branches aussi flexibles, tenues écartées par le magma, formé de la poudre de la pierre et du mucus de la vessie; la section du cordonnet par le foret, qui a lieu fréquemment; toutes ces raisons, et quelques autres encore, ont fait rejeter l’instrument de Meyrieux, malgré les efforts qu’a faits Tanchou pour en corriger les défauts.

HISÏOIKE

Nous avons vu combien la rectitude des instruments avait influé sur le développement de la lithotritie; pourtant on ne tarda pas à s’apercevoir que chez un certain nombre de calculeux les lithotribes droits ne peuvent franchir le col de la vessie, et que, pour ceux-là, il fallait revenir à la forme courbe : de là les pinces à forets flexibles de Leroy et de Pravaz. Pour transmettre le mouvement de rotation dans la courbure, le premier se servait d’une tige flexible ou contournée en spirale; le second, d’une chaîne articulée, imitée de celle de Vaucanson. La difficulté de la manœuvre de ces forets, la lenteur de leur action, firent bientôt regretter, dans ces circonstances exceptionnelles, les forets à tige droite, et l’on y revint par deux routes différentes. Pour faciliter l’introduction des lithotribes droits, Leroy imagina te procédé de la dépression du col vésical au moyen de sondes qui se redressent dans l’urètre et abaissent la portion prostatique de ce canal. Heurteloup et Benvenuti s’y prirent d’autre sorte : l’une des branches, plus longue et courbe, servit à franchir le col; mais, une fois ouvert dans la vessie, l’instrument paraissait droit et agissait comme les lithotribes à forets de cette espèce.

Pour compléter l’indication des instruments appartenant par leur mode d’action au système de l’usure progressive , nous devons mentionner un lithotribe imaginé par un horloger de New-York, nommé Luckens, lequel n’est autre que le premier instrument à ressort de montre nommé lithoprione, présenté à l’Académie de chirurgie en 1822, par Leroy; enfin il nous reste les instruments que Fournier de Lampdes a publié en 1829,

DE LA LITIIOTRITIE.

et qu’il dit avoir imaginés en 1812, L’Académie des Sciences, appelée à juger cette assertion, n’a pas été probablement convaincue de son exactitude, car elle n’en a pas même fait mention, malgré les demandes réitérées de M. Fournier; j’ignore ce que pouvaient être ces instruments dans leur origine; mais aujourd’hui encore ils sont complètement inapplicables.

Il s’en faut, comme on le voit, que les tentatives faites pour perfectionner les moyens de saisir et fixer la pierre aient amené des résultats bien satisfaisants ; le Irois-hranclies, plus simple dans sa structure et son mode d’action, était sorti victorieux de toutes ces épreuves, et ce n’est que par des instruments appartenant à un autre système, celui de l’écrasement, qu’il a pu être dépossédé de sa supériorité : aussi voyons-nous que les seuls perfectionnements qui dans la ligne de l’usure progressive aient été utiles, sont ceux qui avaient la pince à trois branches pour objet ou pouvaient s’y appliquer.

Division de la pierre par une scie. — Un autre instrument mérite encore une mention particulière : c’est celui de Weiss, coutelier à Londres, représenté dans les figures 17 et 17 bis. Il est courbe et formé de deux pièces glissant à coulisse l’une sur l’autre : entre les mors est cachée une petite scie destinée à diviser la pierre par un mouvement de va et vient, lorsqu’elle est fixée par les branches maintenues en rapport avec elle par un écrou et une vis (1). Cet instrument est l’opposé des forets à éclatement; par sa forme, il ressemble tout-à-fait

(1) Catalogue of surgical, instrument London, 1825.

HISTOIKE

iO

au brise-pierre percuteur; par son mode d’action, il appartient à l’usure progressive. Il n’y avait qu’un pas à faire pour arriver de ce lithoprione au percuteur : un tour d’écrou de plus, en rompant le calcul que l’on n’aurait voulu que fixer, pouvait faire franchir ce pas ; mais Weiss a laissé son œuvre incomplète. Leroy et Retoré sont arrivés plus près encore, ainsi que nous le dirons tout à l’heure, de l’écrasement, avec un instrument courbe à deux mors; mais un essai infructueux a reculé de six ans l’invention du brise-pierre dont aujourd’hui

DE LA LIÏHOTKITIE.

nous faisons usage. Plusieurs auteurs anglais, M. King entre autres, attribuent à Weiss l’idée première du percuteur; mais c’est à tort ; la petite brochure de Weiss n’indique pas d’autre instrument ayant une forme semblable, et l’on peut s’assurer que l’écrou avait pour unique objet de maintenir la pierre, non de la broyer.

Écrasement de la Pierre.

Si nous voulions prendre au sérieux la phrase des auteurs arabes que nous avons citée, dans laquelle il est parlé de pierres qui se brisent en les retournant dans la vessie avec un instrument subtil, nous dirions que le procédé de l’écrasement est plus ancien que celui de l’usure progressive; si, au contraire, nous n’avons égard qu’aux faits avérés, nous voyons les deux procédés apparaître presque à la même époque, mais l’écrasement se développer beaucoup plus tard.

Parmi les instruments que les chirurgiens des siècles derniers employaient à l’extraction des pierres arrêtées dans l’urètre, il en est qui paraissent merveilleusement disposés pour opérer l’écrasement : telle est la pince figurée dans l’ouvrage de Fabricius Hildanus, que nous avons reproduite dans les figures 4 et S ; telle est encore la pince de Germanus décrite par Severinus (1),

(1) Mihi instrumentum extractorium proposait Joannes Germanus , chirurgus sœpius a me licet non satis laudatus ; fistulare illud eum ternis in extremo prehensoriis quasi digitatis, interne dentatis, et modice cimis incurvisque, qui dum inseritur fistulain penem contracti manserint ; postquam intrusum calcuH locum attigit claviculo , qui per cochleam in imo torquetur, dehiscunt, et, corprisculum

Dans tous les deux, l’écartement et le rapprochement des branches s’opéraient au moyen d’un écrou et d’une vis; pour peu que la constriction devînt énergique, la pierre devait céder sous la pression ; et pourtant ces mômes chirurgiens ne disent pas avoir une seule lois opéré de la sorte la rupture des petits calculs.

Dans le même temps que Gruithuisen imaginait de fixer la pierre avec une seule anse de fil de laiton pour la forer, il inventait un instrument qu’il appelait tranchepierre, au moyen duquel il pensait pouvoir subdiviser les fragments [V.figAS). Cet instrument était formé de deux branches tranchantes par leurs bords, en regard comme les lames d’une paire de ciseaux ; ces lames, portées par la même tige, s’écartaient en vertu de leur élasticité ; en les retirant dans un tube, on déterminait leur rapprochement. Ce tranche-pierre de Gruithuisen n’était pas plus applicable sans doute que son perce-pierre ; mais du moins nous devons convenir que là encore il indiquait, bien que grossièrement, l’une des routes dans lesquelles nous avons marché depuis; il était en réalité plus loin de l’écrasement que Fabricius; mais il en était plus rapproché par l’intention.

Écrasement par un encliquetage et un levier; réunion de la constriction et du frottement. '■— Ce mode de destruction de la pierre fut inventé par Araussat en 1822, et, par une coïncidence remarquable, soumis, comme nous l’avons dit, à l’examen de l’Académie de Chirurgie dans la

alienum appréhendent es, rursus coarctantur rotato cochleari scapo, sic la revertentes calculus sequalur.

(De ejficaci medicinâ, cap. 135, pag. 131 )

DE LA LITHOTRITIE.

Figure 18.

séance où Leroy présentait son premier perce-pierre. L’instrument au moyen duquel Amussat se proposait d’écraser les calculs est représenté dans la figure 10.

Un tube reçoit deux fortes tiges de fer formant deux demi-cylindres appliqués l’un contre l’autre par leur partie plate, ayant l’une de leurs extrémités garnie de dents ou mors d’un côté, terminées de l’autre par une crémaillère dont les crans reçoivent deux cliquets placés sur l’extrémité du tube qui leur sert de gaine. Un le-

Figure 10.

vier passé dans deux mortaises produit alternativement la traction des branches et leur retrait dans le tube, chacune d’elles devenant successivement, au moyen de l’encliquetage, un point d’appui pour l’élévation de l’autre; de là, frottement sur la pierre et pression croissante. Nous avons dit ce qui advint dans les premiers essais que l’on fit de cet instrument : Amussat ne s’occupa point

DE LA LITHOTRITIE. 45

de faire disparaître les défauts dépendant d’une première exécution, et son attention se porta vers le perfectionnement des instruments à forets.

Cinq ans après, Heurteloup pensa qu’il serait utile de joindre au procédé de l’évidement un instrument qui pût saisir les fragments minces et plats provenant de la coque, lesquels, comme toutes les pierres très-plates, ne pouvaient être que difficilement saisis et attaqués par les instruments à forets; l’idée d’après laquelle avait été conçu le brise-pierre à frottement d’Amussat lui sembla pouvoir devenir féconde au moyen de plusieurs modifications. Ce brise-pierre était d’un volume énorme; Heurteloup le réduisit : la disposition des mors, formés de deux arêtes en regard, s’opposait à ce que les pierres pussent être saisies convenablement ; Heurteloup en changea la forme : il donna aux branches, par le moyen de deux mamelons, plus d’écartement qu’elles n’en avaient; il changea la disposition du levier, et renferma l’encliquetage dans une enveloppe métallique servant de poignée. Cet instrument, qu’il a nommé brise-coque, se voit dans la figure 19.

Heurteloup a mis dix fois cet instrument en usage : huit fois en Angleterre, et deux fois avant de quitter la France. Nous avons assisté à ces deux opérations; l’une avait pour témoins les commissaires désignés par l’Institut pour examiner le brise-coque ; l’autre fut pratiquée publiquement dans l’amphithéâtre de l’hospice Saint- Côme. Toutes deux ont réussi ; cette dernière fut extrêmement laborieuse, et il y eut ceci de remarquable, que les pierres, qui étaient petites, furent broyées sans que

Figure 19.

l’opérateur en eût la conscience ; une seule séance suffit pour la guérison. [Principles oflitliolrily.)

DE LA LITHOTKITIE.

Le brise-coque n’était certainement pas exempt de défauts. Nous venons de voir, par l’un des faits cités, que le chirurgien n’est pas suffisamment averti de la présence du corps étranger entre les mors de l’instrument , parce que ses mouvements déterminent des frottements considérables et n’ont pas assez de liberté. La longueur des branches pourrait encore faire craindre une rupture. Cependant cet instrument fut, à l’époque où il parut, un progrès véritable; son action sur les petites pierres et les fragments est beaucoup plus rapide que celle de la pince à trois branches, le seul instrument appliqué jusqu’alors; le seul par conséquent avec lequel il peut être comparé. Il est donc probable qu’il serait resté dans la pratique sans l’invention du brise-pierre articulé de Jacobson et du percuteur courbe d’Heurteloup.

Plusieurs autres instruments écrasant la pierre par frottement ont encore été imaginés par diverses personnes. Dans celui de Civiale, une des branches est fixe ; l’autre exerce le frottement par un mouvement de va et vient que lui imprime un pignon engrenant une crémaillère. Celui de Colombat est à deux branches mobiles; il est dépourvu d’encliquetage et muni d’une chaîne à l’extrémité des branches, destinée à ramener au-dehors celle qui viendrait à se casser. L’instrument de Rigaud est à trois branches mobiles et à encliquetage. De tous ces instruments agissant par frottement et par pression tout à la fois, le plus puissant est, sans contredit, le brise-coque d’Heurteloup; c’est, de plus, le seul qui ait été appliqué ; aujourd’hui, comme tant d’autres, il est devenu inutile.

L’écrasement par l’action d’un levier se retrouve encore dans une pince à trois branches très-fortes et trèsvolumineuses que M. Sir-Henry, coutelier, voulait faire servir à l’écrasement de la pierre. L’essai qui fut fait sur table à la Clinique de l’Hôtel-Dieu ne fut pas satisfaisant : l’une des branches de l’instrument se brisa sous l’effort du levier, et la pierre demeura intacte.

Enfin, il y a deux ans, Amussat a de nouveau fait servir l’action du levier à l’écrasement des calculs vésicaux, en l’adaptant au percuteur.

Écrasement par l’action d’un écrou et d’une ois.

Les pinces urétrales de Fabricius et de Germanus n’ayant pour objet que la simple extraction des pierres engagées dans le canal, il en résulte que la pensée première de l’emploi en lithotritie de l’écrou et de la vis, ainsi que son application, appartiennent à Leroy-d’Étiolles, qui les a décrits dans son mémoire de 1825, et qui a présenté à l’Académie de Chirurgie la première pince à écrasement de cette espèce. (Voir le Mémoire, p. 16 et la fig. 20). Quelques années après, Rigal, dont l’imagination inventive s’est exercée sur plusieurs des procédés de lithotritie, s’est attaché à perfectionner la pince à écrasementdeLeroy. Un double écrou, semblableà celui destirebouchons dits anglais, devait, suivant lui, prévenir la torsion de la tige, torsion qui, du reste, n’a pas lieu; un fil passé dans l’extrémité des branches devait, en cas de rupture de l’une d’elles, servir à la ramener au-dehors.

En 1825, un essai qui pouvait devenir fécond en ré-

1)E LA LITIIOTKIÏIE.

Figure 20.

sultats fut fait par Leroy-d’Étiolles et un mécanicien nommé Retoré, qu’il employait alors à la construction de ses instruments. Celui-ci conçut la pensée d’un brisepierre à mors recourbés, formé de deux pièces glissant à coulisse l’une sur l’autre et se rapprochant par l’action d’une vis. Cette idée fut adoptée par Leroy-d’Étiolles, et sur sa demande l’instrument fut exécuté, mais avec une courbe contraire à ses indications ( F. 21,22, 23). Le premier modèle s’étant cassé en recevant la trempe, un second fut exécuté. L’introduction dans l’urètre d’un cadavre convainquit bientôt Leroy de la nécessité de faire disparaître la courbe suivant un segment de cercle, donnée par le mécanicien; puis, quand il voulut essayer la

Figure 21.

force de l’instrument, il se rompit. Ce résultat provenait encore de la courbe régulière du corps du brise-pierre ; le glissement de la branche mobile n’étant point borné,

DK I.A LITIIOTKITIE.

Figure 22.

elle obéissait à la vis, bien que sa mâchoire eût rencontré celle de la branche fixe; elle la dépassait bientôt en longueur, et l’action de la vis continuant, elle devait

se rompre dans sa partie moyenne, comme en effet cela eut lieu {fîg. 22 et 25). Comment Leroy ne vit-il pas alors ce qui maintenant saute aux yeux, pour

DE LA LITHOTRITIE.

employer une expression vulgaire, mais exacte? Comment ne fit-il pas exécuter les modifications légères dont il avait indiqué l’urgence, au moyen desquelles il eût rendu cet instrument applicable? C’est ce que l’on s’expliquerait difficilement aujourd’hui. Préoccupé à cette époque de la pulvérisation complète des calculs par les forets à développement, il s’en tint aux essais qu’il venait de faire, et se laissa détourner d’une direction qui semblait devoir le mener à l’invention du percuteur.

Un autre modèle tout-à-fait semblable à celui dont nous donnons le dessin fut encore exécuté par M. Retoré et exporté à Vienne; c’est cette circonstance qui, plus tard, fit supposer qu’il était d’invention allemande. Quant au modèle brisé demeuré en France, il fut cédé par M. Retoré à son frère, avec d’autres épreuves de rebut; il appartient maintenant à Amussat, qui l’a acheté dans un lot de vieille ferraille.

Ce brise-pierre et les tentatives auxquelles il avait donné lieu étaient oubliés, même de ceux qui devaient le mieux se les rappeler, puisque Leroy avait omis d’en faire mention dans son tableau historique de la lithotritie, lorsque Costello le vit entre les mains de son compatriote M. Fisher, auquel M. Retoré l’avait prêté. M. Costello se prétend l’émule d’Heurteloup en Angleterre; il crut en tirant ce brise-pierre de la poussière et de l’oubli avoir trouvé un excellent moyen de déposséder son puissant rival de l’invention du percuteur : il s’empressa donc de publier que la découverte du nouveau brise-pierre appartenait à un Anglais, ce qui ne pouvait manquer de trouver créance dans la Grande-Bre-

tagne; toutefois, M. Fisher refusa la part d’invention qui lui était faite si gratuitement; et Leroy-d’Étiolles, rappelant ses souvenirs, porta le flambeau de la vérité sur un fait important de l’histoire de la lithotritie, mais qui ne fut en réalité qu’une tentative infructueuse iguorée d’Heurteloup; de laquelle, par conséquent, il ne put profiter pour l’invention du percuteur.

L’instrument qui le premier a montré, pratiquement, la puissance de l’écrasement par l’action de la vis et de l’écrou, est le brise-pierre articulé de Jacobson , publié en 1829; cet instrument est représenté dans les fig. 24 ef 25.

Dans la fig. 22, on voit le brise-pierre fermé; il est développé dans la fîg. 23, et forme une anse dans laquelle il faut engager la pierre : a est la gaine ou le corps de l’instrument, 66 est la branche flxe, ccc sont les articulations de la branche mobile, f est le pavillon qui sert de point d’appui à l’écrou ee, lequel, agissant sur la vis dcl que porte la branche mobile, tire avec force cette branche, détermine son rapprochement de la branche fixe 6, et produit l’écrasement de la pierre quelle embrasse.

La force de cet ingénieux instrument est beaucoup plus grande quelle ne paraît l’être au premier abord; cependant elle n’est pas telle qu’il ne puisse se rencontrer un certain nombre de calculs capables, par leur volume et leur dureté, de résister à son action ; dans ce cas, le brise-pierre est exposé à se rompre, car la puissance de l’écrou sur la vis ne peut être ni calculée, ni modérée avec certitude, et, comme elle va toujours croissant, il faut que la pierre cède ou que l’instrument se brise. Il est donc in-

DK LA LlïnOTHIÏIE.

Figure 2i. Figure 25.

dispensabledeprévoirlecasoù, larésistance du calcul étant supérieure à celle de l’instrument, la rupture de ce dernier aurait lieu, et de se mettre à l’abri des accideuts en assurant son extraction. Ce danger, qui ne paraissait pas avoir frappé Jacobson, a disparu par une modification légère dans la disposition des articulations. Une addition utile a encore été faite par Leroy au brise-pierre de Jacobson : c’est un petit rateau destiné à nettoyer l’instru-

ment, afin de permettre un rapprochement complet des branches, qui, sans cela, étaient souvent tenues écartées par un magma- de pierre, quelque effort que l’on put faire pour les réunir fV. fig. 26 et 26 Us). Dans le hut d’évi¬

ter les angles brusques résultant de trois articulations seulement, Dupuytren augmenta leur nombre, sans affaiblir pour cela l’instrument.

Quelques autres perfectionnements furent encore apportés à la construction du brise-pierre articulé de Jacobson par deux mécaniciens, MM. Charrièrc et Grei-

DE LA LITHOTRITIE.

ling. Quant à l’addition d’une troisième branche à l’écrou ailé, improprement appelé volant, nous n’en parlons pas; c’est là un de ces changements de forme insignifiants, dont certains inventeurs à la suite font toute leur étude : il n’en faut pas davantage, en effet, pour se croire en droit de dire que l’on a perfectionné un procédé.

Lorsque le brise-pierre articulé fut adressé par son auteur à l’Académie des Sciences, de nombreuses préventions s’élevèrent contre lui ; on douta que les articulations multipliées dont l’une de ses branches est formée, présentassent assez de solidité pour écraser les calculs : deux branches, disait-on encore, étaient insuffisantes pour saisir et fixer la pierre, qui devait fuir sous la pression.

Ces préventions ne furent point partagées par Leroyd’Étiolles ; après avoir modifié, comme nous venons de le dire, le brise-pierre articulé, il en démontra l’efficacité par des applications nombreuses. Dupuytren s’empressa des premiers d’adopter cet instrument, et il fut plus heureux dans son emploi qu’il ne l’avait été dans celui de la pince à trois branches et des instruments à forets, lesquels s’étaient montrés rebelles à ses mains habiles, mais trop dédaigneuses peut-être de l’étude nécessaire d’un mécanisme compliqué.

Le brise-pierre articulé a commencé une ère nouvelle en lithotritie; sans le brise-pierre à coulisse ou percuteur d’Heurteloup, il serait encore le meilleur des instruments ■à écrasement.

L’écrasement par la pression graduelle est aujourd’hui le mode de destruction mécanique des calculs le plus généralement employé, soit qu’elle résulte de l’action d’une

vis et d’un écrou, soit qu’on la produise avec un pignon engrenant une crémaillère; mais comme l’instrument auquel cette pression s’applique avait été imaginé dans un autre but, la percussion, nous commencerons par décrire ce brise-pierre, dans lequel se trouvent réunies la puissance d’action et la simplicité de structure.

De la percussion et du percuteur.

Nous avons fait voir précédemment la similitude qui existe entre le brise-pierre de Leroy et Retoré, fig. 21, 22 et 25, celui de Weiss, fig. 1 7, et le percuteur d’Heurteloup ; un instrument tout semblable par sa structure fut encore imaginé par Leroy-d’Étiolles, en 1827 (1), pour apprécier le volume des calculs vésicaux (V. fig. 27 et 28).

Figure 27.

Pour arriver au percuteur, il n’y avait qu’à prendre dans ces trois appareils, puisqu’on eux se trouvaient réunis le but et les moyens ; mais cette combinaison, si simple en apparence, personne ne l’avait effectuée. Leroy, qui par deux fois avait été sur le point de réaliser

(I) Journal général de Médecine, l. 109, pag. 66.

DE LA LITHOTRITIE.

l’écrasement avec un instrument courbe, détourné de cette idée, comme" nous l’avons dit, par une première expérience peu satisfaisante, s’était arrêté dans cette voie, lorsqu’il semblait n’avoir plus qu’à étendre la main pour toucher le but.

Plus persévérant, plus convaincu sans doute de la puissance et de l’efficacité de ce système, Heurteloupne s’est pas laissé décourager par les difficultés d’exécution qu’il a rencontrées, car ce n’est pas du premier jet qu’il a pu réaliser sa pensée; quelque simple que nous paraisse aujourd’hui son percuteur, il a fallu briser plus d’une épreuve avant d’arriver à des formes et des proportions convenables.

Deux piècesprincipales composent l’instrumentd’Heurteloup fV. fig. 29 et 50 J; l’une de ces pièces est partagée par une coulisse longitudinale dans laquelle glisse la seconde branche. Courbes vers leurs extrémités, ces branches, lorsqu’elles s’écartent, laissent entre elles un intervalle dans lequel on engage la pierre, qui s’écrase pressée par les mors. Pour produire cette rupture, Heurteloup, après avoir assujetti solidement l’instrument en fixant dans un étau la branche double ou branche femelle, frappait avec un marteau sur le bout de la branche simple ou branche mâle, qui transmettait le choc à la pierre fV.fig. 23j, Le carré m est reçu dans l’étau; la percussion a lieu sur le point n.

La percussion est le moyen de destruction de la pierre le plus rapide que nous possédions jusqu’à ce jour; elle détermine un ébranlement dans ses molécules qui fait qu’elles se désunissent après plusieurs coups de marteau.

Figure 29. Figure 30.

sans que la force des coups ait augmenté; c’est, comme le dit Heurteloup, une sorte de démolition.

Beaucoup de pierres qui résistent à la pression par la vis et l’écrou, qui détermineraient la rupture de l’instrument avant de céder à cette force, sont mises en poudre par l’action du marteau : aussi la percussion estelle indispensable pour la destruction de certains calculs. Mais pour quelle soit faite convenablement, il faut que l’instrument soit maintenu avec le plus de fixité possible. Déjà l’inventeur du procédé de la percussion avait, depuis

DE LA LITHOTltlTIE.

longtemps, imaginé un étau destiné à rendre immobile à volonté les instruments de lithotritie. Cet étau, ou point fixe, fait partie d’un lit nommé rectangle que l’on verra représenté dans les pages suivantes. Nous reviendrons tout à l’heure sur sa description, ainsi que sur celle d’autres étaux imaginés dans le même but.

Lorsque le peu de dureté de la pierre ne nécessite que des coups de marteau très-légers, l’instrument peut être assez solidement assujetti par des aides pour que l’ébranlement déterminé par la percussion ne soit pas ressenti douloureusement par la vessie; mais alors il est rare qu’elle ne cède pas à la pression. Lorsque l’emploi du marteau devient réellement nécessaire, le point d’appui fixe l’est presque toujours aussi.

Cependant, l’immobilité de l’instrument posée en principe par Heurteloup et nécessitée par la percussion n’était pas sans inconvénient : l’immobilité absolue du malade était la conséquence inévitable de la fixité du point d’appui, car ses mouvements auraient produit de graves lésions de la vessie; de plus, la jonction de l’instrument à l’étau, chaque fois que la pierre était saisie, nécessitait des tâtonnements et une perte de temps : ces inconvénients firent chercher les moyens de donner au percuteur la faculté d’écraser les calculs par la pression, et de faire succéder l’un à l’autre ces deux moyens de destruction.

Écrasement par la pression des mains. p

Lorsque le calcul est petit et friable, la pression de la main peut suffire pour en obtenir l’écrasement. Pour

IIISTOIUE

seconder la force que développe ainsi l’opérateur, on a placé sur l’extrémité de la branche mâle une large rondelle sur laquelle presse la paume de la main; d’autres, parmi lesquels M. Bancal, ont adapté à chacune des branches des poignées transversales, dont on se sert pour opérer le rapprochement. Ces additions n’ont pas seulement l’inconvénient d’alourdir l’instrument et d’en rendre la manœuvre difficile ; mais cette pression, dans laquelle l’opérateur met toute la force de ses poignets, peut encore avoir des conséquences fâcheuses ; si la pierre se brise après avoir résisté, le rapprochement des branches est brusque et rapide, plus rapide"souvent que ne voudrait le chirurgien ; car si la vessie, mal distendue, formait un pli; si une colonne charnue saillante se trouvait interposée, les mors les accrocheraient et les déchireraient infailliblement.

L’écrasement avec la main ne peut donc être opéré que quand les pierres sont très-friableS ou très-petites, encore demande-t-il des ménagements. Il a donc fallu, par conséquent, avoir recours à des moyens de pression plus énergiques : la vis et l’écrou, par exemple.

Cette fusion des deux procédés ou la possibilité de faire servir le percuteur à l’écrasement par l’action d’une vis, est due à Touzay, qui depuis quatre ans a quitté la France pour se 6xer en Amérique. C’est au mois d’avril 1852 que ce médecin fit faire par M. Greiling ^on appareil à pression, qui consistait dans un écrou s’adaptant par deux prolongements sur le pavillon de la pièce fixe du brise-pierre à coulisse ou percuteur, et dépassant l’extrémité de la branche mobile, sur laquelle

DE LA LITHOÏIllTIE.

agit par une pression directe une vis munie d’une poignée (F. fig. 31).

Figure 31

Dans son ouvrage sur la lithotripsie par percussion, Heurteloup dit avoir, dès l’année 1851, imaginé un compresseur tout-à-fait semblable à celui de Touzay; il ne l’a pas rendu public avant 1833, parce que la pression lui avait, avec raison, paru moins puissante que la percussion,

Clot-bey a également fait exécuter par M. Charrière un pareil compresseur, pour joindre le mode d’écrasement à la percussion.

Les compresseurs de Touzay, Heuteloup, Clot-bey, devaient nécessairement être détachés de l’instrument, pour mettre à découvert le bout de la branche mobile lorsque, l’action de la vis étant reconnue insuffisante ou dangereuse, on voulait passer à l’emploi de la percussion. Pour éviter la perte de temps et l’embarras qui résultent de ces séparations et réapplications, Leroy-d’Etiolles a imaginé la disposition représentée dans la fig. 52.

HISTOIUE

La vis de compression e est creuse ; elle est traversée dans toute sa longueur par une tige métallique pg qui, d’un côté, appuie sur le bout de la branche mobile du brise-pierre, et dépasse de l’autre la poignée de la vis ou la roue qui en tient lieu. Lorsque la résistance de la pierre, trop forte, rend l’action de la vis dangereuse, on frappe avec le marteau sur l’extrémité de la tige p, et le choc est transmis par elle à la branche du percuteur, à travers la vis creuse.

1)E LA LITHOTRITIE.

Les moyens de pression dont nous venons de parler s’adaptent au brise-pierre lorsque le calcul est pris, et s’en détachent quand l’écrasement est opéré : on crut mieux faire en fixant l’écrou sur l’instrument et le faisant courir sur une vis, comme Leroy, Rigal, Jacobson, l’avaient fait précédemment pour leurs pinces ou brisepierres. M. Sir-Henry, coutelier, fut le premier qui, vers le milieu de l’année 1832, construisit un instrument analogue à celui d’Heurteloup, agissant par une vis de pression et une poignée fixe {V.fig. 35). Dans cet instrument, les mouvements de la branche mobile suivaient ceux de la vis, en sorte que ce n’était qu’en tournant celle-ci que l’on pouvait écarter les branches et les rapprocher. Ce mécanisme, qui rendait fort difficile le saisissement de la pierre, fut changé par Leroy-d’Étiolles : la branche mobile, devenue indépendante de l’écrou, put aller et venir avec facilité sous l’impulsion de la main ; une ouverture fut pratiquée dans la poignée, à travers laquelle fut prolongée la tige de la branche mobile ; un anneau B permettait de la retirer ou de l’avancer pour saisir le calcul. Un petit verrou c rendait le mouvement dépendant de celui de la poignée et de la vis. Le prolongement de cette branche au-delà de la vis de la branche femelle rendit aussi la percussion possible avec ce système ; pour la pratiquer, on détachait l’anneau B.

Des modifications de ce mode de pression furent depuis imaginées par Amussat et Charrière; c’est la réunion de ces dispositions diverses qui est représentée dans la pl. 54. Cet instrument est celui auquel Segalas fait allusion lorsqu’il parle de son procédé; Igg boute

placées aux extrémités des ailes de l’écrou pour rendre sa rotation plus rapide, paraissent en effet lui appartenir.

Valait-il mieux que l’écrou restât sur l’instrument pendant la manœuvre, ou bien était-il préférable qu’il consti-

DE LA LITHOTRITIE.

tuât une pièce indépendante? Cette question, assez vivement débattue il y a deux ou trois années, est facile à résoudre : le compresseur indépendant nous semble préférable parce que, dans la manœuvre, le brise-pierre, que l’on a improprement nommé à volant, fait perdre beaucoup de temps; il faut, en effet, que l’écrou ailé remonte sur la vis de toute l’étendue que l’on veut donner à l’écartement des branches de la pince, pour saisir la pierre; puis, lorsqu’elle est prise, il faut encore faire courir l’écrou sur la vis pour le faire descendre jusqu’à ce qu’il rencontre l’épaulement de la branche mobile sur laquelle il presse. Au surplus, la discussion sur ce point n’a pas été de très-longue durée. Bientôt de nouveaux perfectionnements ont présenté la question sous un autre point de vue.

Pour éviter d’une part le poids du compresseur ; de l’autre la perte de temps et les secousses qui résultent du mécanisme et des mouvements de l’écrou ailé courant sur la vis, Leroy-d’Étiolles a imaginé de former cet écrou de deux pièces s’ouvrant à charnière, se fermant comme un anneau par un loquet, pouvant s’enlever en un instant pour permettre aux branches de l’instrument de s’écarter, puis venant s’adapter à l’épaulement ou au collet sur lesquels il doit s’appuyer pour agir.

Ce fut au brise-pierre articulé de Jacobson que Leroy fit d’abord l’application de l’écrou brisé. Pour le joindre au percuteur, il en changea légèrement la disposition ; car dans le premier instrument, l’écrou rappelle Ja branche mobile ; il la pousse, au contraire, dans le percuteur. Les fig. et 38 montrent les deux portions de

Figure 35.

l’écrou rapprochées; il est ouvert dans la fig. 56, où l’on voit les filets qui s’adaptent à ceux de la vis. Dans le point G, l’on aperçoit une rainure profonde qui reçoit une saillie G de la branche femelle ou fixe [Fig. 57) ; l’écrou, tournant librement sur cette espèce de collet, fait monter ou descendre la vis qui termine la branche mâle, et produit, suivant qu’on le tourne à droite ou gauche, le rapprochement ou l’écartement des branches. F est le loquet à ressort destiné à maintenir les deux portions de l’écrou rapprochées ; il est reçu dans la gâcheD. Cet écrou est indépendant du brise-pierre ; il s’y adapte lorsque le calcul est saisi, comme on le voit (fig. 58) ; il s’en sépare après l’écrasement.

. Il est manifeste que les écrous brisés ou articulés venant mordre sur la vis au point précis où leur action commence, rendent la manœuvre plus rapide.

DE LA LITHOTRITIE.

Nous avons eu déjà l’occasion de parler de l’opiniâtreté avec laquelle Civiale s’est opposé, pendant dix années , aux développements de la lithotritie ; il 6nit cependant par comprendre qu’il lutterait vainement contre l’évidence, et que s’il continuait à soutenir la supériorité du trois-branches à foret sur le brise-pierre courbe, il arriverait à être seul de son avis ; mais il avait si hautement et si souvent manifesté son opinion à cet égard, qu’il lui était impossible de changer brusquement de langage ; il commença donc par employer le percuteur, tout en continuant à vanter le trois-branches, avec lequel , dit-on, il fait encore une première et une dernière séance d’exploration. Si le fait est vrai comme tout le monde l’asssure, il ne peut résulter de ces applications , de la première surtout, que d’inutiles douleurs infligées aux malades. Mais il ne suffisait pas d’opérer avec le brise-pierre, il fallait arriver à convenir publiquement que l’on faisait précisément le contraire de ce que l’on avait écrit; et comme il était difficile d’en donner de bonnes raisons, Civiale ne se mit point en peine d’en chercher; il publia des exemples d’application du percuteur, sans commentaire, comme si jamais un mot de blâme ne lui fût échappé contre ce procédé ; seulement, comme il devait se rencontrer des gens doués de mémoire, il voulut colorer un tel changement de langage , et pouvoir répondre que s’il avait adopté ce mode d’écrasement, ce n’était qu’après en avoir corrigé les défauts et l’avoir perfectionné. Il fit donc exécuter par Charrière un système d’écrou brisé disposé comme on le voit dans les figures 59 et 40.

DE LA LITHOTRITIE.

Figure 39 .

Pi

Figure 40 .

Malheureusement, c’était un emprunt trop direct fait à Leroy-d’Étiolles pour qu’il fût possible d’en nier l’o-

JIISTOIRE

rigine aussi complètement que le fit Civiale à cette époque. De là, nouveaux débats devant l’Académie des sciences, nouvelles décisions dans lesquelles, tout en cherchant à ne pas trop froisser Civiale, on reconnaît que l’invention en litige appartient à son compétiteur (1).

L’écrou brisé proposé par Civiale, au lieu d’être libre et amovible comme celui de Leroy, est fixe et inhérent à l’instrument ; il est représenté ouvert dans la fig. 59 ; la fig. 40 le montre fermé. On voit les filets des cous-

(1) ( Extrait du rapport de M. le baron Larrey.)

Nous avons examiné avec soin les mémoires qui vous ont été adressés par les deux réclamants, pour pouvoir signaler à l’Académie celui des deux auquel appartient réellement cette addition.

1“ Nous avons lu dans le Journal des Connaissances médicales du mois de juillet 1834, la description d’un système d’écrous fcrûés ajouté à l’instrument même. L’auteur de cet article est M.Leroy-d’Étiolles, qui indique les avantages qu’on peut retirer de cet instrument ainsi modifié.

2° Nous avons également lu dans le journal intitulé la Lancette du 27 janvier 1836, que M. Civiale avait aussi ajouté à ce même lithotriteur un mécanisme analogue à celui de son compétiteur; et ce mécanisme à écrous brisés ne diffère du sien que par la forme de quelquesunes des pièces qui la composent, car les résultats sont absolument les mêmes. 11 est probable que ces deux habiles lithotritistes, sans avoir connaissance ni l’un ni l’autre de leurs propres instruments, ont eu ia même idée, et l’ont mise à exécution chacun de son côté; mais cnûn il ne reste aucun doute pour vos commissaires que M. Leroy-d’ÉtioUes l’a émise le premier.

Au total, ces recherches accélèrent les progrès de la science et concourent au soulagement de l’humanité, et, sous ce rapport, l’Académie ne peut qu’approuver les efforts de ces deux médecins.

Signé à la minute : Roux, et Larrey, rapporteur.

L’Académie adopte les conclusions de ce rapport.

Ccrtiüé conforme ,

Le secrétaire-perpétuel pour les sciences naturelles .

Fioorexs.

DE LA LITIIOTRITIE.

sinets et les fenêtres à travers lesquelles ils passent pour venir mordre sur la vis ; e est le ressort qui tient le collier fermé au moyen de l’agrafe x, dans laquelle il est reçu ; h est une roue qui fait l’office de manivelle. Pour fermer l’écrou, il suffit de presser les deux parties l’une contre l’autre ; pour l’ouvrir, on appuie sur le ressort e ; deux autres ressorts cachés dans l’intérieur les écartent et les renversent.

'fout en donnant la préférence à un écrou brisé indépendant de l’instrument, Leroy a pourtant imaginé plusieurs combinaisons pour le rendre fixe ; en voici une qui nous paraît plus simple que celle de Civiale, et qui présente plus de solidité [fîg. 41 et 42).

a est le corps du brise-pierre interrompu dans sa longueur ;

c, la vis creuse qui engaîne et fait avancer la branche mâle ;

d, l’écrou brisé ou les coussinets qui viennent mordre sur la vis ; ils sont supportés par deux branches élastiques goupillées sur l’anneau g, lequel sert à fixer tout l’appareil.

f est un coulant qui, lorsqu’il est ramené sur les coussinets , les maintient en rapport avec la vis sur laquelle ils pressent ; pour rendre libre la vis et la branche mâle du percuteur, il suffit de repousser en arrière le coulant f.

h, roue qui sert de manivelle pour tourner la vis.

Une idée, une fois émise, devient un thème qui peut fournir à des variations nombreuses : aussi vit-on se succéder plusieurs formes d’écrous brisés. La disposition

Figure 41.

Figure 42.

la meilleure est celle de Charrière : au lieu de tirer l’anneau sur les filets pour les faire mordre, comme on le voit dans l’écrou fixe de Leroy-d’Étiolles {fig. 44

DE LA LITIIOTRITIE.

et 42), c’est en faisant exécuter un quart de tour à cet anneau, que les filets de l’écrou pressent sur ceux de la vis ou s’en éloignent.

Nous voyons se reproduire encore ici la question de l’avantage des compresseurs amovibles et indépendants sur les agents de pression inhérents à l’instrument brisepierre. Sans doute, les écrous brisés fixes l’emportent par la rapidité de leur action sur les écrous ailés simples ; mais un second inconvénient subsiste, c’est le poids qu’ils ajoutent au brise-pierre. Lorsque le compresseur amovible est détaché, le chirurgien a dans la main un instrument léger qu’il peut mouvoir avec autant de délicatesse qu’une sonde, et au moyen duquel il éprouve des sensations plus fines et plus précises ; tandis que le poids de l’écrou fixe et de la roue qui imprime la progression, rend la manœuvre plus difficile et produit des mouvements plus violents. Ces motifs nous font paraître préférable la gouttière à double effet dont nous avons donné la figure, pag. 64. L’écrou brisé [fig. 35, 36, 37 et 38) possède les mêmes avantages.

La gouttière et l’écrou brisé de Leroy semblaient donc, pour ces motifs, devoir être préférés à tous les autres moyens de pression, lorsque Charrière imagina de faire servir au même usage un pignon engrenant une crémaillère , comme on le voit dans la fig. 43. Ce mécanisme simple, qui n’ajoute ni au poids ni au volume de l’instrument , ne permet guère de développer une force trop grande : aussi est-il devenu, depuis quelque temps, toutà-fait usuel ; il suffit, en effet, pour briser le plus grand nombre des calculs. Toutefois, il y en a qui, par leur

dureté, nécessitent l’emploi de la percussion, comme nous avons eu déjà l’occasion de le dire.

DE LA LITHOTRITIE.

Percussion par la délente d'un ressort sans étau .

Dans tous les brise-pierres que nous venons de passer en revue, la pression peut succéder à la percussion, et vice versâ; mais les deux actions n’ont pas lieu simultanément: nous allons les voir combinées de cette manière dans un compresseur représenté fig. 44 et 45. Mais ce n’est pas là seulement ce qui forme le caractère distinctif de cet appareil ; il est remarquable sous deux autres rapports plus importants. L’agent percuteur le plus simple et le plus naturel, le marteau, ne peut agir convenablement si le brise-pierre n’est pas fixe et immobile ; or, cette fixité n’est pas sans danger ; de plus, la force des coups doit être en raison du poids du marteau, de la dureté de la pierre et de la résistance de l’instrument. Mais comment apprécier et régulariser cette force? Ces considérations conduisirent Leroy-d’Étiolles à inventer un système de percussion exempt de ces inconvénients. Pour cela, deux conditions étaient à remplir; il fallait : 1“ que la force du choc fût toujours proportionnée à la résistance de l’instrument; 2“ que le marteau prît son point d’appui sur le brise-pierre même, et fît corps avec lui pour qu’il pût suivre les mouvements que viendrait à faire le malade. Deux appareils compresseurs-percuteurs basés sur ce principe, ont été mis en usage par Leroy, l’un en 1855, l’autre plus récemment. Dans tous les deux, la percussion est produite par la détente d’un ressort que l’on fait agir lorsque la pression est insuffisante ou pourrait devenir dangereuse. Dans le pre-

DE LA LITIIOTKITIE. 79

mier, le ressort est une lame courbe semblable à celle qui abat le chien d’un fusil ; dans le second, c’est un ressort en spirale renfermé dans la cavité de la vis qui sert à la pression (F. fig. 44 et 45). La tension s’opère par une vis rampante, ou bien un levier, un pignon, etc.; un échappement détermine la détente. Ce compresseurpercuteur s’adapte à tous les brise-pierres, et il peut s’en détacher en un moment au moyen de l’écrou brisé E dont il est muni. Lorsque l’effort de la vis paraît insuffisant ou dangereux, on peut, tout en continuant la pression , faire agir la détente en tournant la manivelle M, et peu de coups suffisent pour rompre la pierre. La vis rampante et l’échappement sont représentés en K, L {fig. 45) ; une autre vis T permet d’augmenter ou de diminuer la tension du ressort et la force du coup dans les limites prévues.

De quelques perfectionnements de détail.

Un certain nombre d’améliorations particulières apportées aux instruments lithotribes méritent d’être notées encore dans l’histoire du broiement, à cause de l’importance qu’elles ont actuellement dans la pratique : ainsi la forme des mors des brise-pierres a subi de nombreux changements; ceux du brise-pierre à encliquetage d’Amusât présentaient deux crêtes saillantes; dans la pince à écrasement de Leroy, ils étaient formés de deux demi-cylindres accolés par leurs surfaces plates garnies de petites aspérités ; de même, dans le brisepierre courbe de Retoré ; les branches du litboprione

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