LUTHER
mener le saint sacrement sur un beau cheval blanc harnaché d'or », il n’avait encore d'autre pensée que de se prosterner et
adorer en silence. Deux fois, après sa dispute avec Tetzel sur ,/
Sindulgences, et après ses entrevues avec le nonce Carol de iltitz, il s’'adressa publiquement à Léon X, pour le faire juge L différend, et pour protester de sa soumission envers lui. Il iclarait en même temps qu'il était prêt à se rétracter sur tous S points en litige, si on lui montrait son erreur par les clairs Moignages des Écritures. Il ne se doutait pas encore que étaient deux autorités différentes qu'il invoquait ainsi tour à ur, il ne soupçonnait pas qu'il pût y avoir contradiction entre Sdocuments authentiques de la révélation chrétienne ct l'Église li en était la gardienne privilégiée.
Le nonce avait obtenu de Luther, à défaut d’une rétractation, le ence ; et la querelle paraissait apaisée, quand le docteur Eck la prit avec éclat. Quinze jours de disputes, qui dégénérèrent en véctives, aigrirent les deux partis. Eck se rendit à Rome, crut oir écrasé l’hérésie, et rapporta comme gage de son triomphe 1e bulle d’excomunication. Luther, se sentant détaché de iglise, plaida sa cause devant l'Allemagne. Dans son message laNobiesse chrétienne de nation allemande, qui fut pour ainsi dire Premier manifeste de la Réforme, il prêche le sacerdoce unirsel, attribue aux conciles l'autorité suprême dans l'Église, äque le pouvoir temporel des papes et le célibat des prêtres. signé à la réprobation du monde, il devient menaçant à son ID « Pontife, » s’écrie-t-il, « toi qui es l’homme, non pas le plus saint, mais le plus pécheur de la chrétienté, Dieu renversera ‘0h trône, et l’abaissera au fond de’ l'enfer. Qui t'a donné le Oüvoir de l’élever au-dessus de ton Dieu et de rompre ses ommandements? ! » Charles-Quint, qui venait de prendre posision de l’Empire et que la question religieuse inopinément levée génait dans ses plans politiques, fit une dernière tenta- 2pour arrêter le mouvement. Il invita Luther à se présenter tant la diète de Worms, en 1521. Quelques amis du réformateur présageaient le sort de Jean Huss. Il répondit : « S'il ÿ avait ütant de diables à Worms qu'il.ÿy a de tuiles sur les toits, irais encore. » Dans sa défense, il se retrancha, comme tou- LS derrière les saintes Écritures, et il conclut par ces mots :
| An den Christlichen Adel deutscher Nation : von des Christlichen standes bes- #95 Wittomberg, 1590. |
Fr
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«Me voici, je ne puis faire autrement, que Dieu m ste » ce moment, le protestantisme était fondé sur cet unique pr | cipe de l'autorité absolue de la Bible en matière de foi. :
Luther ne songea plus dès lors qu'à maintenir la Réforme 5 le terrain religieux et à la préserver des excès qui auraient pl la compromettre. La révolte des paysans l'exaspéra; il essayt d’abord de la prévenir par une Eæhortation à la paix; ensuite. i en demanda la répression sévère ; il montra même en cette occa sion une dureté qui contraste avec ses sentiments ordinaire: d'humanité. Il eut plus facilement raison de la fureur des Icono: clastes: il les traita comme des disciples égarés par un zèl intempestif, et, dans une série de sermons qu il prononça dan la cathédrale de Wittemberg, il leur expliqua les principes de tolérance chrétienne. «Prêchons, confessons, écrivons, » disait=il ;« ce que nous croyons la vérité; mais que personne ne puiss « nous accuser de violence ! La foi ne s'impose pas, elle doit « acceptée sans contrainte. » Quand Luther mourut à Eisle son lieu natal, le 18 février 1546, il put croire son œuvre co lidée par les seuls moyens qu'il reconnaissait comme légitin la persuasion et l'exemple. La Réforme, répandue dans la Sax la Hesse, le Wurtemberg, le Brandebourg, les DEOTCES du Na
calamités queles dissentiments te mêlés aux compiess politiques, allaient attirer sur PAllemagne,
Les écrits de Luther, ses traités, Ses sermons, ses poésies, correspondance même, n'avaient qu'un seul but : répandre fixer la doctrine. Il passait pour le premier prédicateur de 50 temps. Il improvisait souvent, et déployait, selon les circ tances, les qualités les plus diverses. Gertains de ses dise sont d'une véhémence extraordinaire; d’autres sont des mo d'insinuation oratoire. Mais il avait surtout le don d’ exprime plus hautes vérités en n’employant que les mots les plus. “ad il savait se mettre à la pariée de tous. Son ae ]
| her devant les princes, il répondit : « Que le ton de tes : | « cours soit toujours le plus simple! Lorsqu'il y a des pri « dans ton auditoire, ne parle pas pour eux, mais pour Phoï « le plus ignorant et le plus grossier qui se trouve à côté d’ « Si je devais penser, en prêchant, à mon ami Mélanchtho « ne ferais rien de bon. Mais je m ‘adresse au moins sa val
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mes auditeurs, et il en résulle que chacun trouve quelque chose à prendre dans ce que je dis. » Ses cantiques, d'un style rveux ét concis, d'une harmonie pleine et grave, sont la vraie rme de l'élévation religieuse en commun: ils respirent la conmce, la joie et l'espoir. De tous ceux qu'on lui attribue, trentept peuvent lui être assignés avec certitude; ce sont des hymnes l'Église librement traduites, ou dés imitations d'anciennes ésies allemandes, ou des paraphrases de Ja Bible, surtout du vre des psaumes; cinq sont tout à fait originaux. Luther était à fois poète et musicien; il chantait ses cantiques, il en comsait les mélodies. Quelques-uns marquent une date dans l’his- 1re de là Réforme, Telles sont les Strophes suivantes, qui rap-
ent un des moments le plus solennels de la vie de Luther, A voyage à Worms en 1521.
Notre Dieu est un château fort, — un bon bouclier, une bonne épée. AT nous délivrera de toutes les peines — qui maintenant nous xiègent. — Le vieux et méchant démon — cruellément nous en veut jourd’hui. — Grande puissance et forte ruse — composent sa redou- |. armure; — le monde n’a pas son pareil.
Notre puissance ést vaine. — Nous sommes si vite perdus! — Mais combat pour nous, le héros — que Dieu lui-même à choisi. — ux-tu savoir son nom? — Il] s’appelle Jésus-Christ, — Je Seigneur armées; — et il n’est point d’autre dieu. — Il restera maître du imp. Quand le monde serait plein de démons, — et voudrait nous #lôutir, — nous n’aurions point de crainte; — car nous sommes (S“du succès, — Le prince de ce monde, — en dépit de sa mine ouche, — ne nous fera point de mal. — Pourquoi? Il est jugé. — Seul mot peut l’abattre.
8 Parole est hors de leurs atteintes ; — nous les défions d’y toucher; var c’est Lui qui est avec nous, — avec son esprit et ses dons. — Sprennent notre corps, — nos biens, notre honneur, nos enfants n0S femmes, — que nous importe? — Ils n’y Bagneront rien, — A IS restera l'empire 1.
« Ein feste burg ist unser Gott, | « ein gute wchr und waffen :
« Er hilfft uns frey aus aller not, 2 « die uns itzt hat betroffen.
« Der alt büse feind # « mit ernst ers itzt meint, h. « gros macht und viel list « Sein grausam rüstung ist, « auff erd ist nicht seins gleichen.… »
| Dutiue, qui est resté dans le culte protestant, et dont l'auteur dus Hugue- Î s’€ st
approprié la mélodie, est une paraphraso dn 46e psaume : Deus noster, J'um el virtus
communiquée aux hommes et consignée dans des documi
nue taches, à il se plusnail jusqu'à la fin de sa
LA RÉFORME
La Parole, c'est-à-dire la révélation écrite, la vérité
certains, tel était, pour Luther, le vrai fondement'de l'Église du jour où l’on intéressait la communauté à la controverses gieuse, il était logique de rendre la Parole accessible à chac c'est-à-dire de traduire la Bible en langage vulgaire. C'était entreprise qui semblait dépasser.les forces d'un homme, et p laquelle tous les secours manquaient. Les études orient étaient dans l'enfance. D'un autre côté, la langue allema manquait d'expressions pour certaines idées de l’ordre méta sique, qui n'avaient jamais été formulées qu’en latin. A la: culté de comprendre le texte s’ajoutait la difficulté plus gran de le rendre. Luther jugeait néanmoins dcr de la Réfon
et ‘6e la noeu même. Las péssae difficiles étaient dial " en commun. « Les traducteurs, » dit Luther dans ses Pro]
terminé en 1522; l'Ancien s'y ajouta douze ans plus tard; la Bible entière parut, dans une édition revue, en 1544. revenait sans cesse à son œuvre favorite, pour enseffa
mort, il écrivait encore : « Personne ne peut comprend « Te de Virgile, à moins d’avoir été berger pend . « ans; personne ne peut comprendre les Géorgiques, à « ie. été paysan pendant cinq ans. Je prétends que, « pénétrer le sens des lettres de Cicéron, il faut avoir véc « dant vingt ans dans un grand État. Mais que persom « s'imagine avoir goûté les saintes Écritures, s’il n’a « l'Église pendant cent ans, avec les prophètes, avec E « Élisée, avec saint Jean-Baptiste, avec le Christ et les apôt
Si la traduction de Luther est restée un modèle, c'est qu se pénétrer à la fois de l'esprit de la Bible et de l'esprit langue allemande. Il a compris que, pour se faire lire du pi il fallait parler comme lui. Il s’explique quelque part sur |
1. Tischreden. Première édition, publiée par Aurifaber; Eisleben, 1556 moderne de Fæœrstemann et Bindseil, 4 vol., Leipzig, 1845- 1848. |