LA RÉFOBME
les plus suivis de l’université, I] thavarlié pour té imprime déjà célèbres de la ville, en récopiant ou en faisant recopier par ses élèves d'anciens ouvrages de philosophie, de jurisprudence ou même d'histoire. En même temps, dans dés poésies latines, il célébrait les grands événements de l’époque, ou il donnait des conseils à la noblesse allemande. Ces poésies, dont il traduisit une partie en allemand, l'avaient déjà fait connaître, lorsqu'il fut rappelé, en 1500, comme syndic, dans sa ville tie Il obtint, quelques années après, la CRATSS plus considérable de greffier et d’archiviste, qu'il garda jusqu’à sa mort, en 1521. Il était membre d'une société littéraire qui avait été fondée à Strasbourg par Wimpfeling, et c’est comme tel qu’il fut chargé, en 1514, de rece-
voir Érasme, qui était de passage dans la ville. Érasme lui adressa
ce compliment, souvent répété depuis, que d’autres tiraient de la poésie leur gloire, et que lui, au contraire, il servait d’ ornement à la poésie. Si l'éloge était baäl, il paraît néanmoins que les deux
hommes éprouvèrent l'un pour l’autre une réelle sympathie, fondée
Sur la ressemblance de leurs Caractères. Brandt était, comme Érasme, un esprit net et tempéré, toujours prêt à émettre une opinion, mais laissant à d’autres le soin de la défendre, etal aurait volontiers passé sa vie dans une retraité sérieuse partagée par des amis, comme ce convivium HO qu est décrit dans un passage des Colloques. | “4 T5
Sébastien Brandt est avant tout un moraliste. Il ne sait. que | pour s'instruire, et il n’écrivait que pour enseigner. Il avait pris de bonne re l'habitude de recueillir des sentences dans ses auteurs favoris, dans les satiriques latins, dans les anciens poètes
didactiques de l'Allemagne, et surtout dans la Bible. Ces. sen-
tences, développées et augmentées de ses propres s observations, frtaéreut sans doute le noyau primitif de l'ouvrage qui a immorlalisé son nom, et auquel il donna le titre de Nef des Fous. Les vices et les ridicules de toutes les classés de la société s représentées par les passagers de cet étrange navire, qui fa voile vers l’île de Narrégonie, ou vers le royaume de la Folie Le clergé, les grands, la justice, les universités, les marchands les paysans, les cuisiniers même, y sont tour à tour frondés ave une spirituelle âpreté, qui va souvent jusqu'à la rudesse. U fois mis en verve, le poète trouve que son sujet le déborde que son esquif est trop étroit. Alors il se borne à dessiner de
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peuvent se reconnaître : c’est l'origine des vignettes qui ornaient les premières éditions, et qui avaient été tracées par la main de Vauteur. La Nef des Fous devenait ainsi un Miroir des Fous : le poème fut plusieurs fois réimprimé sous ce titre. Sébastien Brandt na garde de s’oublier; il se réserve une place sur son navire, si toutefois il a voulu se peindre lui-même dans le premier chapitre, qui traite des bibliomanes, de ceux qui entassent les livres de la sagesse et qui n’en sont pas plus sages. Les défauts de l'ouvrage sont le manque d'unité et l’étalage d'érudition. L’al- ” légorie qui en forme le fond est indiquée au commencement, et aussitôt perdue de yue; certains chapitres ne sont que des tirades morales, Les Grecs et les Romains sont cités à tout propos et ayec une fastidieuse longueur. Mais il faut croire que ces défauts ne choquaient pas les contemporains; car {a Nef des Fous, qui parut d’abord à Bâle en 1494, eut dix éditions jusqu’en 1512, sans