‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 111 sur 534 · SR NT LEE · texte numérisé non relu

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à: * HANS SACHS.

iétier, et, quand il eut fini son double apprentissage, il voyagea. Mparcourut le Midi et le Nord de l'Allemagne, et, au retour, il établit dans sa ville natale. Tout ce qu'il voyait, tout ce qu'il sait, tout ce qu'il entendait dire, devenait pour lui matière à wésie. Il composait des chants de maîtrise pour l’école, et des ièces rimées de tout genre pour le peuple non initié aux aystères de la tabluture. Il traduisait les impressions qu’il receait du monde extérieur, sans y rien ajouter, heureux de prowire, et jouissant de ses faciles succès. Ce qui étonne, c’est la quantité innombrable de sujets qu'il effleura tour à tour. Il fit lusieurs fois la revue de ses œuvres. A la fin de l'année 1554,

btrouva qu'il avait déjà composé 3848 chants de maître en

&4 tons différents, sans compter 133 comédies, 530 discours et ialogues, et un grand nombre de pièces diverses. Il pensa qu'il wait le droit de se reposer. Mais la Muse, dit-il, lui apparut en onge, lui reprocha son infidélité, lui promit de l’inspirer encore, til continua d'écrire. Il mourut le 19 janvier 1376. Ses facultés 1e s'affaiblirent que dans les dernières années de sa vie. Son lisciple Puschmann nous le montre frappé de surdité, sup- Héant par la lecture. à la conversation, entouré de gros livres à ermoirs d'acier; et saluant encore d’un faible mouvement de tête es amis qui venaient le voir.

Hans Sachs copia lui-même tous ses ouvrages en trente-quatre rlumes in-folio, dont vingt nous ont été conservés. Il en fit Mmprimer une partie à Nuremberg, de 1558 à 1561, en trois volumes folio, auxquels deux autres s'ajoutèrent après sa mort, en 1578 14579. Mais cette édition était loin de contenir tout ce qu'il avait :0mposé. On y trouve deschants religieux et profanes, des contes, les légendes, des récits historiques, des fables et des sentences, les dialogues, des dissertations morales, des drames sérieux et 0miques, enfin un grand nombre de pièces qui ne peuvent être lassées dans aucun genre, simples traductions des poètes, des listoriens et des moralistes anciens et modernes. Tous ces luvrages sont écrits en vers {.

Hans Sachs, qui marque la dernière période et déjà même le léclin de la poésie des Meïistersänger, résume encore une fois

1: Édition moderne de A. Keller et E. Gœtze, 22 vol. Tubingue, 1870-1894. -— Choix ar Gœdeke et Tittmann, 3 vol., Leipzig, 1870-1871. — À consulter : Ch. Schweitzer, Étude sur La vie el les œuvres de Hans Sachs, Paris, 1887; — R. Genée, Hans Sachs und seine Zeit, Leipzig, 1894; 2e éd., 1902,

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ww la critique du temps présent. L’allégorie ne fait souvent

tous les caractères qui avaient cel poésie. à Po ris C’est un artisan qui s’honore de son métier aulant que de

VW talent de poète, un bourgeois qui vit en communauté d'idées a

ses voisins, et dont l'attention est constamment dirigée sur t

ce qui se passe entre les murs de sa cité; et c'est en même te Jun patriote dont le regard s'élève jusqu'aux débats politiques €

religieux du siècle. Il n’est si petit sujet qu'il dédaigne mais |

, 6SL parfois profond à force d’être naïf, et il arrive à la grandeu

par la simplicité. Une conviction sincère, une âme qui s’échauf pour le bien, une honnêteté et une candeur d'enfant, firent 1 moitié de son génie. Il n’est que puéril quand il énumèretousile ustensiles nécessaires dans un bon ménage; mais même la froid forme de l’allégorie s’anime sous sa main, quand il prête sa voi au « Rossignol de ns à que maintenant on entend par « tout ». Il raconte qu’un troupeau, qui n’est autre que la com munauté chrétienne, séduit par la lueur trompeuse de la lune s’est égaré dans un désert, loin du berger et du bon pâturage Resté sans siens il est assailli par les animaux Fur

peau est fort diminué, et il guide les brebis qui veulent le sui vers une prairie verdoyante, où brille le soleil de la vérité, coulent les sources vives de la foi. En vain les grenouilles | des cris rauques : le chant du rossignol est trop sa ie qu'el réussissent à l’étouffer. 14

L'allégorie est la forme ordinaire sous boucle Hans s | déguise l’enseignement ou la satire. Il croit relever une abstraite et la rendre poétique, en la .personnifiant. I] fait d courir les Vertus et les Vices, établit entre eux des dialogu ou il évoque un personnage du passé, et lui met dans la bou

délayer une pensée dont le plus grand mérite serait dans brièveté de l'expression; mais d’autres fois elle est une fon délicate de l'ironie, comme dans le conte du « Diable qui trot « l'enfer trop étroit ». Le poète rencontre un démon en qu d'ouvriers maçons, car le monde va de mal en pis, et il faudr bientôt ajouter une aile à l'enfer. « Vous êtes mal renseigné, »di le poète, « jamais l'humanité n’a été aussi exempte de péché. Le « papes ne tiennent plus au pouvoir temporel, les évêques mépn « sent les richesses, les moines vivent dans la chasteté, les pri

HANS SACIS.

souvernent selon la justice, l'ordre et la paix règnent dans les

villes. L'enfer est toujours assez grand pour les Turcs et pour élés païens; quant aux chrétiens, tous iront désormais en paradis. » Mais le poète est menacé lui-même de l'enfer pour Woir proféré un tel mensonge; et il n'échappe aux griffes du liable qu'en promettant de lui amener quatre hommes pieux, apables de certitier son dire. « Voilà dix ans que je les cherche, » lit=il, « personne ne veut témoigner pour moi, et il ne me reste qu'à attendre le jugement dernier, où nous serons sauvés, non par nos mérites, mais par la grâce divine. »

On voit que Hans Sachs parle comme un disciple de Luther. Il érangea de bonne heure du côté de la Réforme, et il contribua, vec Lazare Spengler, à l'établissement d’une communauté à \uremberg. Les cantiques qu’il composa dans les années 1525 et 526 sont pleins d'une religion naïve, d’une foisincère et résignéef. es chansons profanes, qui étaient au nombre d’une cinquanaine, se sont perdues; c'étaient sans doute des poésies de cir- ‘onstance, qu'il ne jugeait pas dignes d’être conservées. Quant à ses-chants de maître, qui étaient la propriété de l’école, il nous ipprend qu'il en avait composé 4275, en 275 tons différents, dont reize étaient de son invention. Hans Sachs était fort attaché à Anstitution des maîtres chanteurs; il suivait assidument les réu- Mons, et il formait des disciples, dont quelques-uns ont marqué ie faible trace dans la littérature ?,

Le chant lyrique, l’allégorie morale, le récit comique, la poésie

“l' On lui attribue ordinairement un cantique très populaire, mais qui n'est sans loute pas de lui, une sorte de complainte sur un malheur public ou privé : Dean t'affliges-tu, Ô mon cœur ? — Pourquoi tant de peines et de soucis, — jour des biens qui sont passagers? — Aie confiance en ton Seigneur et Dieus Lt — qui a créé toutes choses.

«ll ne veut, il ne peut pas t'abandonner. — Il sait bien ce qui te manque, — et «lé ciel et la terre lui appartiennent. — Il est mon père, mon Seigneur, mon € Dieu, — qui m'assiste dans tous mes ennuis.

« Warum betrübst du dich, mein hertz,

Æ.. « bekümmerst dich und tregest schmertz # « nur um. daz zeitlich gut?

SD: « Vertraw du deinem Herrn und Gott,

+ * der alle ding erschaffen hat.

n. « Er kan und wil dich verlassen nicht,

« er.weisz gar wol, was dir gebr cht, se ; « Himmelund Erd ist sein,

LA | « mein Vater und mein Herre G«tt, « der mir beisteht in aller not... »

2. Tels sont : Adam Puschmanun, dont il a été question plus haut, un cor lonnier

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V légère, tels étaient évidemment les genres qui convenaient mieux au génie de Hans Sachs, et où sa facilité superficielle

le plus à l’aise. Mais, dans le drame, le manque d'invention &

| d'originalité devait infailliblement le trahir. Il suffit, pour qu'un conte soit agréable, qu'il s'y mêle un peu de gaieté ou d’obsér.

;. vation. Le drame, au contraire, est une œuvre compliquée, où . les plus heureux détails manquent leur effet si l’ensemble n'est disposé avec art. Hans Sachs montra dans ce genre la méme universalité que dans les autres; il s’adressa tour à tour 4la VBible, aux poètes grecs et latins, aux historiens ancienset modernes, aux conteurs italiens ét aux romanciers allemands, D etil eut du moins le mérite d'agrandir le domaine de la poésie dramatique, qui s'était renfermée jusqu’à lui dans le mystère sacré et dans la farce populaire. Il s’efforçait, comme il l'affirme à plusieurs reprises, de bannir de ses comédies tout ce qui pouvait blesser les mœurs; ses Jeux de carnaval sont moins licen cieux que ceux de ses prédécesseurs. Il reprenait souvent ses 5 propres contes et les arrangeait pour le théâtre. Il semble, e général, s'être fort peu préoccupé du choix des sujets, parce qu ignorait les vraies conditions de la scène. Un ouvrage dramatiq n'est, pour lui, qu’un récit dialogué, Les incidénts se sui

. ,/ avec ordre, mais rien n’est mis en relief; les situations né qu'indiquées, les caractères à peine ébauchés. Hans Sachs Ù pas une idée fort nette de la distinction des genres, ni des . qui les régissent. Il a de l'inspiration, mais il manque de g et de méthode, et il répond bien à l'idéal d’une société qui était encore plus affamée de vérité et de liberté que de poésie et d

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- de Gœrlitz, qui célébra la vie du maître dans trois poésies, et George Hager,. appartenait au même corps de métier à Nuremberp. ; Re - 1. L'excellente édition des Fastnachtspiele de Hans Sachs, par E, Gætze, : prend cinq recueils et 85 pièces; Halle, 1880-1884. ca AE

CHAPITRE VI LA POÉSIE DRAMATIQUE Faveur nouvelle des Jeux de la Passion. — 2. La polémique reli-

“ieuse dans les Jeux de carnaval; Martin Rinckart; Nicolas Manuel. — 3. Le drame savant; traductions du latin et du grec; Paul Rebhun. — 4. Les Comédiens anglais, — 5, Jacques Ayrer et Henri- Jules de Brunswick. ,

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