LE JEU DE CARNAVAL
“influence de la Réforme s’'exerça plus directement sur le 2Clacle comique. Le drame religieux était enchaîné à la tradi-
La
tion; les sujets, à force d’être ramenés devant le public . se modifier, prenaient une forme de Pie en plus inam
‘et, dans une ne très site mille ere in E son esprit d'observation ou sa verve satirique. L'ancien Jet
carnaval, entre les mains de Rosenblüt et de Folz, avait dé commencé à fronder les abus ; il s'était attaqué, avec une vivac parfois heureuse, aux menées arbitraires de la noblesse et clergé. Au temps de la Réforme, les deux partis en présen / trouvèrent dans le théâtre une arme commode pour défend leurs doctrines et pour déchirer leurs adversaires. On ne saur: dire que l’art ait gagné à cette invasion de la polémique rel gieuse sur la scène comique. Le rire fut souvent contraint et gt maçant, l'ironie fit place à la colère. Ge qui étonne le plus, l'étrangeté des images dont on entoura les conceptions te | ordinaires. On voulait orner ce qui n’était pas susceptible d'ort ment, et l’on ne pouvait arriver ainsi qu’au mauvais goût. Un diac nommé Martin Rinckart, dans son Chevalier chrétien d'Eisleb trouva moyen d'attaquer non seulement la papauté, mais en le calvinisme. Il imagina qu’un roi Emmanuel, au moment ( mourir, avait disposé de sa succession par testament. Ce roi trois fils, Pseudopétrus, Martin (Luther) et Jean (Calvin). Le] mier s'était emparé du pouvoir, en l'absence des deux aut et sans vouloir même consulter la volonté du défunt. Maïs frères dépossédés reviennent. Martin déclare qu ‘il s’en Ho nd exactement aux dispositions prises par son père. Quant à J il accepte le testament, mais il veut l’interpréter à sa guise. Jean propose, pour ar la querelle, de tirer avec des fiè
ac
seur de la couronne. PR accepte; Martin ruse, ind et ses deux frères vont se liguer contre lui, lorsque Em ar apparaît tout d'un coup et le désigne comme son successel
Un des plus éloquents parmi les auteurs de ces scènes sai ques fut Nicolas Manuel, également renommé comme peint et, sur la fin de sa vie, tiorihre du conseil de Berne. IN fit r senter dans cette ie en 1522, un Jeu de carnaval, connu
le nom du Mangeur de cadavres, et destiné à stigmatiser L
1. Der Eislebische Christliche Ritter, Eine newe und schône Geïstlich dia, etc. Eisleben, 1613. — Edition moderne de Carl Müller, Halle, 1883.
messes de mort: La donnée était étrange au point de vue amatique; plus étrange encore est le spectacle que Manuel fait
Sser devant les yeux de son public. Un cercueil est déposé sur
théâtre. Après que les amis du défunt ont fait entendre leurs aintes, le pape s’avance en tête de son clergé. Il s'appelle Antéist, et il s'exprime à peu près en ces termes : « Ce mort est un gibier pour moi. Grâce à lui, mes serviteurs mènent grand train et vie joyeuse. J'ai persuadé au peuple que j'ai le pouvoir d'élever une âme au ciel ou de la précipiter dans l’abîme. Nous serions perdus si l’on expliquait bien l’évangile, qui n’enseigne pas qu'il faut donner aux prêtres, mais que les prêtres doivent vivre dans la pauvreté. Si nous pratiquions les mœurs évangéliques, nous aurions à peine un petit âne pour monture. Mais un pape nourrit un millier de chevaux, un cardinal deux ou trois cents. Les laïques s’en étonnent parfois : je les fais taire en les menaçant des griffes du diable. Nous serions les maîtres du monde, si nous voulions; car on me considère à l'égal d’un dieu. » Le pape parle encore longtemps sur ce ton, et il ne dit 1tout; car l'auteur fait paraître après lui le cardinal Orgueil et svêque Gueule-de-Loup. La comédie se termine par une vigou- ‘use réprimande des apôtres Pierre et Paul, qui se tenaient derère la scène, et qui apprennent avec étonnement que les hommes Wils viennent d'entendre se disent leurs successeurs{. Dans une atre pièce, Nicolas Manuel amène simultanément sur le théâtre suite du Sauveur et celle du pape. De tels spectacles devaient’ 2: foduire un grandeffet sur un public déjà remué par les disputes * ligieuses; et si les œuvres de Nicolas Manuel n’offrent qu’un itérêt secondaire au point de vue de l’art, elles n'en sont pas Wins de curieux documents pour l’histoire des mœurs et des lées au xvi° siècle 2.